Genève inspire Paulo Coelho

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Le Temps, 13 Mai 2014, Lisbeth Koutchoumoff

Un roman ne peut pas certes changer le monde mais il peut peut-être initier la planète à un sujet réputé ardu et injustement ignoré: la politique suisse. Quel livre serait capable d’une telle prouesse? Le nouveau roman de Paulo Coelho, Adultère, qui paraît mercredi. Pourquoi mettre autant d’espoir dans les nouvelles pages de l’auteur de L’Alchimiste? Parce que Adultère se passe à Genève, que son héroïne est très riche (et journaliste aussi) et qu’elle décrit, à l’usage des millions de lecteurs de Paulo Coelho, le fonctionnement du Conseil fédéral, le système des votations et beaucoup d’autres curiosités suisses et genevoises.

Paulo Coelho vit à Genève depuis plusieurs années. Les habitués du Salon du livre le savent bien: il est venu plusieurs fois à la rencontre de ses lecteurs à Palexpo. Discret, il gère depuis ici la fondation qu’il a créée pour aider les jeunes et les personnes âgées dans le besoin au Brésil, son pays.

Depuis L’Alchimiste, conte initiatique qui l’a propulsé d’un coup comme auteur-phénomène avec 65 millions d’exemplaires vendus, Paulo Coelho a écrit une quinzaine de romans (dont Le Zahir, Aleph et Le Manuscrit retrouvé, pour ne citer que les plus récents) qui tous, à des degrés divers, croisent préceptes de développement personnel et quête spirituelle.

Ce n’est pas la première fois que Genève se trouve décrite sous sa plume. Onze minutes (2003) avait pour héroïne une jeune Brésilienne piégée comme prostituée dans le quartier des Pâquis.

Mais dans Adultère, Paulo Coelho fait de la ville un personnage à part entière. Cette fois, c’est la Genève nantie qui est peinte, celle des grandes familles protestantes. La femme adultère, c’est Linda, épouse d’un responsable de fonds d’investissement qui compte parmi les 300 plus riches familles de Suisse (selon le magazine Bilan, est-il précisé). Mais Linda est aussi journaliste dans un journal qui ressemble au quotidien où s’écrivent ces lignes même s’il n’a pas l’honneur d’une citation.

Le cœur de l’intrigue tient évidemment dans la dépression de Linda et la relation qu’elle va nouer avec un candidat au Conseil d’Etat genevois. Le roman se déroule d’ailleurs pendant les élections. Après l’euphorie de la passion, Linda va petit à petit redécouvrir les vertus de l’Amour. Par respect pour les fans, nous n’en dirons pas plus.

Ce récit est l’occasion pour Paulo Coelho de porter un regard précis, tantôt admiratif, tantôt critique sur sa ville et son pays d’adoption. Genève, «avec ses vieilles maisons seigneuriales» et ses «immeubles construits par un maire fou dans les années 1950», apparaît comme figée dans le temps et tire de là son charme. Le monde s’imagine que les Suisses sont réservés? «Quelle méprise!» corrige Linda. «Ici nous disons encore bonjour» quand nous croisons un inconnu en chemin et «au revoir» en sortant d’une boutique où nous avons acheté une bouteille d’eau minérale, même si nous n’avons nulle intention d’y retourner.»

Les journalistes en revanche sont à plaindre dans ce pays où les hommes politiques «sont les moins intéressants et les plus insipides» que n’importe où ailleurs sur la planète. Ce qui fait que lorsqu’un scandale éclate (pas pour des affaires sexuelles, les Suisses n’en ont cure, mais pour des affaires de drogue par exemple), les journaux, tout à la satisfaction de se mettre enfin quelque chose sous la dent, en font beaucoup trop.

La Suisse apparaît aussi comme un pays qui a choisi de «s’isoler du monde» et qui se félicite de tenir encore les «invasions barbares» par-delà les Alpes. Heureux entre soi, les Suisses.

Linda souffre de son éducation protestante «rigide» où le bonheur est une notion qui n’entre pas en ligne de compte. Linda règle plus loin ses comptes, sans ambages, avec Calvin: «S es tactiques pour implanter ce qu’il imaginait être la vérité suprême me le font associer à l’esprit perverti d’Oussama ben Laden. Tous les deux avaient le même objectif: installer un Etat théocratique dans lequel tous ceux qui n’accompliraient pas ce qui se comprenait comme la loi de Dieu devraient être punis.»

On revient à des eaux plus calmes avec le château de Chillon et l’évocation de Lord Byron et de Mary Shelley. La bise, rebaptisée ici mistral.

Les libraires romands se réjouissent de ce Paulo Coelho très helvétique. On les comprend. La curiosité locale promet d’être encore plus forte qu’ailleurs.

Le parapluie

Comme le veut la tradition, entrant dans la maison du maître zen, le disciple laissa dehors ses chaussures et son parapluie.

« J’ai vu par la fenêtre que tu arrivais, déclara le maître. As-tu laissé tes chaussures à droite ou à gauche du parapluie ?

– Je n’en ai pas la moindre idée. Mais quelle importance cela a-t-il ? Je pensais au secret du Zen !

– Si tu ne fais pas attention dans la vie, tu n’apprendras jamais rien.

“Accorde à chaque seconde l’attention qu’elle mérite ; c’est le seul secret du Zen. »

30 sec lecture: Devant la cathédrale

Je me sentais très seul en sortant d’une messe dans la cathédrale Saint Patrick, en plein New York.

Soudain, je fus abordé par un Brésilien :

« J’ai grand besoin de vous parler », dit-il.

J’étais tellement enthousiasmé par cette rencontre que j’ai commencé à raconter tout ce que je trouvais important. J’ai parlé de magie, j’ai parlé de bénédictions de Dieu, j’ai parlé d’amour. Il a tout écouté en silence, il m’a remercié et il est parti.

Loin d’être joyeux, je me suis senti plus seul qu’auparavant. Plus tard, je me suis rendu compte que dans mon enthousiasme, je n’avais pas prêté attention à la demande de ce Brésilien.

Me parler.

J’avais jeté mes mots au vent, parce que ce n’était pas cela que l’Univers réclamait à cette heure-là : j’aurais été beaucoup plus utile si j’avais écouté ce qu’il avait à dire.

Le monde selon Einstein

Un homme doit chercher ce qui est et non pas pour ce qu’il croit devoir etre.N’importe quel fou intelligent peut transformer les choses plus grandes et plus complexes. Il faut une touche de genie – et beaucoup de courage pour changer de direction.

Tout devrait etre aussi simple que possible, mais pas plus simple.
Vous devez apprendre les regles du jeu et ensuite vous devez jouer mieux que personne.

Toutes les religions, les arts et les sciences sont des branches issues du meme arbre. Quant a moi, je prefere le vice a la vertu ostentatoire. La vraie religion est la vie veritable, en la vivant avec toute son ame, avec toute sa bonte et sa justice.

Les grands esprits ont toujours rencontre l’opposition violente des esprits mediocres.

Le bon sens est l’ensemble des prejuges que l’on a accumule apres l’age de 18 ans.

L’heroisme sur commande, la violence insensee et toutes les absurdites audieuses qui se rallient sous le nom de patriotisme – je les hais avec une telle passion! – Celui qui marche joyeusement au son de la musique en rang et file a deja gagne mon mepris. On lui a donne un grand cerveau par erreur, car pour lui seul la moelle epiniere suffit.

Deux choses sont infinies, l’Univers et la betise humaine; et je ne suis pas sur en ce qui concerne l’Univers.

Albert Einstein (14 mars 1879-18 avril 1955) etait un physicien theorique, philosophe et auteur, qui est considere comme l’un de scientifiques et des intellectuels les plus influents et les mieux connus de tous les temps.

30 sec lecture: Quel est le prix à payer ?

« Le prix à payer pour vivre un rêve est-il beaucoup plus élevé que ce qu’il en coûte de vivre sans se risquer à rêver ? » demanda le disciple.

Le maître l’emmena dans une boutique de vêtements. Là, il lui fit essayer un costume exactement à sa taille. Le disciple obéit, et fut émerveillé par la qualité du vêtement.

Ensuite, le maître lui demanda d’essayer le même costume – mais d’une taille très supérieure à la sienne. Le disciple le fit.

« Celui-là ne va pas. Il est trop grand.

– Combien coûtent ces costumes ? demanda le maître au vendeur.

– Ils coûtent tous les deux le même prix. Seule la taille est différente. »

À la sortie de la boutique, le maître déclara à son disciple :

« Vivre le rêve, ou abandonner le rêve, cela coûte aussi le même prix, en général très cher. Mais la première attitude nous mène à communier avec le miracle de la vie, et la seconde ne nous sert à rien. »

20 sec lecture: Quel est le meilleur chemin?

Lorsqu’on demanda à l’abbé Antonio si le chemin du sacrifice menait au ciel, celui-ci répondit :

« Il y a deux chemins de sacrifice. Le premier est celui de l’homme qui mortifie sa chair, fait pénitence, parce qu’il pense que nous sommes condamnés.
“Cet homme se sent coupable, et il se juge indigne de vivre heureux.
“Dans ce cas, il n’arrive nulle part, parce que Dieu ne réside pas dans la culpabilité.”

« Le second est celui de l’homme qui, même en sachant que le monde n’est pas aussi parfait que tous le voudraient, prie, fait pénitence, offre son temps et son travail pour améliorer les choses autour de lui.
“Dans ce cas, la Présence divine l’aide tout le temps, et il obtient des résultats au Ciel. »

20 sec lecture: Où est Dieu

Dans un petit village du Maroc, un imam contemplait le seul puits de toute la région. Un autre musulman s’approcha :

« Qu’y a-t-il à l’intérieur ?

– Dieu est caché là.

– Dieu est caché dans ce puits ? C’est un péché ! Ce que vous voyez doit être une image laissée par les infidèles ! »

L’imam lui demanda de s’approcher et de se pencher au bord. Reflété dans l’eau, il put voir son propre visage.

« Mais c’est moi !

– Voilà. Maintenant vous savez où Dieu est caché. »

La conversation au ciel

La conversation au ciel

Abd Mubarak se rendait à La Mecque, quand il rêva une nuit qu’il était au ciel. Là-haut, il entendit deux anges qui conversaient.

« Combien de pèlerins sont venus cette année dans la ville sainte ? demanda l’un.

– Six cent mille, répondit l’autre.

– Et, de tous ceux-là, combien ont vu leur pèlerinage approuvé ?

– Aucun. Cependant, il y a à Bagdad un cordonnier du nom d’Ali Mufiq ; il n’a pas fait le voyage, mais son pèlerinage a été approuvé et ses grâces ont bénéficié aux six cent mille pèlerins. »

Quand il se réveilla, Abd Mubarak se rendit à la cordonnerie de Mufiq et il lui raconta son rêve.

« Au prix de grands sacrifices, j’avais réussi à rassembler 350 pièces, dit en pleurant le cordonnier. Mais au moment de partir pour La Mecque, j’ai découvert que mes voisins avaient faim. Je leur ai distribué l’argent, sacrifiant mon pèlerinage. »

Le ciel et l’enfer


Un homme, son cheval et son chien se promenaient sur une route. Alors qu’ils passaient près d’un arbre gigantesque, un éclair les frappa, et ils moururent tous foudroyés.
Mais l’homme ne comprit pas qu’il avait quitté ce monde, et il continua à marcher avec ses deux bêtes ; les morts mettent parfois du temps à se rendre compte de leur nouvelle condition…

La route était très longue, la pente abrupte, le soleil était fort, ils transpiraient et avaient grand soif. Ils avaient désespérément besoin d’eau. Au détour du chemin, ils aperçurent une porte magnifique, tout en marbre, qui conduisait à une place pavée d’or, au centre de laquelle il y avait une fontaine d’où jaillissait une eau cristalline.

Le voyageur s’adressa à l’homme qui gardait l’entrée.

- Bonjour. Quel est cet endroit, si beau ?
– Ici c’est le Ciel.
– Heureusement que nous sommes arrivés au Ciel, nous avons terriblement soif.
– Vous pouvez entrer et boire l’eau à volonté.
- Mon cheval et mon chien ont soif eux aussi.
– Je suis vraiment désolé, mais ici on ne laisse pas entrer les animaux.

L’homme en fut désappointé parce que sa soif était grande, mais il ne boirait pas tout seul ; il remercia et reprit sa route. Après qu’ils eurent beaucoup marché, épuisés, ils atteignirent une place, dont l’entrée était marquée par une vieille porte, qui donnait sur un chemin de terre bordé d’arbres.

À l’ombre d’un arbre, un homme était couché, la tête couverte d’un chapeau, peut-être endormi.

- Bonjour – dit le voyageur. – Nous sommes assoiffés, mon cheval, mon chien et moi.
– Il y a une source dans ces pierres, dit l’homme, indiquant l’endroit. Vous pouvez boire à volonté.
L’homme, le cheval et le chien se rendirent à la source et apaisèrent leur soif. Ensuite il revint dire merci.
- Au fait, comment s’appelle cet endroit ?
– Ciel.
– Ciel ? Mais le gardien de la porte en marbre a dit que c’était là-bas le ciel.
– Ça ce n’est pas le ciel, c’est l’enfer.

Le voyageur était perplexe.
- Vous devriez empêcher cela ! Cette information mensongère doit causer de grandes confusions ! »
L’homme sourit :
- Pas du tout. En réalité, ils nous font une grande faveur. Parce que là-bas restent tous ceux qui sont capables d’abandonner leurs meilleurs amis…

du livre Le démon et mademoiselle Prym

Vivre avec les autres

Restez dans le désert

« Pourquoi vivez-vous dans le désert ?

– Parce que je ne parviens pas à être ce que je désire. Quand je commence à être moi-même, les gens me traitent avec une révérence hypocrite. Quand je suis sincère au sujet de ma foi, ils se mettent à douter. Ils croient tous qu’ils sont plus saints que moi, mais ils feignent d’être des pécheurs de peur d’insulter ma solitude. Ils veulent montrer tout le temps qu’ils me considèrent comme un saint ; et ainsi ils se transforment en émissaires du démon, et me font subir la tentation de l’Orgueil.

– Votre problème n’est pas de tenter d’être ce que vous êtes, mais d’accepter les autres comme ils sont. Et agissant ainsi, il vaut mieux rester dans le désert », dit le cavalier, en s’éloignant.

 

Pardonner à ses ennemis

L’abbé demanda à son élève préféré où en était son développement spirituel. L’élève répondit qu’il parvenait à consacrer à Dieu tous les moments de sa journée.

« Alors, il ne te reste qu’à pardonner à tes ennemis. »

Le garçon en fut choqué :

« Mais je ne suis pas en colère contre mes ennemis !

– Crois-tu que Dieu est en colère contre toi ?

– Non, bien sûr !

– Et pourtant, tu demandes Son pardon, n’est-ce pas ? Fais en autant avec tes ennemis, même si tu n’as pas de haine à leur encontre. Celui qui pardonne lave et parfume son propre cœur. »

 

Pourquoi laisser l’homme pour le sixième jour

Un groupe de sages se réunit pour discuter de l’œuvre de Dieu ; ils voulaient savoir pourquoi il avait laissé la création de l’homme pour le sixième jour.

« Il se demandait comment bien organiser l’Univers, pour que nous puissions avoir toutes les merveilles à notre disposition, dit l’un.

– Il a voulu d’abord faire quelques tests avec des animaux, de sorte à ne pas commettre les mêmes erreurs avec nous », argumenta un autre.

Un sage juif arriva pour la rencontre. Le thème de la discussion lui fut communiqué : « À votre avis, pourquoi Dieu a-t-il attendu le sixième jour pour créer l’homme ? »

– Très simple, déclara le sage. Pour que nous puissions réfléchir, quand nous serions touchés par l’orgueil : même un simple moustique a eu la priorité dans le travail divin. »

 

Le royaume de ce monde

Un vieil ermite fut un jour invité à se rendre à la cour du roi le plus puissant de son temps.

« J’envie un saint homme qui se contente de si peu, déclara le souverain.

– J’envie Votre Majesté, qui se contente de moins que moi. J’ai la musique des sphères célestes, j’ai les rivières et les montagnes du monde entier, j’ai la lune et le soleil, parce que j’ai Dieu dans mon âme. Mais Votre Majesté n’a que ce royaume. »

 

Quel est le meilleur chemin

Lorsqu’on demanda à l’abbé Antonio si le chemin du sacrifice menait au ciel, celui-ci répondit :

« Il y a deux chemins de sacrifice. Le premier est celui de l’homme qui mortifie sa chair, fait pénitence, parce qu’il pense que nous sommes condamnés. Cet homme se sent coupable, et il se juge indigne de vivre heureux. Dans ce cas, il n’arrive nulle part, parce que Dieu ne réside pas dans la culpabilité.

« Le second est celui de l’homme qui, même en sachant que le monde n’est pas aussi parfait que tous le voudraient, prie, fait pénitence, offre son temps et son travail pour améliorer les choses autour de lui. Dans ce cas, la Présence divine l’aide tout le temps, et il obtient des résultats au Ciel. »

 

Le travail dans l’agriculture

Le garçon traversa le désert, et il arriva enfin au monastère de Sceta. Là, il demanda à assister à une des causeries de l’abbé, et on lui donna la permission.

Cet après-midi-là, l’abbé discourut sur l’importance du travail dans l’agriculture.

À la fin de la causerie, le garçon déclara à un moine :

« J’ai été très impressionné. Je pensais que j’allais trouver un sermon illuminé sur les vertus et les péchés, et l’abbé ne parlait que de tomates, d’irrigation et de choses de ce genre. Là d’où je viens, tout le monde croit que Dieu est miséricorde : il suffit de prier. »

Le moine sourit et répondit :

« Ici, nous croyons que Dieu a déjà fait Sa partie ; maintenant c’est à nous de poursuivre le processus. »

Problèmes de communication

 

Qui aimons-nous ?

Dès notre enfance, on nous demande : tu aimes papa ? Tu aimes tata ? Tu aimes ton professeur ?

Personne ne demande : t’aimes-tu, toi ?

Et nous finissons par gaspiller une grande partie de notre vie et de notre énergie à essayer de faire plaisir aux autres. Mais nous ? Le jésuite Anthony Mello raconte une histoire géniale à ce sujet.

Une mère et son fils sont dans un fast-food. Après avoir écouté la commande de la mère, la serveuse se tourne vers le garçonnet :

« Qu’est-ce que tu veux ?

– Un hot dog.

– Pas du tout, dit la mère. Il veut un bifteck avec des légumes. »

La serveuse, ignorant le commentaire, demande au gamin :

« Tu préfères avec moutarde ou avec ketchup ?

– Les deux », répond le petit.

Et immédiatement, il se tourne vers sa mère, surpris :

« Maman ! ELLE PENSE QUE JE SUIS VÉRIDIQUE. »

 

Personne ne le croit

La légende raconte que, peu après son Illumination, le Bouddha décida de se promener dans les champs. En chemin, il rencontra un cultivateur, qui fut impressionné par la lumière qui émanait du maître.

« Mon ami, qui es-tu ? demanda le cultivateur. J’ai la sensation de me trouver devant un ange, ou un Dieu.

– Je ne suis rien de tout cela, répondit le Bouddha.

– Peut-être es-tu un puissant sorcier ?

– Non plus.

– Alors, qu’est-ce qui te rend si différent des autres, au point qu’un simple paysan comme moi peut le remarquer ?

– Je suis simplement quelqu’un qui s’est éveillé à la vie. Rien de plus. Mais je dis cela à tout le monde, et personne ne le croit. »

 

En quête du rêve

Celui qui ose avoir un projet dans la vie et ose tout laisser tomber pour vivre sa Légende Personnelle, finira par réussir. L’important est de garder le feu dans le cœur, et d’avoir la force de caractère pour surmonter les moments difficiles.

Souvenez-vous : le désir qui est dans notre âme n’est pas venu du néant ; Quelqu’un l’a mis là. Et ce Quelqu’un, qui est pur amour et ne souhaite que notre bonheur, fait cela uniquement parce qu’il nous a donné, avec le désir, les outils pour le réaliser.

 

L’ascension risquée

Pendant un orage, le pèlerin arrive dans une auberge, et le patron lui demande où il va.

« Je vais jusqu’aux montagnes, répond-il.

– Renoncez, dit le patron. C’est une ascension risquée, et il fait mauvais temps.

– J’irai, répond le pèlerin. Si mon cœur y arrive le premier, il sera facile de le suivre avec mon corps. »

 

La quête du chemin

« Je suis prêt à tout laisser tomber. Je vous en prie, acceptez-moi comme disciple.

– Comment un homme choisit-il son chemin ?

– Par le sacrifice. Un chemin qui exige le sacrifice est un vrai chemin. »

L’abbé se heurta à une étagère. Un vase rarissime tomba, et le jeune homme se jeta par terre pour le retenir. Il fit une mauvaise chute et se cassa le bras, mais il parvint à sauver le vase.

« Quel est le plus grand sacrifice : voir le vase se briser en morceaux, ou se casser le bras pour le sauver ?

– Je ne sais pas.

– Alors n’essayez pas d’orienter votre choix par le sacrifice. Le chemin est choisi par notre capacité à nous engager à chaque pas que nous faisons pendant que nous le parcourons. »

 

Le disciple enivré

Un maître zen avait des centaines de disciples. Tous priaient à l’heure – sauf un, qui était tout le temps ivre.

Le maître devint vieux. Certains élèves des plus vertueux commencèrent à discuter pour savoir qui serait le nouveau chef du groupe, celui qui recevrait les importants secrets de la Tradition.

La veille de sa mort, cependant, le maître appela le disciple qui s’enivrait souvent et lui transmit les secrets.

Une véritable révolte s’empara des autres.

« C’est une honte ! criaient-ils dans les rues. Nous nous sacrifions pour un mauvais maître, qui ne sait pas voir nos qualités. »

Entendant la confusion dehors, le maître agonisant déclara :

« Je devais transmettre ces secrets à un homme que je connaîtrais bien. Tous mes élèves étaient très vertueux et ils ne montraient que leurs qualités. C’est dangereux ; la vertu sert très souvent à dissimuler la vanité, l’orgueil, l’intolérance.

« C’est pourquoi j’ai choisi le seul disciple que je connaissais vraiment bien, puisque je pouvais voir son défaut : son goût pour la boisson. »

Le droit comme métaphore

Je suis une personne qui a confiance dans le système judiciaire. Malgré toutes les difficultés, nous voyons – par exemple – la Cour suprême des Etats-Unis exclure la torture comme méthode d’interrogatoire, bien que le président de la République et son vice-président aient, par des arguties juridiques, tenté de la justifier.

Cependant, beaucoup de gens ne partagent pas ma confiance. Un ami avocat m’a dit que « le droit n’était pas fait pour résoudre des problèmes, mais pour les prolonger indéfiniment ». Simplement pour exercer mon imagination, j’ai décidé de recourir à sa thèse pour analyser la Genèse, premier livre de la Bible.

Si Dieu vivait aujourd’hui, nous serions tous encore au Paradis, tandis qu’Il serait soumis à des recours, des appels, des commissions rogatoires, des assignations, des débuts de procès, et devrait expliquer dans d’innombrables audiences sa décision d’expulser Adam et Eve du Paradis – seulement parce qu’ils avaient transgressé une loi arbitraire, sans aucun fondement juridique : l’interdiction de mordre dans le fruit du Bien et du Mal.

S’Il ne voulait pas que cela se produisît, pourquoi a-t-Il placé le fameux arbre au milieu du Jardin, et non à l’extérieur des murs du Paradis ? Appelé pour assurer la défense du couple, un avocat expérimenté pourrait invoquer la thèse de l’« omission administrative » ; outre qu’il a placé l’arbre au mauvais endroit, il ne l’a pas entouré d’avis, de barrières, oubliant d’adopter les conditions minimales de sécurité et exposant au danger tous ceux qui passaient.

Un autre avocat l’accuserait d’« incitation au crime » : il a attiré l’attention d’Adam et d’Eve vers le lieu exact où il se trouvait. S’il n’avait rien dit, des générations et des générations seraient passées sur cette Terre sans que personne ne s’intéressât au fruit défendu – puisqu’il devait se trouver dans une forêt, pleine d’arbres semblables et, par conséquent, sans aucune valeur spécifique.

Mais la Genèse est arrivée avant le système judiciaire, ce qui a donc permis que Dieu ait une totale liberté d’action. Il a écrit une seule loi, et Il a trouvé un moyen de convaincre quelqu’un de la transgresser, seulement pour pouvoir inventer le Châtiment. Il savait qu’Adam et Eve finiraient par se lasser de tant de perfection, et – tôt ou tard – mettraient Sa patience à l’épreuve. Il a attendu là, parce que Lui aussi – Dieu le Tout-Puissant – en avait assez que les choses fonctionnent parfaitement : si Eve n’avait pas mangé la pomme, que serait-il arrivé d’intéressant dans ces milliards d’années ?

Rien.

Quand la loi a été violée, Dieu – le Juge Tout Puissant – a encore simulé une poursuite, comme s’il ne connaissait pas toutes les cachettes possibles. Les anges regardant et s’amusant de la plaisanterie (pour eux aussi la vie devait être très ennuyeuse depuis que Lucifer avait quitté le Ciel), Il a trouvé Adam.

« Où es-tu ? » a demandé Dieu, qui savait déjà la réponse. Il ne l’a pas alerté sur les conséquences de la réponse. Il n’a pas prononcé la fameuse phrase que nous avons tellement entendue dans les films : « Tout ce que tu diras peut être retenu contre toi ».

« J’ai entendu ton pas dans le jardin, j’ai eu peur et je me suis caché, parce que je suis nu », a répondu Adam, sans savoir que, à partir de cette affirmation, il s’était avoué coupable d’un crime.

Voilà. Par une simple ruse, dans laquelle il faisait semblant de ne pas savoir où se trouvait Adam, ni le motif de sa fuite, Dieu avait obtenu ce qu’il désirait. Il a expulsé le couple, leurs enfants ont fini par payer aussi pour le crime (ainsi qu’il arrive aujourd’hui encore aux enfants de criminels), et le système judiciaire était inventé : loi, transgression de la loi, jugement et châtiment.

La montagne magique

Je crois que l’une des plus belles régions du monde est le Languedoc, une partie des Pyrénées qui se trouve au sud-ouest de la France. J’y suis allé quelques fois et je suis impressionné par ses vallées, ses montagnes, sa végétation, ses rivières. Pourtant, comme l’être humain est absolument imprévisible, c’est justement dans cet endroit magnifique qu’est née la première grande « hérésie » européenne : le catharisme.

Beaucoup de livres ont été écrits sur ce thème, mais on peut résumer la philosophie des cathares en une simple phrase : l’Univers a été créé par le démon. Toute cette beauté apparente est une œuvre diabolique.

Selon l’encyclopédie, ils étaient dualistes et croyaient en l’existence de deux dieux, un du bien (Dieu) et un autre du mal (Satan), qui aurait créé le monde matériel. Pour cette raison, ils faisaient vœu de chasteté, ne voulant pas procréer et offrir de nouveaux adeptes au diable. Ils se nommaient eux-mêmes les « parfaits » et ils étaient prêts au martyre pour prouver l’importance de leur croyance. La fin symbolique du mouvement, qui déchaîna les premières croisades dont on a connaissance, eut lieu le 15 mars 1244 dans la forteresse de Montségur : après un siège prolongé, au cours duquel ils durent choisir entre la conversion au catholicisme ou la mort, approximativement 250 « parfaits », hommes, femmes et enfants, descendirent la montagne en chantant et se jetèrent dans les flammes du bûcher allumé spécialement à cet effet.

Pendant très longtemps je me suis intéressé au catharisme. En 1989, j’ai rencontré Brida O’Fern (plus tard, personnage d’un de mes livres) qui avait été cathare dans une incarnation passée. Au début de la même année, j’avais rencontré Mônica Antunes, à l’époque seulement mon amie, et aujourd’hui mon amie et agent.

Comme je devais, pour des raisons de spiritualité, faire le chemin cathare (une route qui relie les châteaux/forteresses des « parfaits ») je l’ai invitée à participer à un tronçon du parcours.

Mônica et moi sommes arrivés au pied de la montagne de Montségur un après-midi d’août. Nous avions projeté de la gravir le lendemain, et après le dîner nous sommes allés converser à l’endroit où ce bûcher avait été allumé, 800 ans ou presque auparavant (un monument insignifiant marque le lieu). Le temps était bouché, les nuages tellement bas que nous ne parvenions même pas à voir les ruines en haut du gigantesque rocher. Uniquement pour provoquer Mônica, j’ai dit qu’il serait peut-être intéressant de monter le soir même. Elle a dit que non, et j’ai été soulagé : vous imaginez si elle avait dit oui ?

À ce moment-là, une voiture s’arrête, de la même marque et de la même couleur que la mienne. Un Irlandais en descend, et il demande – comme si nous étions de la région – par où l’on peut escalader le rocher. Je suggère qu’il le fasse avec nous le lendemain, mais il est décidé à monter le soir même : il a l’intention de voir le lever du soleil là-haut, il dit qu’il a peut-être été cathare dans une vie antérieure. Pourrions-nous lui prêter une lampe ?

Et tout paraît s’emboîter : Brida, l’obligation de faire le chemin cathare, la plaisanterie quelques minutes plus tôt avec Mônica, et maintenant cet individu ici, avec une voiture pareille à la mienne. C’est un signe. Je vais jusqu’à l’hôtel du village où nous sommes descendus, et je trouve une lampe – la seule qu’il y ait.

Mônica semble inquiète, mais j’affirme que nous devons continuer. Les signes sont des signes, dis-je. Le nouvel arrivant demande où se trouve le chemin. Peu importe, je réponds, il suffit de monter. Le chemin monte.

Et pendant je ne me souviens pas combien de temps, nous escaladons tous les trois de nuit une montagne que nous ne connaissions pas dans une brume qui nous empêche de voir à trois pas. Enfin, nous traversons les nuages, le ciel se remplit d’étoiles, la lune est pleine, et devant nous, la porte de la forteresse de Montségur.

Nous entrons, nous contemplons les ruines. Je regarde la beauté du firmament, je me demande comment nous sommes arrivés là sans le moindre accident, mais je pense qu’il vaut mieux ne plus poser de questions et seulement admirer le miracle. Les cathares contemplaient ce ciel, et pourtant ils croyaient que toutes ces étoiles étaient l’œuvre du démon. Je ne comprendrai jamais les cathares, bien que je respecte l’intégrité avec laquelle ils se consacraient à leur foi.

Je suis retourné à Monségur et j’ai gravi la montagne d’autres fois, mais je n’ai plus jamais retrouvé le chemin que nous avons emprunté cette nuit d’août 1989.

Il y a des mystères.

Le péché et les religions

Christianisme : le jeu d’échecs

Le jeune homme dit à l’abbé du monastère :

« J’aimerais être moine, mais je n’ai rien appris d’important dans la vie. Tout ce que mon père m’a enseigné, c’est le jeu d’échecs, qui ne sert pas pour l’illumination. En plus, j’ai appris que tout jeu était un péché.

– C’est peut-être un péché, mais cela peut aussi être une diversion, et qui sait si ce monastère n’a pas besoin un peu des deux » fut la réponse.

L’abbé réclama un échiquier, appela un moine, et lui demanda de jouer avec le garçon.

Mais avant que la partie ne commence, il ajouta :

« Bien que nous ayons besoin de diversion, nous ne pouvons pas permettre que tout le monde joue aux échecs. Alors, nous aurons seulement ici le meilleur des joueurs ; si notre moine perd, il quittera le monastère, et il te laissera une place. »

L’abbé parlait sérieusement. Le garçon sentit qu’il mettait sa vie en jeu, et il eut des sueurs froides ; l’échiquier devint le centre du monde.

Le moine commença à perdre. Le garçon attaqua, mais alors il vit l’air de sainteté de l’autre ; à partir de ce moment, il commença à mal jouer à dessein. Après tout, il préférait perdre parce que le moine pouvait être plus utile au monde.

Brusquement, l’abbé jeta l’échiquier par terre.

« Tu as appris beaucoup plus que ce qu’on t’avait enseigné, dit-il. Tu t’es concentré suffisamment pour vaincre, tu as été capable de lutter pour ce que tu désirais. Ensuite, tu as eu de la compassion, et tu t’es disposé à te sacrifier au nom d’une noble cause. Sois le bienvenu au monastère, parce que tu sais équilibrer la discipline et la miséricorde. »

Judaïsme : pardonner dans le même esprit

Le rabbin Nahum de Tchernobyl était sans cesse offensé par un commerçant. Un jour, les affaires de ce dernier commencèrent à aller très mal.

« Ce doit être le rabbin, qui réclame vengeance à Dieu », pensa-t-il. Et il alla présenter des excuses à Nahum.

« Je vous pardonne avec le même esprit que vous me le demandez », répondit le rabbin.

Mais les pertes de l’homme augmentèrent de plus en plus, et puis il fut réduit à la misère. Les disciples de Nahum, horrifiés, allèrent demander ce qui s’était passé.

« Je lui ai pardonné, mais il a continué à me haïr au fond de son cœur, dit le rabbin. Alors sa haine a envahi tout ce qu’il faisait, et la punition de Dieu est devenue encore plus sévère. »

Islam : où est Dieu

Dans un petit village du Maroc, un imam contemplait le seul puits de toute la région. Un autre musulman s’approcha :

« Qu’y a-t-il à l’intérieur ?

– Dieu est caché là.

– Dieu est caché dans ce puits ? C’est un péché ! Ce que vous voyez doit être une image laissée par les infidèles ! »

L’imam lui demanda de s’approcher et de se pencher au bord. Reflété dans l’eau, il put voir son propre visage.

« Mais c’est moi !

– Voilà. Maintenant vous savez où Dieu est caché. »

Les choses comme elles sont

Il est clair que les choses ne se passent pas toujours comme nous voudrions qu’elles se passent. Il y a des moments où nous sentons que nous cherchons quelque chose qui ne nous est pas réservé, frappons à des portes qui ne s’ouvrent pas, attendons des miracles qui ne se manifestent pas.

Heureusement que les choses sont ainsi – si tout marchait comme nous le souhaitons, nous n’aurions bientôt plus de sujet pour écrire le scénario de nos journées. Ce scénario a nos rêves pour aliment, mais notre lutte en est l’énergie. Et comme il arrive toujours aux guerriers qui consacrent leur énergie au Bon Combat, il y a des moments où il vaut mieux nous détendre, et croire que l’Univers continue à travailler pour nous en secret, même si nous ne pouvons pas comprendre.

Laissons donc l’Âme du Monde accomplir sa mission, et quand nous ne pouvons pas l’aider, la meilleure manière de collaborer avec elle est d’être attentif aux choses simples de la vie – au coucher du soleil, aux gens qui passent dans la rue, à la lecture d’un livre.

Cependant, dans bien des cas, le temps continue à passer, et rien d’exceptionnel ne se produit. Mais le vrai guerrier de la lumière est confiant. Comme les enfants sont confiants.

Parce qu’il croit aux miracles, les miracles commencent à se produire.

Parce qu’il a la certitude que sa pensée peut changer sa vie, sa vie commence à changer.

Parce qu’il est certain qu’il va rencontrer l’amour, cet amour apparaît.

De temps à autre, il est déçu. Quelquefois il se blesse.

Alors, il entend les commentaires : « Comme il est naïf ! »

Mais le guerrier sait que c’est le prix à payer. Pour chaque défaite, il a deux victoires à son actif.

Dans un livre intéressant et minuscule, « Le Bréviaire de la Chevalerie médiévale », il y a un texte qu’il faut se rappeler dans ces moments d’attente :

« L’énergie spirituelle du Chemin utilise la justice et la patience pour préparer ton esprit. »

« C’est cela le Chemin du Chevalier. Un chemin facile et en même temps difficile, parce qu’il oblige à laisser de côté les choses inutiles, et les amitiés relatives. C’est pourquoi, au début, on hésite tellement à le suivre.

« Voici le premier enseignement de la Chevalerie : tu effaceras ce que jusqu’à présent tu as écrit dans le cahier de ta vie : inquiétude, insécurité, mensonge. Et tu écriras, à la place de tout ça, le mot courage. En commençant le voyage avec ce mot, et en poursuivant avec la foi en Dieu, tu arriveras où tu dois arriver. »

Pourtant, nous continuons parfois à attendre – avec patience, résignation, courage – et les choses autour de nous ne bougent pas. Mais comme c’est la route que nous avons choisie, il est impossible que les bénédictions de la vie ne travaillent pas en notre faveur. Il faut donc une profonde réflexion sur ce que nous appelons « résultats » : notre destin se manifeste d’une manière que nous ne parvenons pas à comprendre totalement – mais il se manifeste ! Jorge Luís Borges a un conte magistral à ce sujet.

Il décrit la naissance d’un tigre qui passe une grande partie de sa vie dans la jungle africaine, mais finit par être capturé et emmené dans un zoo en Italie. Dès lors, l’animal pense que sa vie n’a plus de sens, et il ne lui reste plus qu’à attendre le jour de sa mort.

Un beau matin, le poète Dante Alighieri passe dans ce zoo, regarde le tigre, et l’animal lui inspire un vers – au milieu de milliers de vers – de la « Divine Comédie ».

« Toute la lutte que ce tigre a menée pour sa survie a permis qu’il se trouve ce matin dans ce zoo et inspire un vers immortel », dit Borges.

Comme ce tigre, nous avons tous une raison – une raison très importante – d’être ici, en ce moment, ce matin.

Alors, détendez-vous. Et soyez attentif.

Les quatre forces

Le père Alan Jones dit que, pour la construction de notre âme, nous avons besoin des Quatre Forces Invisibles : l’amour, la mort, le pouvoir et le temps. Il est nécessaire d’aimer, parce que nous sommes aimés par Dieu. La conscience de la mort est nécessaire, pour bien comprendre la vie. Il faut lutter pour grandir – mais sans tomber dans le piège du pouvoir que nous obtenons ainsi, parce que nous savons qu’il ne vaut rien. Enfin, il faut accepter que notre âme – bien qu’elle soit éternelle – est en ce moment prisonnière dans la toile du temps, avec ses opportunités et ses limitations.

Première force : l’amour

L’épouse du rabbin Iaakov ne cessait de chercher un motif pour discuter avec son mari. Iaakov ne répondait jamais aux provocations.

Et puis, au cours d’un dîner avec des amis, le rabbin finit par se disputer férocement avec sa femme, surprenant tout le monde à la table.

« Que s’est-il passé ? demandèrent-ils. Pourquoi as-tu abandonné ton habitude de ne jamais répondre ?

– Parce que j’ai compris que ce qui perturbait ma femme, c’était surtout le fait que je me taise. En agissant ainsi, je restais à l’écart de ses émotions.

« Ma réaction a été un acte d’amour, et j’ai réussi à lui faire comprendre que je l’écoutais. »

Deuxième force : la mort

Dès qu’il mourut, Juan se trouva dans un endroit très beau, entouré du confort et de la beauté dont il rêvait. Un individu vêtu de blanc s’approcha :

« Vous avez droit à tout ce que vous voudrez. »

Ravi, Juan fit tout ce qu’il avait rêvé de faire au cours de sa vie. Après plusieurs années de plaisirs, il alla trouver l’individu en blanc. Il lui dit qu’il avait tout expérimenté, et qu’il avait maintenant besoin d’un peu de travail pour se sentir utile.

« C’est la seule chose que je ne puisse pas obtenir, dit l’individu en blanc.

– Je vais passer l’éternité à mourir d’ennui ! Je préfèrerais mille fois être en enfer !

– Et où donc pensez-vous que vous êtes ? »

Troisième force : le pouvoir

« J’ai passé une grande partie de ma journée à penser à des choses auxquelles je ne devrais pas penser, à désirer des choses que je ne devrais pas désirer, à faire des projets que je ne devrais pas faire. »

Le maître indiqua une plante et demanda au disciple s’il savait ce que c’était.

« La belladone. Elle peut tuer celui qui mange ses feuilles. Mais elle ne peut pas tuer celui qui simplement la contemple. De même, les désirs négatifs ne peuvent causer aucun mal – si vous ne les laissez pas vous séduire. »

Quatrième force : le temps

Un charpentier et ses auxiliaires voyageaient à la recherche de matériel quand ils virent un arbre gigantesque.

« Ne perdons pas notre temps, dit le maître charpentier. Le couper nous retardera. Si nous voulons fabriquer un bateau, il coulera, tellement son tronc est lourd. Si nous décidons de l’utiliser pour la structure d’un toit, les murs devront être d’une extrême résistance. »

Le groupe poursuivit sa route. L’un des apprentis déclara :

« Un si grand arbre, et il ne sert à rien !

– Tu te trompes. Il a suivi son destin à sa manière. S’il était semblable aux autres, nous l’aurions déjà coupé. Mais parce qu’il a eu le courage d’être différent, il restera vivant et fort très longtemps. »

La question sans réponse

La question sans réponse

C’est une question que je me suis depuis longtemps retirée de la tête, justement parce que je ne sais pas y répondre.

Je ne suis pas le seul. Au cours de toutes ces années, j’ai fréquenté toutes sortes de personnes : riches, pauvres, puissantes et installées. Dans tous les yeux qui ont croisé les miens, j’ai toujours pensé qu’il manquait quelque chose – et j’inclus là des guerriers, des savants, des gens qui n’auraient pas de quoi se plaindre.

Certaines personnes semblent heureuses : simplement elles n’y pensent pas. D’autres font des projets : je vais avoir un mari, une maison, deux enfants, une maison de campagne. Tant qu’elles sont occupées avec cela, elles sont comme des taureaux cherchant le torero : elles ne pensent pas, elles vont de l’avant. Elles acquièrent une voiture, quelquefois même une Ferrari, elles trouvent que le sens de la vie est là, et elles ne se posent jamais la question. Malgré tout, les yeux de ces personnes portent une tristesse qu’elles-mêmes ignorent.

Je ne sais pas si tout le monde est malheureux. Je sais que les gens sont toujours occupés : ils font des heures supplémentaires, s’occupent des enfants, du mari, de la carrière, du diplôme, de ce qu’il faut faire demain, ce qu’il reste à acheter, ce qu’il faut avoir pour ne pas se sentir inférieur, etc.

Peu de gens m’ont dit : « Je suis malheureux. » La plupart me disent : « Je vais très bien, j’ai obtenu tout ce que je désirais. »

Alors je demande : « Qu’est-ce qui vous rend heureux ? »

Réponse : « J’ai tout ce dont une personne pouvait rêver – famille, maison, travail, santé. »

Je repose la question : « Vous êtes-vous déjà arrêté pour vous vous demander si c’était tout dans la vie ? »

Réponse : « Oui, c’est tout. »

J’insiste : « Alors le sens de la vie, c’est le travail, la famille, les enfants qui vont grandir et vous quitter, une femme ou un mari qui deviendront des amis plus que de vrais amoureux. Et le travail se terminera un jour. Que ferez-vous quand cela arrivera ? »

Réponse : il n’y a pas de réponse. Ils changent de sujet. Mais il y a toujours quelque chose de caché : le patron d’entreprise n’a pas encore conclu l’affaire dont il rêvait, la ménagère aimerait avoir plus d’indépendance ou plus d’argent, l’étudiant qui termine ses études se demande s’il a choisi sa carrière ou si on l’a choisie pour lui, le dentiste voulait être chanteur, le chanteur voulait être politicien, le politicien voulait être écrivain, l’écrivain veut être paysan.

Dans la rue où j’écris cette colonne et regarde les gens marcher, je peux parier que tout le monde ressent la même chose. La femme élégante qui vient de passer gaspille ses journées à essayer d’arrêter le temps en contrôlant la balance, parce qu’elle pense que l’amour en dépend. De l’autre côté de la chaussée, je vois un couple avec deux enfants. Ils vivent des moments d’intense bonheur quand ils sortent se promener avec leurs enfants, mais en même temps leur subconscient pense à l’emploi qui peut manquer, aux tragédies qui risquent d’arriver, au moyen de s’en libérer, de se protéger du monde.

Je feuillette les magazines people : tout le monde rit, tout le monde est content. Mais comme je fréquente ce milieu, je sais que ce n’est pas vrai : tout le monde rit ou s’amuse à ce moment-là, sur cette photo, mais le soir, ou le matin, c’est toujours une autre histoire. « Que vais-je faire pour continuer à apparaître dans ce magazine ? » « Comment masquer que je n’ai plus assez d’argent pour maintenir mon luxe ? » « Ou comment administrer mon luxe en le rendant plus grand, plus expressif que celui des autres ? » « L’actrice avec qui je ris et fais la fête sur cette photo peut me voler mon rôle demain ! » « Suis-je bien mieux habillée qu’elle ? Pourquoi sourions-nous, si nous nous détestons ? »

Enfin, il me reste les vers de Jorge Luis Borges : « Je ne serai plus heureux, et cela n’a pas d’importance/il y a beaucoup d’autres choses dans ce monde. »

C’est tout ?

Sri Ramakrishna raconte qu’un homme s’apprêtait à traverser une rivière quand le maître Bibhishana s’approcha, écrivit un nom sur une feuille, l’attacha sur le dos de l’homme et dit :

« N’ayez pas peur. Votre foi vous aidera à marcher sur les eaux. Mais à l’instant où vous perdrez la foi, vous vous noierez. »

L’homme fit confiance à Bibhishana, et il commença à marcher sur les eaux, sans aucune difficulté. Mais à un certain moment, il eut un immense désir de savoir ce que son maître avait écrit sur la feuille attachée sur son dos.

Il la prit, et il lut ce qui était écrit :

« Ô Dieu Rama, aide cet homme à traverser la rivière. »

« C’est tout ? pensa l’homme. Qui est ce Dieu Rama, finalement ? »

Au moment où le doute s’installa dans son esprit, il fut englouti et se noya dans le courant.

L’instant magique

Il faut courir des risques. Nous comprenons vraiment le miracle de la vie quand nous laissons l’inattendu se manifester.

Tous les jours Dieu nous donne – avec le soleil – un moment où il est possible de changer tout ce qui nous rend malheureux. Tous les jours nous feignons de ne pas comprendre ce moment, nous faisons comme s’il n’existait pas, comme si aujourd’hui était semblable à la veille et serait pareil au lendemain. Mais celui qui est attentif découvre l’instant magique. Il peut être caché dans l’heure où nous enfilons la clef dans la porte le matin, dans le silence juste après le dîner, dans les mille et une choses qui nous paraissent semblables. Ce moment existe – un moment où toute la force des étoiles nous traverse et nous permet de faire des miracles.

Le bonheur est parfois une bénédiction – mais en général c’est une conquête. L’instant magique nous aide à changer, nous pousse en quête de nos rêves. Nous allons souffrir, connaître des moments difficiles, affronter bien des désillusions – mais tout cela est passager, inévitable, et nous finirons par être fiers des marques qu’auront laissées les obstacles. À l’avenir, nous pourrons regarder en arrière avec orgueil et confiance.

Pauvre de celui qui a peur de courir des risques. Peut-être qu’il n’est jamais déçu, qu’il n’a aucune désillusion, qu’il ne souffre pas comme ceux qui ont un rêve à poursuivre. Mais quand il regardera en arrière – parce que nous regardons toujours en arrière –, il entendra son cœur dire : « Qu’as-tu fait des miracles que Dieu a semés dans tes journées ? Qu’as-tu fait des talents que ton Maître t’a confiés ? Tu les a enterrés au fond d’une fosse, parce que tu avais peur de les perdre. Alors, voilà ton héritage : la certitude d’avoir gaspillé ta vie. »

Pauvre de celui qui écoute ces mots. Parce qu’alors il croira aux miracles, mais les instants magiques de la vie seront passés.

Nous devons écouter l’enfant que nous avons été un jour et qui existe encore en nous. Cet enfant comprend les instants magiques. Nous pouvons étouffer ses pleurs, mais nous ne pouvons pas faire taire sa voix.

Si nous ne naissons pas de nouveau, si nous ne nous remettons pas à regarder la vie avec l’innocence et l’enthousiasme de l’enfance, vivre n’a plus de sens.

Il y a bien des façons de se suicider. Ceux qui tentent de tuer leur corps offensent la loi de Dieu. Ceux qui tentent de tuer leur âme offensent aussi la loi de Dieu, bien que leur crime soit moins visible aux yeux de l’homme.

Soyons attentifs à ce que nous dit l’enfant que nous gardons dans notre cœur. N’ayons pas honte de lui. Nous ne le laisserons pas avoir peur, parce qu’il est seul et n’est presque jamais entendu.

Nous allons lui permettre de prendre un peu les rênes de notre existence. Cet enfant sait qu’un jour est différent de l’autre.

Nous allons faire en sorte qu’il se sente de nouveau aimé. Nous allons lui faire plaisir – même si cela signifie agir d’une manière qui ne nous est pas coutumière, même si cela semble une sottise aux yeux des autres.

Souvenez-vous que la sagesse des hommes est folie devant Dieu. Si nous écoutons l’enfant que nous avons dans l’âme, nos yeux brilleront de nouveau. Si nous ne perdons pas le contact avec cet enfant, nous ne perdrons pas le contact avec la vie.

Vivons tous les instants magiques de 2009 !

Amour

Il y a toujours dans le monde une personne qui attend l’autre, au milieu d’un désert ou au milieu des grandes villes. Et quand ces personnes se croisent et que leurs yeux se rencontrent, tout le passé et tout l’avenir perdent leur importance, et il n’existe que ce moment et cette certitude incroyable que toutes les choses sous le Soleil ont été écrites par la même Main.

La Main qui éveille l’Amour, et qui fait une âme jumelle pour toute personne qui travaille, se repose et cherche des trésors sous le Soleil.

Sans cela, les rêves de la race humaine n’auraient aucun sens.

Fidélité animale

Récemment, j’ai lu un article polémique mais intéressant dans le journal américain The New York Times (25/03/2008). Écrit par Natalie Angier, le texte se base sur des recherches de biologistes et de psychologues respectés au sujet de la monogamie. Et il arrive à une impressionnante conclusion : l’infidélité conjugale est présente dans tout le règne animal.

Ce n’est pas tout : des études montrent qu’il existe certaines espèces qui « paient » pour le sexe, tandis que d’autres récompensent les « amants » par des cadeaux et de la tendresse. Pour compléter, la jalousie et le machisme sont là aussi : des femelles sont violemment attaquées si elles copulent avec un autre partenaire.

Bien sûr, nous ne sommes pas des animaux, mais les ressemblances ci-dessus sont très révélatrices. Il vaut la peine de transcrire quelques parties intéressantes de l’article en question.

1] Dans beaucoup d’espèces, les individus sont éduqués dès le plus jeune âge pour se marier avec quelqu’un choisi par la famille. Ils volent et jouent ensemble, chantent, dansent. C’est-à-dire qu’ils sont éduqués pour impressionner la communauté, prouvant qu’ils sont nés l’un pour l’autre.

2] Cependant, la monogamie sociale est rarement accompagnée de monogamie sexuelle. Des examens d’ADN sur des singes, des oiseaux, des animaux sauvages, quand leur descendance est examinée à la lumière de la science moderne, montrent que de 10 % à 70 % des enfants ont été engendrés par un autre que le mâle résident.

3] Le professeur David Barash, de l’Université de Washington à Seattle, déclare : « Dans le monde enfantin, les enfants. Dans le monde adulte, l’adultère. » On a cru très longtemps que les cygnes étaient un modèle de fidélité. À travers ces examens d’ADN, on a conclu que même les cygnes n’étaient pas à l’abri de la tentation.

4] La seule espèce complètement monogamique est une amibe, la Dilozoon Paradoxum, qu’on trouve dans les organismes de certains poissons. Barash explique : « Mâle et femelle se rencontrent encore jeunes, et leurs corps littéralement se fondent en un seul. Dès lors, ils demeurent fidèles jusqu’à ce que la mort les sépare. » Dans ce cas, la mort coïncide avec celle du poisson qui les abrite.

5] Le « plus vieux métier du monde », ainsi qu’est connue la prostitution, se manifeste également dans le règne animal. Il est courant de rencontrer des mâles qui couvrent leur femelle de cadeaux : rongeurs, chenilles et insectes. Mais quand le mâle décide d’avoir, disons, une relation hors-cursus, l’amante reçoit des présents plus gros que la compagne.

6] La loi de la concurrence s’applique aussi dans le monde animal : si l’offre est abondante, le prix est bas. Mais si les femelles se font rares, elles se transforment en un objet de désir qui mérite les meilleures récompenses et les plus sophistiquées.

Comprenez bien que j’ai transcrit dans cette colonne le résultat de recherches faites par des scientifiques et des psychologues spécialisés dans l’étude du règne animal. Nous pouvons tous – et nous devons – avoir notre opinion au sujet de la monogamie. Nous pouvons tous dire que nous sommes une espèce plus évoluée, ce qui est absolument vrai. La seule chose que nous ne pouvons pas faire, c’est rendre la science coupable de donner des résultats qui très souvent vont à l’encontre de notre manière de penser !