Entretien avec Femme Actuelle

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Par Marc Gadmer, le 04 juin 2013

Avec « Le manuscrit retrouvé », son dernier opus, l’auteur livre un ouvrage de réflexion sur la spiritualité et pose cette question : quel sens donner í  sa vie ? Réponse en compagnie de cet alchimiste de la pensée.

Sage, philosophe, penseur… comment vous définiriez-vous ?

Si je devais me définir comme auteur, je dirais que je suis de la tradition de l’écrivain pèlerin, qui voyage, voit des choses et essaye de partager son expérience. Dans le sens oí¹ ce voyage doit íªtre aussi bien un voyage extérieur qu’intérieur. Après, la sagesse, la philosophie de pensée, ce sont des conséquences que tout le monde expérimente lorsqu’on fait les choses avec amour.

Dans votre roman, í  l’approche d’une terrible bataille, un sage (un Copte) délivre des messages empreints de spiritualité í  une communauté composée de membres des trois religions. Pourquoi ?

Nous vivons dans une période un peu compliquée, oí¹ les tensions sont essentiellement religieuses. Au Brésil, par exemple, qui était un pays traditionnellement tolérant, on commence í  voir des tensions entre catholiques et néopentecí´tistes (ndlr : église évangélique) qui n’existaient pas avant. Et aujourd’hui, í§a se passe partout. Les gens sont très concernés par la quíªte d’une spiritualité, mais cette quíªte devrait aller vers l’ouverture aux autres et bien souvent í§a se traduit par une fermeture, l’intégrisme. Quand j’ai choisi de réunir les trois religions parmi l’assemblée regroupée autour du copte, c’est parce que je suis persuadé que ces trois religions se dirigent toutes vers la míªme lumière : l’amour, la tolérance, la compréhension de son rí´le dans ce monde.

Aujourd’hui, en Egypte, les Coptes sont pourchassés par les islamistes. Lí , c’est un copte qui délivre la bonne parole. Une parabole ?

J’ai choisi un copte car il symbolise celui qui n’a pas de religion mais qui possède des valeurs. Des valeurs importantes. ça n’est pas un croyant, il parle en général de l’énergie divine. Il a une vision qui n’est pas religieuse, mais spirituelle, ce qui n’est pas la míªme chose. La spiritualité c’est quelque chose que nous avons tous en nous-míªmes.

On pense au livre de Khalil Gibran, « Le prophète », en vous lisant, qu’en est-il ?

C’est très bien vu. Au Liban, j’étais en effet í  deux heures de route de la maison de Khalil Gibran. Et avec mes amis nous avons parlé du Prophète. Je leur ai dit : « Khalil Gibran a écrit un livre extraordinaire qui va directement au but qui est de discuter les idées. » En écrivant mon livre, vingt ans plus tard, je m’en suis souvenu.

On príªte í  tort í  Malraux cette phrase : « Le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas (ndlr : il aurait dit mystique) ». Qu’est-ce que vous inspire ce message ?

Moi je dirais que le XXIe siècle sera féminin ou ne sera pas. Il faut réveiller notre cí´té féminin. Etre plus ouvert aux mystères, í  des sens qu’on ne connaí®t pas. Mais on a du mal car on essaye toujours d’íªtre trop logique tandis que la vie va au-delí  de cette logique. La logique c’est important mais c’est aussi important d’íªtre ouvert, de regarder la beauté, de regarder le monde. Voir cela non pas dans un cadre que l’on peut expliquer, car on ne peut pas expliquer l’amour par exemple, mais plutí´t comme une expérience de la vie.

Quel livre emporteriez-vous sur une í®le déserte ?

Le livre que j’aimerais emporter sur une í®le déserte est un manuel pour apprendre í  construire un bateau car j’ai horreur des í®les désertes !

* « Le manuscrit retrouvé », Paulo Coelho, éd. Flammarion, 178 p., 17 €.
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