Je t’aime comme une rivière


 
un extrait du livre ALEPH

Je constate que Hilal, í  cí´té de moi, commence í  se sentir mal í  l’aise.
« Les relations des vies passées ne m’intéressent pas. Nous sommes ici dans le présent. í€ Novossibirsk, tu m’as demandé le pardon, et je te l’ai accordé. Maintenant je te le demande : dis que tu m’aimes. »

Je lui prends la main.
« Tu vois cette rivière devant nous ? Eh bien, dans le salon de mon appartement, il y a un tableau avec une rose posée sur une rivière semblable í  celle-ci. La moitié de la peinture a été attaquée par les eaux et par les intempéries, de sorte que les bords sont irréguliers ; pourtant, je vois encore une partie de la belle rose rouge, peinte sur un fond doré.

« Je connais l’artiste. En 2003, nous sommes allés ensemble dans une foríªt des Pyrénées, nous avons découvert le ruisseau qui a ce moment-lí  était í  sec et nous avons caché la toile sous les pierres qui couvraient son lit.
« Cette artiste, c’est ma femme. En ce moment, elle est physiquement í  des milliers de kilomètres, elle dort parce que le jour ne s’est pas encore levé dans sa ville, alors qu’ici il est déjí  quatre heures de l’après-midi.
“Nous sommes ensemble depuis plus d’un quart de siècle : quand je l’ai rencontrée, j’ai eu la certitude absolue que notre relation ne marcherait pas. Les deux premières années, j’étais toujours préparé í  ce que l’un des deux s’en aille.
« Les cinq années suivantes, j’ai continué í  penser que nous nous étions simplement habitués l’un í  l’autre, mais que bientí´t nous en prendrions conscience et chacun suivrait son destin. Je m’étais convaincu que tout engagement plus sérieux me priverait de ma “libert锝 et m’empíªcherait de vivre tout ce que je désirais.

“” Je comprends et je respecte, dit Hilal. Mais tu as dit une phrase au restaurant, quand tu parlais du passé : l’amour est le plus fort. L’amour est plus grand qu’une personne.
“” Oui, mais l’amour est fait de choix.

Nous regardons la rivière ensemble.

« L’absence de réponse est aussi une réponse », remarque-t-elle.
Je la serre contre moi et pose sa tíªte sur mon épaule.

« Je t’aime. Je t’aime parce que toutes les amours du monde sont comme des rivières différentes coulant vers un míªme lac, oí¹ elles se rencontrent et se transforment en un amour unique qui devient pluie et bénit la terre.

« Je t’aime comme une rivière, qui crée les conditions pour que la végétation et les fleurs poussent sur son passage. Je t’aime comme une rivière, qui donne í  boire í  celui qui a soif et transporte les gens jusqu’oí¹ ils veulent arriver.

« Je t’aime comme une rivière qui comprend que son cours doit íªtre différent dans une cataracte et apprend í  se calmer dans une dépression du terrain.

“Je t’aime parce que nous sommes tous nés au míªme endroit, í  la míªme source, qui continue í  nous alimenter d’une eau toujours plus abondante. Ainsi, quand nous sommes faibles, nous n’avons rien d’autre í  faire qu’attendre un peu. Le printemps revient, les neiges de l’hiver fondent et nous remplissent d’une énergie nouvelle.

« Je t’aime comme une rivière qui commence solitaire et fragile dans une montagne, grossit peu í  peu et rejoint d’autres rivières qui s’avancent, et puis, í  partir d’un moment déterminé, peut contourner tous les obstacles pour arriver lí  oí¹ elle le désire.

« Alors, je reí§ois ton amour et je t’offre le mien. Pas l’amour d’un homme pour une femme, pas l’amour d’un père pour une fille, pas l’amour de Dieu pour ses créatures. Mais un amour sans nom, sans explication, comme une rivière qui ne peut pas expliquer son parcours, seulement aller de l’avant.

« Un amour qui ne demande rien et ne donne rien en échange, mais se manifeste simplement.
“Je ne serai jamais í  toi, tu ne seras jamais í  moi, pourtant je peux dire : je t’aime, je t’aime, je t’aime. »

C’était peut-íªtre l’après-midi, c’était peut-íªtre la lumière, mais í  ce moment-lí  l’Univers paraissait enfin entrer en harmonie. Nous sommes restés lí  assis, sans la moindre envie de retourner í  l’hí´tel, oí¹ Yao devait déjí  m’attendre.

un extrait du livre ALEPH

Comments

  1. Elina says:

    Je l’aime. C’est si beau! Merci!

  2. christine says:

    je connais ce texte et pourtant je le relis toujours avec émotion et plaisir comme la priere du pardon ,jel’ai mise en ouverture de mon ordi et je me replonge chaque jour dans ces lignes ….merci pour tous ces moments de paix

  3. selma says:

    tellement beau et magnifique !!! paulo tu es le seul í  me procurer tant d’emotions en lisant l’un de tes récits !
    merci beaucoup :-)

  4. NAWAL says:

    je lis ces mots et j’ai les larmes aux yeux alors que je viens de divorcer je ressens une profonde confusion.. je ne sais plus qu’est ce que l’amour ni comment y croire encore.. on ne cesse de me répèter que je suis encore très jeune et que j’ai toute la vie devant moi pour aimer et etre aimer or Paolo j’ai perdu la foi en l’amour et en moi míªme.

  5. shweta says:

    merci beaucoup, c’est formidable. je l’aime..

  6. Laura Novais Garrido says:

    ” EU TE AMO”…
    E por que ní£o dizer? Se há várias estaí§íµes esperando que nos adaptemos,se os caminhos sí£o diversos e nem sempre conseguimos esxcolher os certos e as as tempestades temporárias mas que deixam estragos momentí¢neos, mas deixam. Nem todos os veríµes sí£o quentes, nem todos os inversos frios o suficiente para congelar um coraí§í£o. Eu te amo…isso é forte!

  7. ” EU TE AMO “simples como traduzir o quanto emerge das profundezas do rio as possibilidades de reencontros que trazem a docura e os desencontros de um passado e a estabilidade, a beleza e nobreza do presente. Lindo, Mestre!

  8. jackienoriega says:

    ESTE BLOG ES MARAVILLOSO ME IDENTIFICO TANTO “yo te amo como un rí¬o”CREO QUE CADA UNA DE SUS FRASES HA SIDO ESCRITAS CON TANTO AMOR Y SINCERIDAD Y EL AMOR PERDURA TAL CUAL COMENZO A TRAVES DEL TIEMPO COMO LA ROSA MARAVILLOSA DEL CUADRO.

  9. eleonora says:

    « Alors, je reí§ois ton amour et je t’offre le mien. Pas l’amour d’un homme pour une femme, pas l’amour d’un père pour une fille, pas l’amour de Dieu pour ses créatures. Mais un amour sans nom, sans explication, comme une rivière qui ne peut pas expliquer son parcours, seulement aller de l’avant.

    « Un amour qui ne demande rien et ne donne rien en échange, mais se manifeste simplement.
    “Je ne serai jamais í  toi, tu ne seras jamais í  moi, pourtant je peux dire : je t’aime, je t’aime, je t’aime. »

  10. Carlos Barrios says:

    justamente ese fue el capitulo que leí­ hace unos minutos, también amo pintar y la idea de dejar las obras en la naturaleza me pareció maravilloso, se que esta publicación fue una señal, sobre de que manera puedo plasmar de una forma diferente y única mi arte, una respuesta que llevo mucho tiempo esperando, pero se que llegara en su momento. muchas gracias por sus frases y esta publicación.

  11. Garol says:

    Beautifully said about ‘Love’. I like all the words written here. Thanks for the translation Marie-Christine.

  12. Doris says:

    Encore une fois je tombe sous la lettre de Paulo Coelho! Merci pour tes ecrits j’ai vraiment hate d’augmenter ma petite collection avec Aleph! Continue de rayonner Paulo!

  13. Merci beaucoup Marie-Christine pour cette traduction et merci í  Paulo bien sur, pour ces phrases légères et vivantes comme un ruisseau de printemps. :)

  14. Yahya says:

    Such beautiful words! Thank you Mr.Coelho for these magnificent words.