La vérité, sans censure

9782081256491

EXCLUSIF Le Matin Dimanche

Avec «L’Aleph», l’écrivain nous fait voyager entre une violente crise de foi, en 2006, et le rachat de ses actions passées. Envoûtant.

Quel étrange livre que cet «Aleph»! Résolument autobiographique, il débute sur la violente crise de foi que Paulo Coelho a traversé en 2006, se poursuit avec le marathon insensé qu’il s’est imposé, allant de pays en pays pour vivre de nouvelles expériences. Puis vient la rencontre avec Hilal, une jeune violoniste abusée dans son enfance, qui force le rapprochement avec l’écrivain. Ce rapprochement sera le point de départ pour un nouveau retour dans le passé, au cœur de l’Inquisition, là où Paulo Coelho est certain d’avoir commis de graves erreurs…

Avec une écriture fluide et poétique, il nous entraîne dans des eaux mouvantes et profondes loin de tout rationalisme. Interview exclusive dans son antre genevois.

Quelle est cette crise de foi que vous avez traversée?

Nous avons tous des crises de foi. La foi n’est jamais une ligne droite, elle a des hauts et des bas, mais elle est toujours là, dans votre cœur. Seulement, parfois, on n’arrive plus à la reconnaître.

Y avait-il une raison particulière pour que cette crise survienne à ce moment de votre vie?

J’étais arrivé là où je souhaitais. J’avais réussi en tant qu’écrivain, j’avais à mes côtés la femme que j’aime et une très belle maison. Et pourtant, je sentais que quelque chose ne marchait pas. Je ne vivais plus. J’étais déconnecté des autres, enfermé dans une routine. La routine, c’est une protection pas très intelligente. On croit qu’on a le contrôle de tout, que rien ne va changer, mais ce n’est pas vrai: tout change, tous les jours, le physique du corps, la façon de regarder la vie, tout.

Quand vous vous lancez dans ce marathon insensé, quel est votre sentiment?

Quand on fait quelque chose comme ça, on ne pense pas. On agit, on sait que quelque chose est en train de changer en nous mais on n’analyse pas. Comme quand vous êtes dans un match, sur le terrain ou le ring: vous ne devez pas réfléchir, sinon vous vous détachez de l’expérience en vous mettant dans la position du juge et non de l’acteur.

Ce livre est très intime. Comment vivez-vous cette confession publique?

Ça n’a pas été facile, mais en même temps, il n’existe pas de demi-vérité. les choses sont soit vraies, soit fausses. J’ai décidé de dire toute la vérité. A la première correction, j’ai encore hésité. Et je me suis dit que je ne pouvais pas être la moitié de moi-même dans ce livre, donc je m’y suis mis totalement, sans censure.

On est très loin du rationnel, là…

C’est une expérience mathématique. L’Aleph est un terme créé par les mathématiciens pour parler d’un numéro qui contient tous les autres chiffres. Cela veut dire que nous avons d’autres vies qui se déroulent en parallèle mais dans d’autres époques. C’est vrai, ça n’entre pas dans la logique. Mais croyez-vous que l’amour entre dans la logique? Et pourtant, c’est la chose la plus importante au monde. Les choses les plus importantes ne rentrent pas dans la logique: l’enthousiasme, la foi, les expériences transcendantales. La logique, c’est très positif pour quelques problèmes pratiques mais on a besoin du côté intuitif aussi. x

Everyone asks a lot of how, they don’t ask why

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You say in Aleph that ‘writing is, above all, about discovering myself’, so in which of your books have you discovered most about yourself?

All of them. But the turning point in my life was my first book, The Pilgrimage because I started to tell everybody I was a writer.

Do you think the way that Western society is constructed, with emphasis on material possessions, that we are programmed to never find fulfilment?

Everyone asks a lot of how, they don’t ask why. They want to know how to do this, how to do that, but we should ask more why should I do this, why should I do that. It has to with consumer society. How did you become rich? How did you become a bestseller? How did you become a journalist? Just change how to why it makes a lot of difference to life.

Is the world suffering an economic crisis because people are looking for the wrong things in life?

It’s the irresponsibility of politicians. You know, I know – we live in a big lie. Everybody knows but we close our eyes back to the comfort zone and one day it explodes and everybody is affected. Mostly poor people. I’m very pessimistic about this economic crisis. I don’t think it is over.

In Aleph, you also say that instead of fighting for God, we should fight against God.

Sometimes yes.

Can you elaborate?

Fighting for God we see now: Christian fundamentalism, Islamic fundamentalism… They give their lives because the message is a powerful one: you are martyr. I’m a Catholic so I know what I’m talking about, because my Church was founded on the blood of the martyrs.
People start justifying their lives because they need raison d’etre – they need a reason to live. They are trying to convince themselves about their faith.
Fighting against God: it is everywhere in the Bible. Even Jesus – fought against God. When He says, ‘God, why did you forsake me?’ on the cross, or when He asks “Take this cup away from me”.
Then you have this intense relationship with God that is not a relationship of submission.
However, if you accept everything, if you do not ask why or how, you are not living, just obeying a set of rules. Like a lamb.

You lived through dictatorship, imprisonment and torture in Brazil during the 1970s, what advice would you have for those being oppressed?

You remember at the beginning of our conversation about losing our faith? So, I totally lost my faith. When I was released I thought, this cannot happen to me. This is not fair, this is not just, God does not love me. It took me seven years to get rid of this experience.
It is very difficult to give advice because when you are in jail and when you are tortured you don’t exist anymore. After you are released, the prison remains in your soul. In my case, there was only one thing that healed the experience. It was time.
But as I know what does it mean to be arrested, today I am part of Amnesty International, I am a Messenger of Peace for the United Nations, on the board of the Doha Center of Media Freedom, and use my influence to avoid these situations.

Read the full interview in this week “The Big Issue” (UK)

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