Fidélité animale

Récemment, j’ai lu un article polémique mais intéressant dans le journal américain The New York Times (25/03/2008). Écrit par Natalie Angier, le texte se base sur des recherches de biologistes et de psychologues respectés au sujet de la monogamie. Et il arrive í  une impressionnante conclusion : l’infidélité conjugale est présente dans tout le règne animal.

Ce n’est pas tout : des études montrent qu’il existe certaines espèces qui « paient » pour le sexe, tandis que d’autres récompensent les « amants » par des cadeaux et de la tendresse. Pour compléter, la jalousie et le machisme sont lí  aussi : des femelles sont violemment attaquées si elles copulent avec un autre partenaire.

Bien sí»r, nous ne sommes pas des animaux, mais les ressemblances ci-dessus sont très révélatrices. Il vaut la peine de transcrire quelques parties intéressantes de l’article en question.

1] Dans beaucoup d’espèces, les individus sont éduqués dès le plus jeune í¢ge pour se marier avec quelqu’un choisi par la famille. Ils volent et jouent ensemble, chantent, dansent. C’est-í -dire qu’ils sont éduqués pour impressionner la communauté, prouvant qu’ils sont nés l’un pour l’autre.

2] Cependant, la monogamie sociale est rarement accompagnée de monogamie sexuelle. Des examens d’ADN sur des singes, des oiseaux, des animaux sauvages, quand leur descendance est examinée í  la lumière de la science moderne, montrent que de 10 % í  70 % des enfants ont été engendrés par un autre que le mí¢le résident.

3] Le professeur David Barash, de l’Université de Washington í  Seattle, déclare : « Dans le monde enfantin, les enfants. Dans le monde adulte, l’adultère. » On a cru très longtemps que les cygnes étaient un modèle de fidélité. í€ travers ces examens d’ADN, on a conclu que míªme les cygnes n’étaient pas í  l’abri de la tentation.

4] La seule espèce complètement monogamique est une amibe, la Dilozoon Paradoxum, qu’on trouve dans les organismes de certains poissons. Barash explique : « Mí¢le et femelle se rencontrent encore jeunes, et leurs corps littéralement se fondent en un seul. Dès lors, ils demeurent fidèles jusqu’í  ce que la mort les sépare. » Dans ce cas, la mort coí¯ncide avec celle du poisson qui les abrite.

5] Le « plus vieux métier du monde », ainsi qu’est connue la prostitution, se manifeste également dans le règne animal. Il est courant de rencontrer des mí¢les qui couvrent leur femelle de cadeaux : rongeurs, chenilles et insectes. Mais quand le mí¢le décide d’avoir, disons, une relation hors-cursus, l’amante reí§oit des présents plus gros que la compagne.

6] La loi de la concurrence s’applique aussi dans le monde animal : si l’offre est abondante, le prix est bas. Mais si les femelles se font rares, elles se transforment en un objet de désir qui mérite les meilleures récompenses et les plus sophistiquées.

Comprenez bien que j’ai transcrit dans cette colonne le résultat de recherches faites par des scientifiques et des psychologues spécialisés dans l’étude du règne animal. Nous pouvons tous – et nous devons – avoir notre opinion au sujet de la monogamie. Nous pouvons tous dire que nous sommes une espèce plus évoluée, ce qui est absolument vrai. La seule chose que nous ne pouvons pas faire, c’est rendre la science coupable de donner des résultats qui très souvent vont í  l’encontre de notre manière de penser !

Comment la ville fut pacifiée

Comment la ville fut pacifiée

Une vieille légende raconte qu’une ville, dans les montagnes des Pyrénées, était un véritable repaire de trafiquants, de contrebandiers et d’exilés. Le pire de ces criminels, un Arabe du nom d’Ahab, fut converti par un moine de l’endroit, Savin, et décida que cette situation ne pouvait continuer ainsi.

Comme il était craint de tous, mais ne voulait plus se servir de sa réputation de méchant pour atteindre son but, í  aucun moment, il ne chercha í  convaincre. Il connaissait la nature humaine, on allait confondre honníªteté et faiblesse, et bientí´t son pouvoir serait mis en doute.

Voilí  ce qu’il fit, il appela quelques charpentiers d’un village voisin, leur donna un papier avec un dessin, et leur demanda de construire quelque chose í  l’endroit oí¹ aujourd’hui se trouve la croix qui domine le bourg. Jour et nuit, pendant dix jours, les habitants de la ville entendirent le bruit des marteaux et virent des hommes scier des pièces de bois, faire des assemblages, mettre des vis.

Au bout de dix jours, le gigantesque casse-tíªte fut monté au milieu de la place, et couvert d’un drap. Ahab appela tous les habitants pour qu’ils assistent í  l’inauguration du monument.

Solennellement, sans aucun discours, il retira le drap.

C’était une potence.

Avec corde, trappe et tout. Neuve, couverte de cire d’abeille, de sorte qu’elle puisse résister très longtemps aux intempéries. Profitant de la foule qui s’était agglutinée, Ahab lut une série de lois qui protégeaient les agriculteurs, stimulaient l’élevage de bétail, récompensaient ceux qui apporteraient de nouvelles affaires pour la région, ajoutant que désormais il faudrait trouver un travail honníªte ou s’installer dans une autre ville. Il ne mentionna míªme pas une fois le « monument » qu’il venait d’inaugurer ; Ahab était un homme qui ne croyait pas aux menaces.

í€ la fin de la rencontre, plusieurs groupes se formèrent ; la plupart pensaient qu’Ahab avait été trompé par le saint, et puisqu’il n’avait plus le courage d’autrefois, il fallait le tuer. Dans les jours qui suivirent, beaucoup de projets furent constitués í  cette fin. Mais tous étaient obligés de contempler cette potence au milieu de la place, et ils se demandaient : qu’est-ce qu’elle fait lí  ? A-t-elle été montée pour tuer ceux qui n’acceptent pas les nouvelles lois ? Qui est du cí´té d’Ahab, et qui ne l’est pas ? Y a-t-il des espions parmi nous ?

La potence regardait les hommes, et les hommes regardaient la potence. Peu í  peu, le courage initial des rebelles fit place í  la peur : ils connaissaient tous la renommée d’Ahab, ils savaient qu’il était implacable dans ses décisions. Certains abandonnèrent la ville, d’autres décidèrent d’expérimenter les nouveaux travaux suggérés, simplement parce qu’ils n’avaient nulle part oí¹ aller, ou í  cause de l’ombre de cet instrument de mort au milieu de la place. Quelque temps plus tard, la paix régnait dans la place, elle était devenue un grand centre commercial de la frontière, elle commení§a í  exporter la meilleure laine et í  produire un blé de première qualité.

La potence resta lí  pendant dix ans. Le bois résistait bien, mais périodiquement la corde était remplacée par une nouvelle. Elle ne fut jamais utilisée. Jamais Ahab ne dit un mot í  son sujet. Son image suffit pour transformer le courage en peur, la confiance en soupí§on, des histoires de vaillance en murmures d’acceptation. Au bout de dix ans, alors que la loi régnait enfin í  Viscos, Ahab la fit détruire et fit construire une croix í  sa place.

Kazantzakis et Dieu

Durant toute sa vie, l’auteur grec Nikos Kazantzakis (Zorba, La dernière tentation du Christ) fut un homme absolument cohérent. Bien qu’il abordí¢t des thèmes religieux dans beaucoup de ses livres – comme une excellente biographie de saint Franí§ois d’Assise – il se considéra toujours comme un athée convaincu. Or une des plus belles définitions de Dieu que je connais est de cet athée convaincu :

« Nous regardons avec perplexité la partie la plus haute de la spirale de force qui gouverne l’Univers. Et nous l’appelons Dieu. Nous pourrions lui donner un autre nom : Abí®me, Mystère, Obscurité absolue, Lumière totale, Matière, Esprit, Supríªme Espoir, Supríªme Désespoir, Silence. Mais nous l’appelons Dieu, parce que – pour des raisons mystérieuses – elle est capable de secouer avec vigueur notre cÅ“ur. Et, il ne reste aucun doute, cette secousse est absolument indispensable pour permettre le contact avec les émotions fondamentales de l’íªtre humain, qui sont toujours au-delí  de toute explication ou logique. »

Ben Abuyah et l’apprentissage

Le rabbin Elisha Ben Abuyah disait souvent :

« Ceux qui sont ouverts aux leí§ons de la vie et qui ne se nourrissent pas de préjugés sont comme une feuille blanche, sur laquelle Dieu écrit ses mots í  l’encre divine.

« Ceux qui regardent toujours le monde avec cynisme et préjugé sont comme une feuille déjí  écrite, sur laquelle ne peuvent pas entrer de nouveaux mots.

« Ne vous préoccupez pas de ce que vous savez déjí , ou de ce que vous ignorez. Ne pensez ni au passé ni í  l’avenir, laissez seulement les mains divines tracer, chaque jour, les surprises du présent. »

Et qu’est-ce que je fais, finalement ?

De nombreux lecteurs se plaignent que je parle peu de ma vie personnelle dans cette colonne. J’en parle beaucoup – surtout de mes investigations dans le monde imaginaire. Ils insistent : « Mais votre vie ? » Eh bien, pendant une semaine, je suis sorti avec un cahier et j’ai noté plus ou moins ce qui se passe en sept jours.

Dimanche. 1] Je conduis en silence sur les 540 kilomètres qui séparent Paris de Genève. Six heures, et aucune conclusion importante, aucune révélation extraordinaire. Comme j’adore mon travail, je ne m’impose jamais d’y penser le dimanche, de sorte que j’essaie de me contrí´ler.

2] Poste d’essence : je vois une collection très intéressante de maquettes en métal. Je pense tout acheter, mais j’imagine que plus tard j’aurai un excès de bagages, et beaucoup risquent de se briser pendant le voyage. Je me servirai d’Internet pour í§a.

3] Bain. Petit somme. Dí®ner avec une amie. Elle me raconte que l’homme auquel elle s’intéresse veut seulement faire l’amour, rien d’autre. Je ne sais que répondre.

Lundi. 1] Le réveil sonne í  10 h 15, et comme Plan B (les natifs de la Vierge ont toujours un Plan B) la standardiste de l’hí´tel appelle aussi la chambre. Je suis ici comme membre de la direction d’une fondation respectée, et j’hésite í  porter les bottes de cow-boy travaillées en rouge, blanc et noir. Je décide que j’irai avec – aux artistes certaines choses sont tolérées.

2] Rapide petit déjeuner avec un ami qui travaille dans une banque. Je lui demande ce qu’il pense de la crise actuelle – et il me donne une série de réponses auxquelles il ne croit pas lui-míªme. Je montre le journal du jour : une conférence de banquiers, pour tenter de comprendre la crise. L’un d’eux affirme qu’il ne connaí®t pas bien les « produits financiers » qu’il vend. C’est parfait, mon argent est í  la caisse d’épargne. Les natifs de la Vierge ne prennent pas de risques dans ce domaine.

3] Déjeuner avec la direction. Je demande ce qu’ils pensent de la situation en Géorgie. Personne ne veut aborder le sujet, mais ils adorent mes bottes de cow-boy.

4] La réunion est parfaite, sans stress. J’apprends beaucoup. í€ la fin, en montant dans la voiture, j’oublie les documents sur le toit.

5] Quand je sors, les documents tombent au milieu de la rue. Je mets une demi-heure í  tout rassembler, les automobilistes klaxonnent et m’insultent. Un membre de la direction passe, s’arríªte un peu plus loin et me demande si j’ai besoin d’aide. Je dis que non, il suffit qu’un seul risque sa vie pour une telle stupidité.

6] Aujourd’hui je peux téléphoner en utilisant le système « mains libres » pendant que je conduis. Je demande í  Mí´nica, mon agent, d’annuler Paris et Berlin (chaque fois que je voyage, j’ai de moins en moins envie de voyager). Elle dit que nous devons nous rencontrer avant la Foire de Francfort pour « mettre au point certains détails ». Paris ou Barcelone ? Paris, décide-t-elle. J’appelle Paula, mon assistante, pour lui demander pourquoi il y avait peu de commentaires sur mon blog hier – elle explique qu’ils ont changé la configuration, et elle vient d’approuver cent commentaires.

7] J’arrive í  Paris í  onze heures du soir. Je m’attendais í  trouver une montagne de choses, mais il n’y a que deux paquets de livres í  dédicacer, et quelques lettres. Mais j’ai voyagé ! Je suis allé dans un autre pays ! Je me suis rendu compte que j’étais parti un peu plus de 24 heures.

8] Dí®ner. Je laisse l’ordinateur allumé, pour charger « American History X ». Je vais dormir vers deux heures du matin, après avoir lu quelques pages de « Mon année comme membre de l’Islam radical », de Daveed Gartstenstein-Ross. Le livre est très bon, mais je n’arrive pas í  avancer.

Mardi. 1] í€ 10 h, café au lait, jus d’orange, pain beurré – c’est toujours la míªme chose, míªme quand je suis í  l’hí´tel, ce qui est le cas la plus grande partie de l’année. Trois comprimés d’Echinacea, une herbe dont on dit qu’elle renforce l’organisme contre les grippes, et qui s’est montrée fidèle í  sa réputation (míªme s’il n’y a aucune base scientifique).

2] Internet : lecture des emails de lecteurs. Lecture des emails de travail (mon bureau filtre les plus importants), lecture des clippings, visite d’un portail au Brésil et d’un autre aux Etats-Unis pour lire les nouvelles du jour. Je vois que les sujets sont plus ou moins ceux de toujours : permission pour citer un passage de moi dans des livres (toujours donnée), invitations í  des conférences (toujours refusées). Aujourd’hui j’ai une interview pour un journal en Finlande, qui va publier ces colonnes. Je reste une heure devant l’ordinateur.

3] Je marche une heure sans m’arríªter – ou que je me trouve, je manque rarement de le faire. Hier j’ai demandé í  mon assistante de m’accompagner ; elle vient de rentrer de vacances au Brésil, et elle doit se marier en octobre. Nous avons parlé des vacances.

4] Retour í  l’ordinateur. Mise í  jour du blog, lecture d’une interview avec l’acteur stupide David Thewlis, qui dit que son rí´le dans « Veronika décide de mourir » (qui sort l’année prochaine) n’a été que « deux semaines de travail de plus ». Je suis en colère. Je lis le reste de l’interview et je vois qu’il se plaint de tout ce qu’il fait dans la vie. La colère s’en va.

5] Tir í  l’arc. Bain. De nouveau l’ordinateur. Je demande qu’on vérifie encore une fois s’il n’y a pas de problème avec le vol de dimanche pour le Brésil. En principe, il n’y en a pas.

6] J’ai oublié de noter oí¹ j’avais dí®né. Je regarde « Bienvenue í  Sarajevo ». Je lis, du début í  la fin, le Herald Tribune. J’essaie de reprendre « Mon année dans l’Islam radical », mais je m’arríªte au bout de quelques pages.

Mercredi. 1] La míªme chose que 1, 2, 3 ci-dessus, sauf que cette fois ma compagne de promenade s’appelle Maarit, une lectrice que j’ai rencontrée dans la communauté sociale Myspace. Elle fait des études pour devenir bonne sÅ“ur. Nous parlons beaucoup de la situation de l’Église catholique, et nous nous promettons de garder le contact.

2] Mí´nica arrive. Nous parlons de 15 h jusqu’í  2 heures du matin le lendemain, nous discutons du programme de lancement du nouveau livre, de ce que je dois dire í  Francfort, et de l’endroit oí¹ se tiendra sa fíªte d’anniversaire (elle aura 40 ans en novembre). Je suggère que ce soit chez elle í  Barcelone, mais elle dit qu’ils ont mis un échafaud et qu’on n’a plus de vue sur la ville. Je réponds que la nuit toutes les vues sur la ville se ressemblent – un tas de lumière qui clignotent. Elle n’est tout de míªme pas convaincue. Elle dit que je dois donner plus d’interviews. Nous passons tout ce temps enfermés dans l’appartement, parce que Mí´nica déteste tout simplement marcher. Chris a préparé le dí®ner et elle est allée se coucher depuis longtemps.

3] í€ 2 h 15 du matin, je dis que je suis fatigué, que je veux dormir, mais elle paraí®t aussi en forme que si elle venait de se lever ; et c’est elle qui a vécu aujourd’hui l’expérience de la chambre de torture que nous connaissons sous le nom d’« aéroport ».

4] J’arrive í  la convaincre d’aller se coucher í  2 h 30 du matin. Avec une série de problèmes en suspens. Aujourd’hui pas de Herald Tribune ou de « Mon année dans l’Islam radical ».

Jeudi. 1] Petit déjeuner avec Mí´nica, mon agent et amie, qui a passé moins d’une journée í  Paris, et a conscré 10 heures í  parler avec moi (í  la míªme place, car elle déteste marcher, malgré la belle journée d’automne). Elle part pour Barcelone, et je vais sur l’ordinateur vérifier les emails, les demandes d’autorisation, les invitations (tout déjí  dí»ment filtré par le bureau). Lecture d’emails de lecteurs.

2] La bíªtise du jour revient í  Frei Betto, un religieux brésilien, que je considérais il y a encore quelques minutes comme mon ami, mais qui est l’auteur d’un article publié dans un journal de province, dans lequel il m’attaque gratuitement – plutí´t, il attaque tout ce que signifie « culture populaire ». Avec Internet, nous savons tout. Je lui envoie un email coupant tout lien d’amitié entre nous. Par précaution, j’envoie des copies í  tous nos amis communs, pour avoir la certitude qu’il lui parviendra.

3] Juliette arrive pour m’emprunter un appareil de son qui m’a été offert pendant que j’étais í  St Moritz, en Suisse. C’est pour la fíªte surprise de son mari, qui a 40 ans (apparemment tout le monde autour de moi fíªte ses 40 ans). L’appareil ressemble í  un grille-pain électrique, mais en réalité il émet des impulsions digitales, ce qui permet que la musique soit entendue avec la míªme intensité et aussi haut dans une salle de 200 personnes. Je ne m’en suis jamais servi, mais au moins il aide une amie.

4] Une heure de marche, comme toujours. Tir í  l’arc, comme toujours. Écriture de ma colonne hebdomadaire, que vous lisez maintenant.

5] Dí®ner avec Chris dans un restaurant japonais. Je commande le míªme plat que la dernière fois. Je ne sais pas pourquoi, quand je vais dans un nouveau restaurant et que j’aime bien ce que j’ai mangé, je finis par répéter. Manque d’imagination, je crois.

Vendredi. 1] Petit déjeuner, ordinateur, promenade. Mise í  jour du blog quotidien.

2] Je prends mon journal et je vais passer la journée au Champ de Mars, près de mon appartement í  Paris. Je regarde les gens qui se préparent pour l’hiver : la plupart font des photos de la tour Eiffel ou parlent dans leur cellulaire. Je passe devant un musée (le musée Branly), je vois qu’il n’y a pas la queue et je décide d’entrer. Exposition d’art indigène de divers continents du monde – je commence í  imaginer qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans notre civilisation, puisque ces tribus et ces personnes sont capables de faire des travaux beaucoup plus intéressants et frappants que ce que nous voyons aujourd’hui sur le terrain des arts plastiques. Mais í§a ne sert í  rien de se plaindre et d’écrire í  ce sujet – il y a des thèses et encore des thèses sur les « concepts artistiques » contemporains, qui incluent une vache conservée dans le formol (vendue pour 30 millions de dollars) et deux murs en fer oxydé (prix autour de 5 millions de dollars). Je pense que Frei Betto, dans sa nouvelle incarnation comme intellectuel d’avant-garde, doit avoir aussi une thèse pour défendre í§a.

3] Je rentre í  la maison, les valises sont príªtes, le chauffeur attend, la voiture se dirige vers l’aéroport Charles-de-Gaulle. Le vol est marqué pour 22 h 15, mais l’actuelle chambre de torture (connue sous le nom d’« aéroport ») exige que nous soyons lí  une éternité í  l’avance.

4] Décollage í  23 h 50 (une heure de retard). Je passerai une vingtaine de jours au Brésil avant d’aller í  Francfort. Mais comme toujours, je n’irai dans aucun restaurant í  la mode, ce qui signifie que bientí´t j’entendrai la míªme question : « Quand est-ce que tu viens dans ton pays ? »

D’après ce que je comprends, celui qui ne va pas dans un restaurant í  la mode n’existe pas.

La routine du mannequin

Pour écrire « La Solitude du vainqueur », dont le thème central est le culte des célébrités, j’ai dí» faire une recherche intéressante au sujet de la routine de celles qui habitent l’imaginaire collectif : les mannequins photo. Aussi différentes qu’elles soient, il existe un modèle invariable de comportement que je reproduis ici :

A] Avant de se coucher, elles mettent plusieurs crèmes pour nettoyer les pores et hydrater la peau – ce qui rend très tí´t leur organisme dépendant d’éléments extérieurs. Au réveil, elles prennent une tasse de café noir sans sucre, accompagnée de fruits contenant des fibres – pour que les aliments qu’elles avaleront dans la journée passent rapidement dans les intestins. Elles montent sur la balance trois ou quatre fois par jour ; elles sombrent dans la dépression pour chaque gramme de trop que l’aiguille accuse.

B] Elles savent toutes que bientí´t elles seront dépassées par de nouveaux visages, de nouvelles tendances, et elles doivent de toute urgence montrer que le talent va plus loin que les podiums. Elles passent leur temps í  demander í  leurs agences de leur trouver un essai, afin de montrer qu’elles sont capables de travailler comme actrices – le grand ríªve.

C] Contrairement í  ce que veut la légende, elles assument leurs dépenses – les billets de voyage, l’hí´tel, et les habituelles salades. Elles sont convoquées par les assistants de stylistes pour faire ce qu’on appelle un casting, la sélection de celles qui seront choisies pour affronter le podium ou la séance de photos. í€ ce moment, elles se trouvent en présence de personnes invariablement de mauvaise humeur qui se servent du peu de pouvoir qu’elles ont pour évacuer leurs frustrations quotidiennes, et ne disent jamais un mot gentil ou encourageant : « horrible » est le commentaire qu’on entend le plus souvent.

D] Les parents sont fiers de leurs filles qui ont si bien commencé leur carrière, et ils regrettent d’avoir affirmé qu’ils s’y opposaient – après tout, elles gagnent de l’argent et aident la famille. Leurs petits amis font des crises de jalousie, mais ils se contrí´lent, parce que í§a fait du bien í  leur ego d’íªtre avec une professionnelle de la mode. Leurs amies les envient en secret ou ouvertement.

E] Elles fréquentent toutes les fíªtes pour lesquelles elles sont appelées, et elles se comportent comme si elles étaient beaucoup plus importantes qu’elles ne le sont, un symptí´me du manque d’assurance. Elles ont toujours une coupe de champagne í  la main, mais cela fait seulement partie de l’image qu’elles désirent transmettre. Elles savent que l’alcool contient des éléments qui risquent de faire grossir, aussi leur boisson préférée est-elle l’eau minérale non gazeuse – le gaz, s’il n’affecte pas le poids, a des conséquences immédiates sur le contour de l’estomac.

F] Elles dorment mal í  cause des comprimés. Elles entendent parler de l’anorexie – la maladie la plus courante dans le milieu, une sorte de trouble nerveux causé par l’obsession du poids et de l’apparence, qui finit par éduquer l’organisme í  rejeter toute espèce d’aliment. Elles disent que í§a ne leur arrivera jamais, mais elles ne remarquent pas quand les premiers symptí´mes s’installent.

G] Elles sont sorties directement de l’enfance pour le monde du luxe et du glamour, sans passer par l’adolescence et la jeunesse. Quand on leur demande quels sont leurs projets d’avenir, elles ont toujours la réponse sur le bout de la langue : « faculté de philosophie. Je ne suis ici que pour pouvoir payer mes études ». Elles savent que ce n’est pas vrai. Elles ne peuvent s’offrir le luxe de fréquenter une école : il y a toujours un essai le matin, une séance de photos l’après-midi, une fíªte oí¹ elles doivent íªtre présentes pour íªtre vues, admirées, désirées.

Les gens pensent qu’elles vivent un conte de fées. Et elles veulent le croire. Jusqu’í  ce qu’un écrivain plus curieux décide de ne pas renoncer, et de poser des questions. Après beaucoup d’hésitation, elles finissent par dire : « Je suis née pour íªtre actrice. Alors, je suis capable de faire comme si cette misère était la profession la plus glamoureuse du monde. »

La mesure de l’amour

« J’ai toujours désiré savoir si j’étais capable d’aimer ma femme comme vous aimez la ví´tre, a dit le journaliste Keichiro í  mon éditeur Satoshi Gungi, tandis que nous dí®nions.

– Il n’y a rien au-delí  de l’amour, répondit-il. C’est lui qui fait tourner le monde et garde les étoiles suspendues dans le ciel.

– Je le sais. Mais comment savoir si mon amour est assez grand ?

– Essayez de savoir si vous vous abandonnez í  vos émotions, ou si vous les fuyez. Mais ne posez pas ce genre de questions, parce que l’amour n’est ni grand ni petit ; c’est seulement l’amour. »

« On ne peut pas mesurer un sentiment comme on mesure une route. Si vous faites cela, vous allez commencer í  comparer avec ce qu’on vous raconte, ou avec ce que vous espérez trouver. De cette manière, vous écouterez toujours une histoire, au lieu de parcourir votre propre chemin. »

Le guerrier de la lumière et son tempérament

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Le guerrier de la lumière se permet de vivre un jour pas comme les autres. Il n’a pas peur de pleurer de vieux chagrins ou de se réjouir de nouvelles découvertes. Quand il sent que l’heure est venue, il laisse tout tomber et part vers l’aventure dont il a tant ríªvé. Quand il comprend qu’il est í  la limite de sa résistance,il quitte le combat, sans se culpabiliser d’avoir fait une ou deux folies inattendues.

L’histoire qui suit illustre ce que je veux dire.

Un homme en quíªte de sainteté décida de gravir une haute montagne en emportant seulement les víªtements qu’il portait sur lui, et d’y rester í  méditer le restant de ses jours.

Il comprit bientí´t qu’un víªtement ne suffisait pas parce qu’il se salissait très vite. Il descendit la montagne, se rendit au village le plus proche, et demanda d’autres víªtements. Comme tous savaient que cet homme était en quíªte de sainteté, ils lui remirent un nouveau pantalon et une chemise.

L’homme remercia et remonta jusqu’í  l’ermitage qu’il construisait en haut de la montagne. Il passait les nuits í  fabriquer les murs, les jours livré í  la méditation, il mangeait les fruits des arbres, et il buvait l’eau d’une source voisine.

Au bout d’un mois, il découvrit qu’un rat rongeait le víªtement de rechange qu’il laissait í  sécher. Comme il voulait n’íªtre concentré que sur son devoir spirituel, il descendit de nouveau jusqu’au village, et il demanda qu’on lui trouve un chat.

Les habitants, respectant sa quíªte, exaucèrent sa demande.

Encore sept jours, et le chat était quasi mort d’inanition, parce qu’il n’arrivait pas í  se nourrir de fruits, et il n’y avait plus de rats dans les lieux. Il revint au village pour trouver du lait ; comme les paysans savaient que ce n’était pas pour lui – qui, en fin de compte, résistait sans rien manger d’autre que ce que la nature lui offrait -, ils l’aidèrent une fois de plus.

Le chat vint rapidement í  bout du lait, si bien que l’homme demanda qu’on lui príªte une vache.

Comme la vache donnait plus de lait qu’il n’était suffisant, il se mit í  le boire aussi, pour ne pas gaspiller. En peu de temps – respirant l’air de la montagne, mangeant des fruits, méditant, buvant du lait et faisant de l’exercice – il devint un modèle de beauté. Une belle jeune fille qui était montée dans la montagne pour chercher un agneau tomba amoureuse de lui, et le convainquit qu’il avait besoin d’une épouse pour s’occuper des tí¢ches domestiques pendant qu’il méditait en paix.

L’homme resta trois jours sans manger, essayant de savoir quelle était la meilleure décision í  prendre. Finalement, il comprit que le mariage est une bénédiction des cieux, et il accepta la proposition.

Trois ans plus tard, l’homme était marié, avec deux enfants, trois vaches, un verger d’arbres fruitiers, il dirigeait un lieu de méditation, et les gens se mettaient sur une énorme liste d’attente pour connaí®tre le miraculeux « temple de l’éternelle jeunesse ».

Quand on lui demandait comment tout cela avait commencé, il disait :

« Deux semaines après mon arrivée ici, je n’avais que deux pièces de víªtement. Un rat a commencé í  en ronger une, et… »

Mais personne ne s’intéressait í  la fin de l’histoire ; tous étaient certains qu’il était un homme d’affaires sagace, qui essayait d’inventer une légende pour pouvoir augmenter encore plus le prix du séjour dans le temple. »

Cependant, comme un bon guerrier de la lumière, il se moquait de ce que pensaient les autres ; il était content parce qu’il avait pu transformer ses ríªves en réalité.

Édition nº 195 – Défier le maí®tre

L’oiseau est-il vivant ?

Le jeune homme était í  la fin de sa formation, bientí´t il se mettrait í  enseigner. Comme tout bon élève, il devait défier son professeur et développer sa faí§on de penser personnelle. Il captura un oiseau, le mit dans une de ses mains, et alla le trouver :

« Maí®tre, cet oiseau est-il vivant ou mort ? »

Son plan était le suivant : si le maí®tre disait « mort », il ouvrirait sa main et l’oiseau s’envolerait. Si la réponse était « vivant », il écraserait l’oiseau entre ses doigts ; ainsi, le maí®tre aurait toujours tort.

« Maí®tre, l’oiseau est-il vivant ou mort ? insista-t-il.

– Mon cher élève, cela dépendra de toi ». Voilí  ce que répondit le maí®tre.

L’apprenti indésirable

« Notre monastère n’a pas de portes, expliqua Shantih au visiteur.

– Et les importuns, qui viennent perturber votre paix ?

– Nous les ignorons, et ils s’en vont.

– C’est tout ? Et í§a marche ? »

Shantih ne répondit pas. Le visiteur insista í  plusieurs reprises. Voyant qu’il n’obtenait pas de réponse, il décida de partir.

« Vous avez vu comment cela fonctionne ? » se dit Shantih en souriant.

Le yogi et le fou

Nasrudin, le maí®tre fou de la tradition soufie passe devant une grotte, il voit un yogi en pleine méditation et lui demande ce qu’il cherche.

« Je contemple les animaux, et j’en ai tiré beaucoup de leí§ons qui peuvent transformer la vie d’un homme, dit le yogi.

– Enseigne-moi ce que tu sais. Moi, je t’enseignerai ce que j’ai appris, car un poisson m’a sauvé la vie », répond Nasrudin.

Le yogi s’étonne : seul un saint a pu avoir la vie sauve grí¢ce í  un poisson. Et il décide de lui enseigner tout ce qu’il sait.

Quand il a terminé, il dit í  Nasrudin :

« Maintenant que je t’ai tout appris, je serais fier de savoir comment un poisson t’a sauvé la vie.

– C’est simple. J’étais quasi mort de faim quand je l’ai píªché, et grí¢ce í  lui j’ai pu survivre trois jours. »

Illumination en sept jours

Le Bouddha affirma í  ses disciples : celui qui fait des efforts peut atteindre l’illumination en sept jours. S’il n’y parvient pas, il l’atteindra certainement en sept mois, ou en sept ans. Le jeune homme décida qu’il l’atteindrait en une semaine, et il voulut savoir comment il devait agir : « concentration » fut la réponse.

Le jeune homme commení§a í  pratiquer, mais au bout de dix minutes il était déjí  distrait. Peu í  peu, il príªta attention í  tout ce qui le distrayait, et il pensa qu’il ne perdait pas de temps, mais qu’il s’habituait í  lui-míªme.

Un beau jour, il décida qu’il n’était pas indispensable d’atteindre son but aussi vite, puisque le chemin lui enseignait beaucoup de choses.

Et c’est í  ce moment qu’il atteignit l’illumination.

Édition nº 194 – Indépendance émotionnelle

« Au début de notre vie et de nouveau quand nous vieillissons, l’aide des autres nous est indispensable. Malheureusement, entre ces deux périodes de notre vie, quand nous sommes forts et capables de prendre soin de nous-míªmes, nous négligeons la valeur de l’affection et de la compassion. Comme notre vie commence et finit avec la nécessité de l’affection, ne vaudrait-il pas mieux pratiquer la compassion et l’amour pour les autres pendant que nous en avons la force ? »

Les mots qui précèdent sont de l’actuel Dalaí¯-Lama. Il est vraiment très curieux de constater que nous sommes fiers de notre indépendance émotionnelle. Bien sí»r, ce n’est pas tout í  fait vrai ; nous avons besoin des autres toute notre vie, mais il est « honteux » de le manifester, alors nous préférons pleurer en cachette. Et quand quelqu’un nous appelle í  l’aide, cette personne est considérée comme faible, incapable de contrí´ler ses sentiments.

Il existe une règle non écrite, affirmant que « le monde appartient aux forts », seul « survit le plus apte ». Si c’était vrai, les íªtres humains n’existeraient plus, parce qu’ils font partie d’une espèce qui a besoin d’íªtre protégée durant une longue période (les spécialistes disent que nous ne sommes capables de survivre par nous-míªmes qu’après l’í¢ge de neuf ans, alors que la girafe met seulement six í  huit mois et qu’une abeille est déjí  indépendante en moins de cinq minutes.

Nous sommes dans ce monde. Pour ma part, je continue, et je continuerai toujours, í  dépendre des autres. Je dépends de ma femme, de mes amis, de mes éditeurs. Je dépends míªme de mes ennemis, qui m’aident í  conserver mon adresse dans le maniement de l’épée.

Évidemment, il y a des moments oí¹ ce feu souffle dans une autre direction, mais je me demande toujours oí¹ sont les autres. Me serais-je trop isolé ? Comme toute personne saine, j’ai aussi besoin de solitude, de moments de réflexion.

Mais je ne peux pas m’en rendre malade.

L’indépendance émotionnelle ne mène absolument nulle part, sauf í  une prétendue forteresse, dont l’unique et inutile objectif est d’impressionner les autres.

La dépendance émotionnelle, quant í  elle, est un feu que nous allumons.

Au début les relations sont difficiles. De míªme que le feu oblige í  supporter la fumée désagréable, qui rend la respiration difficile et arrache des larmes. Mais, une fois le feu allumé, la fumée disparaí®t et les flammes illuminent tout alentour, répandant chaleur et calme. Éventuellement une braise s’échappe et nous brí»le, mais c’est ce qui rend une relation intéressante, n’est-ce pas ?

J’ai commencé cette colonne en citant un Prix Nobel de la Paix au sujet de l’importance des relations humaines. Je termine avec le professeur Albert Schweitzer, médecin et missionnaire, qui a reí§u le míªme prix Nobel, en 1952.

« Nous connaissons tous en Afrique la maladie du sommeil. Ce que nous devons savoir, c’est qu’il existe une maladie semblable qui attaque l’í¢me, et qui est très dangereuse, parce qu’elle s’installe sans qu’on s’en aperí§oive. Quand vous notez le moindre signe d’indifférence et d’absence d’enthousiasme envers votre semblable, soyez en alerte !

« La seule manière de nous prémunir de cette maladie est de comprendre que l’í¢me souffre, et souffre beaucoup, quand nous l’obligeons í  vivre superficiellement. L’í¢me aime les choses belles et profondes. »

Édition nº 193 – í€ la recherche du dirigeant parfait

Un lecteur m’envoie un questionnaire. Dans celui-ci, il présente le profil de trois dirigeants d’envergure internationale qui ont vécu í  la míªme époque et demande s’il est possible de choisir le meilleur d’après les données suivantes :

Candidat A : a fréquenté des guérisseurs, consultait fréquemment des astrologues. Il avait deux maí®tresses. Sa femme était lesbienne. Il fumait beaucoup. Il buvait de huit í  dix martinis par jour.

Candidat B : n’arrivait pas í  garder un emploi, í  cause de son arrogance. Il dormait toute la matinée. Il prit de l’opium au collège, et fut toujours considéré comme un mauvais élève. Il buvait un verre de cognac tous les matins.

Candidat C : fut décoré comme un héros. Il était végétarien. Il ne fumait pas. Il avait une discipline exemplaire. Occasionnellement il buvait une bière. Il resta avec la míªme femme dans les moments de gloire et les moments de défaite.

Quelle est la réponse ?

A) Franklin Delano Roosevelt. B) Winston Churchill. C) Adolf Hitler.

Alors qu’est-ce que la gouvernance ? L’encyclopédie la définit comme la capacité d’un individu í  en motiver d’autres dans la recherche d’un míªme objectif. Les librairies sont pleines de textes í  ce sujet, et normalement les dirigeants sont dépeints avec des couleurs éclatantes, des attributs enviables, des idéaux supríªmes. Le dirigeant est pour la société comme le « maí®tre » pour la spiritualité. Cependant cela n’est pas absolument vrai (dans un cas comme dans l’autre).

Notre grand problème, surtout dans un monde qui devient de plus en plus fondamentaliste, est de ne pas permettre que les personnes qui occupent des positions importantes commettent des erreurs humaines. Nous sommes toujours í  la recherche du gouvernant parfait. Nous sommes toujours derrière un pasteur qui nous dirigerait et nous aiderait í  trouver notre chemin. En réalité, les grandes révolutions et les grandes avancées de l’humanité ont été provoquées par des gens semblables í  nous tous – í  cette seule différence qu’ils avaient le courage de prendre une décision-clé dans un moment difficile.

Il y a très longtemps que, dans mon inconscient, j’ai remplacé le mot « dirigeant » par l’expression « guerrier de la lumière ». Qu’est-ce qu’un guerrier de la lumière ?

Les guerriers de la lumière ont toujours une lueur particulière dans le regard.

Ils sont au monde, ils font partie de la vie des autres, et ils ont commencé leur voyage sans besace ni sandales. Il leur arrive souvent d’íªtre lí¢ches et ils n’agissent pas toujours correctement.

Les guerriers de la lumière souffrent pour des causes inutiles, ils ont des attitudes mesquines et se jugent parfois incapables de grandir. Ils se croient fréquemment indignes d’une bénédiction ou d’un miracle.

Les guerriers de la lumière ne savent pas toujours avec certitude ce qu’ils font ici. Ils passent souvent des nuits blanches í  se dire que leur vie n’a aucun sens.

Tous les guerriers de la lumière ont déjí  eu peur de se lancer dans le combat. Tous les guerriers de la lumière ont déjí  perdu foi en l’avenir.

Tous les guerriers de la lumière ont déjí  suivi un chemin qui n’était pas le leur. Tous les guerriers de la lumière ont pensé qu’ils n’étaient pas des guerriers de la lumière. Tous les guerriers de la lumière ont déjí  manqué í  leurs obligations spirituelles.

C’est pour cela qu’ils sont des guerriers de la lumière ; parce qu’ils ont traversé tout cela, et n’ont pas perdu l’espoir d’íªtre meilleurs qu’ils ne l’étaient.

C’est pour cela qu’ils sont des guerriers de la lumière. Parce qu’ils se trompent. Parce qu’ils s’interrogent. Parce qu’ils cherchent une raison – et ils vont certainement la trouver.

Édition nº 192 – La seconde chance

Les Sibylles, des sorcières capables de prévoir l’avenir, vivaient í  Rome dans l’Antiquité. Un beau jour, l’une d’elles se présenta au palais de l’empereur Tibère avec neuf livres ; elle annoní§a qu’ils contenaient l’avenir de l’Empire et réclama dix talents d’or pour les textes. Tibère trouva que c’était très cher et ne voulut pas acheter.

La sibylle sortit, brí»la trois livres et revint avec les six restants. « Cela fait dix talents d’or », dit-elle. Tibère rit, et il la renvoya ; comment osait-elle vendre six livres au míªme prix que neuf ?

La sibylle brí»la encore trois livres et revint vers Tibère avec les trois derniers volumes : « Ils coí»tent toujours dix talents d’or. » Intrigué, Tibère finit par acheter les trois volumes, et ne put lire qu’une petite partie de l’avenir.

Je racontais cette histoire í  Monica, mon agent et amie, tandis que nous nous rendions en voiture au Portugal. Quand j’ai terminé, je me suis rendu compte que nous passions par Ciudad Rodrigo, í  la frontière espagnole. Lí , quatre ans auparavant, un livre m’avait été offert, et je ne l’avais pas acheté.

Lors du premier voyage pour la divulgation de mes livres en Europe, j’avais décidé de déjeuner dans cette ville. Ensuite, j’étais allé visiter la cathédrale, et j’avais rencontré un príªtre. « Voyez comme le soleil de l’après-midi rend tout plus beau í  l’intérieur », dit-il. Ce commentaire m’avait plu, nous avions parlé un peu, et il m’avait guidé dans les autels, les cloí®tres et les jardins intérieurs du temple. í€ la fin, il m’avait offert un livre qu’il avait écrit au sujet de l’église, mais je n’avais pas voulu l’acheter. Quand je suis sorti, je me suis senti coupable ; je suis écrivain, et j’étais en Europe pour essayer de vendre mon travail – pourquoi ne pas acheter le livre du príªtre, par solidarité ? Et puis j’avais oublié l’épisode, jusqu’í  ce moment.

J’ai arríªté la voiture ; ce n’était pas par hasard que je m’étais souvenu de l’histoire des livres sibyllins. Nous avons marché vers la place en face de l’église, oí¹ une femme regardait le ciel.

« Bonsoir. Je suis venu ici voir un príªtre qui a écrit un livre au sujet de l’église.

– Le père, qui s’appelait Stanislau, est mort il y a un an », a-t-elle répondu.

J’ai senti une immense tristesse. Pourquoi n’avais-je pas donné au père Stanislau la míªme joie que je ressentais quand je voyais quelqu’un avec un de mes livres ?

« C’était l’un des hommes les plus généreux que j’aie connus, a poursuivi la femme. Il venait d’une famille modeste, mais il était devenu expert en archéologie ; il m’a aidée í  obtenir pour mon fils une bourse au collège. »

Je lui ai raconté ce que je faisais lí .

« Ne vous culpabilisez pas inutilement, mon enfant, a-t-elle dit. Retournez visiter la cathédrale. »

J’ai pensé que c’était un signe, et j’ai suivi son conseil. Il y avait seulement un príªtre dans un confessionnal, attendant les fidèles qui ne venaient pas. Il m’a prié de m’agenouiller, mais j’ai dit que je n’étais lí  que pour acheter un livre sur cette église, écrit par un homme du nom de Stanislau.

Les yeux du príªtre ont se sont éclairés. Il est sorti du confessionnal et il est revenu quelques minutes plus tard avec un exemplaire.

« Quelle joie que vous soyez venu seulement pour cela ! a-t-il dit. Je suis le frère du père Stanislau, et cela me remplit de fierté ! Il doit íªtre au ciel, content de voir que son travail a de l’importance ! »

J’ai payé le livre, je l’ai remercié, il m’a donné l’accolade. Alors que je sortais déjí , j’ai entendu sa voix.

« Voyez comme le soleil de l’après-midi rend tout plus beau í  l’intérieur ! » a-t-il dit.

C’étaient les mots que le père Stanislau m’avait adressés quatre ans plus tí´t. Il y a toujours une seconde chance dans la vie.

Édition nº 190 – Et la chasse aux sorcières continue…

Cela fait un an et demi que j’ai transcrit dans cette colonne une information de CNN : le 31 octobre 2004, se prévalant d’une loi féodale qui fut abolie le mois suivant, la ville de Prestonpans, en Écosse, a accordé le pardon officiel í  81 personnes exécutées pour pratique de sorcellerie au cours des XVIe et XVIIe siècles – ainsi qu’í  leurs chats.

D’après le porte-parole officiel des barons de Prestoungrange et Dolphinstoun, « on avait condamné la plupart sans aucune preuve concrète – en se fondant uniquement sur les témoins de l’accusation, qui déclaraient sentir la présence d’esprits malins ».

Le plus curieux dans cette information, c’est que la ville et le quatorzième baron de Prestoungrange et Dolphinstoun « accordent le pardon » í  des personnes exécutées brutalement. Nous sommes en plein XXIe siècle et ceux qui ont tué des innocents se jugent encore en droit de « pardonner ».

í€ ma surprise, l’affaire ne s’est pas arríªtée lí .

Il existe encore, du moins selon la respectable agence Reuters, des sorcières auxquelles le système doit pardonner. Dans une information publiée récemment, la petite-fille de l’une d’elles vient de lancer une campagne pour la « rédemption posthume » d’Helen Duncan, une femme accusée par les Anglais pendant la Seconde Guerre mondiale. Le crime de Duncan fut d’avoir répondu au cours d’une séance de spiritisme í  la question d’une mère désespérée, qui voulait savoir oí¹ se trouvait son fils, membre de l’équipage du navire HMS Barbham. La médium affirma qu’il venait de naufrager, et qu’ils étaient tous morts.

C’était vrai, mais le fait était gardé secret pour ne pas affecter le moral des soldats. La nouvelle se répandit aussití´t et parvint jusqu’au gouvernement. Se fondant sur une loi de 1735, Winston Churchill la fit emprisonner jusqu’í  la fin de la guerre.

Helen Duncan mourut en 1956, sans avoir jamais été pardonnée. Sa petite-fille, Mary Martin (aujourd’hui í¢gée de 72 ans) alla jusqu’í  obtenir une audience auprès du ministre de l’Intérieur du gouvernement Tony Blair, sans le moindre succès.

Au moment oí¹ j’écris ces lignes, le baron de Prestoungrange, le míªme qui parvint í  obtenir le pardon officiel de la ville de Prestonpans, est directement impliqué dans l’affaire, et il a míªme monté un site sur Internet (www.prestoungrange.org/helenduncan) pour obtenir un soutien international.

Le baron dit :

« Les 300 soldats exécutés pour désertion pendant la Première Guerre mondiale ont été pardonnés. Les dénonciations qui avaient provoqué la mort de 20 jeunes femmes innocentes í  Salem, Massachusetts, ont été traitées comme elles le devaient. Nous nous sommes déjí  excusés pour le trafic d’esclaves et l’adoption de la piraterie comme moyen noble d’enrichir le Royaume-Uni. Que manque-t-il pour pardonner í  Helen Duncan ? »

C’est simple. Au début, Duncan a été accusée d’espionnage. Une énorme enquíªte menée í  terme par le gouvernement a conclu qu’il était impossible qu’une femme comme elle ait accès í  des secrets officiels et des informations secrètes. Comment aurait-elle pu, par conséquent, savoir ce qui était arrivé í  la frégate HMS Barbham ?

Il ne restait qu’une seule explication : la sorcellerie. Et í  quoi servent les vieilles lois, míªme si elles ont été oubliées par une civilisation qui se juge éclairée et loin des superstitions d’autrefois ?

í€ ce qu’on les applique.

Édition nº 189 – Inventaire de la normalité

J’ai décidé de faire une recherche auprès de mes amis sur ce que la société considère comme un comportement normal. Voici une liste de quelques-unes de ces absurdités, avec lesquelles nous vivons tous les jours, parce que la société les considère normales :

  1. Tout ce qui nous fait oublier notre véritable identité et nos ríªves, et nous fait seulement travailler pour produire et reproduire.
  2. Avoir des règles pour la guerre (Convention de Genève).
  3. Perdre des années dans une université pour ensuite ne pas trouver de travail.
  4. Travailler de neuf heures du matin í  cinq heures du soir dans quelque chose qui ne procure aucun plaisir, du moment que, au bout de 30 ans, on peut prendre sa retraite.
  5. Prendre sa retraite, découvrir que l’on n’a plus d’énergie pour profiter de la vie et mourir d’ennui au bout de quelques années.
  6. Utiliser du Botox.
  7. Chercher la réussite financière, au lieu de chercher le bonheur.
  8. Ridiculiser celui qui cherche le bonheur plutí´t que l’argent, le traitant de « personne sans ambition ».
  9. Comparer des objets tels que voitures, maisons, víªtements, et définir la vie en fonction de ces comparaisons, au lieu d’essayer réellement de connaí®tre la vraie raison de vivre.
  10. Ne pas causer avec des étrangers. Dire du mal du voisin.
  11. Toujours croire que les parents ont raison.
  12. Se marier, avoir des enfants, rester ensemble míªme si l’amour est fini, sous prétexte que c’est pour le bien de l’enfant (comme s’il n’assistait pas aux disputes constantes).

12a) Critiquer tous ceux qui tentent d’íªtre différents.

  1. Se réveiller avec un réveil hystérique í  cí´té du lit.
  2. Croire í  absolument tout ce qui est imprimé.
  3. Porter un bout de tissu de couleur accroché au cou, sans aucune fonction apparente, mais qui répond au nom pompeux de « cravate ».
  4. Ne jamais poser de questions directes, míªme si l’autre comprend ce que l’on veut savoir.
  5. Garder un sourire aux lèvres quand on meurt d’envie de pleurer. Et avoir pitié de tous ceux qui manifestent leurs sentiments.
  6. Penser que l’art vaut une fortune, ou qu’il ne vaut absolument rien.
  7. Toujours mépriser ce qui a été acquis facilement, parce qu’il n’y a pas eu le « sacrifice nécessaire », donc cela ne doit pas avoir les qualités requises.
  8. Suivre la mode, míªme si tout paraí®t ridicule et inconfortable.
  9. íŠtre convaincu que toute personne célèbre a accumulé des tonnes d’argent.
  10. Beaucoup investir dans la beauté extérieure, et peu se soucier de la beauté intérieure.
  11. Recourir í  tous les moyens possibles pour montrer que l’on a beau íªtre une personne normale, on est infiniment au-dessus des autres íªtres humains.
  12. Dans un moyen de transport public, ne jamais regarder quelqu’un droit dans les yeux, sinon cela peut íªtre interprété comme un geste de séduction.
  13. Quand on monte dans l’ascenseur, garder le corps tourné vers la sortie et faire comme si l’on était tout seul í  l’intérieur, aussi plein soit-il.
  14. Ne jamais rire tout fort au restaurant, míªme si l’histoire est très bonne.
  15. Dans l’hémisphère Nord, porter toujours le víªtement qui va avec la saison ; bras nus au printemps (míªme s’il fait froid) et gilet de laine en automne (míªme s’il fait chaud).
  16. Dans l’hémisphère Sud, couvrir de coton l’arbre de Noí«l, míªme si l’hiver n’a rien í  voir avec la naissance du Christ.
  17. í€ mesure que l’on vieillit, se croire maí®tre de toute la sagesse du monde, míªme si on n’a pas assez vécu pour savoir ce qui ne va pas.
  18. Se rendre í  un thé de charité et penser qu’ainsi on en a fait assez pour venir í  bout des inégalités sociales dans le monde.
  19. Manger trois fois par jour, míªme sans faim.
  20. Croire que les autres sont toujours meilleurs en tout : ils sont plus beaux, plus capables, plus riches, plus intelligents. Il est très risqué de s’aventurer au-delí  de ses propres limites, mieux vaut ne rien faire.
  21. Utiliser la voiture comme un moyen de se sentir puissant et de dominer le monde.
  22. Proférer des injures sur la route.
  23. Penser que toutes les bíªtises que fait son enfant sont la faute de la compagnie qu’il a choisie.
  24. Se marier avec la première personne qui vous offre une position sociale. L’amour peut attendre.
  25. Dire toujours « j’ai essayé », míªme si on n’a absolument rien tenté.
  26. Reporter ce qu’il y a de plus intéressant dans la vie au moment oí¹ on n’aura plus les forces pour cela.
  27. Éviter la dépression par des doses quotidiennes et massives de programmes de télévision.
  28. Croire qu’il est possible d’íªtre sí»r de tout ce que l’on a gagné.
  29. Penser que les femmes n’aiment pas le football et que les hommes n’aiment pas la décoration.
  30. Accuser le gouvernement de tout ce qui va mal.
  31. íŠtre convaincu que si vous íªtes une personne bonne, décente, respectueuse, cela signifie que les autres penseront que vous íªtes faible, vulnérable, et facilement manipulable.
  32. íŠtre convaincu également que l’agressivité et l’absence de courtoisie dans la faí§on de traiter les autres sont synonymes d’une personnalité puissante.
  33. Avoir peur de la fibroscopie (les hommes) et de l’accouchement (les femmes).
  34. Enfin : penser que votre religion est seule maí®tresse de la vérité absolue, la plus importante, la meilleure, et que tous les autres íªtres humains sur cette immense planète qui croient en une autre manifestation de Dieu sont condamnés au feu de l’enfer.

Édition nº 188 – Le sapin de Saint-Martin

La veille de Noí«l, le curé de l’église du petit village de Saint-Martin, dans les Pyrénées franí§aises, se préparait í  célébrer la messe quand il commení§a í  sentir un parfum merveilleux. C’était l’hiver et les fleurs avaient disparu depuis longtemps, mais cet arí´me agréable était lí , comme si le printemps était apparu avant l’heure.

Intrigué, il sortit de l’église pour chercher l’origine de cette merveille et il trouva un petit garí§on assis sur le seuil de la porte de l’école. í€ cí´té de lui était posé une espèce d’arbre de Noí«l doré.

« Quel arbre superbe ! dit le curé. On dirait qu’il a touché le ciel, tant il irradie une essence divine ! Et il est fait d’or pur ! Oí¹ l’as-tu trouvé ? »

Le jeune garí§on ne parut pas ravi par le commentaire du curé.

« C’est vrai que ce que je porte avec moi est devenu de plus en plus lourd í  mesure que je marchais, et que ses épines ont durci. Mais cela ne peut pas íªtre de l’or, et j’ai peur de la réaction de mes parents. »

Puis le garí§on raconta son histoire :

« Je suis sorti ce matin pour aller í  la grande ville de Tarbes, avec l’argent que ma mère m’avait donné pour acheter un bel arbre de Noí«l. Et voilí  que, traversant un hameau, j’ai vu une vieille femme solitaire qui n’avait pas de famille avec qui célébrer la grande fíªte de la chrétienté. Je lui ai donné un peu d’argent pour le souper, car j’étais sí»r que je pourrais obtenir une remise pour mon achat.

En arrivant í  Tarbes, je suis passé devant la grande prison, et j’ai vu un groupe de gens qui attendaient l’heure de la visite. Ils étaient tous tristes í  l’idée de passer la nuit loin de leurs íªtres chers. J’ai entendu certains d’entre eux dire qu’ils n’avaient míªme pas pu acheter un morceau de gí¢teau. í€ ce moment, inspiré par le romantisme propre aux gens de mon í¢ge, j’ai décidé de partager mon argent avec ces gens qui en avaient plus besoin que moi. Je ne garderais qu’une toute petite somme pour le déjeuner ; le fleuriste est un ami de notre famille, il me donnerait certainement l’arbre, et je pourrais travailler pour lui la semaine suivante, pour payer ma dette.

Mais en arrivant au marché, j’ai appris que le fleuriste que je connaissais n’était pas venu travailler. J’ai tenté par tous les moyens de trouver quelqu’un qui me príªte l’argent pour que je puisse acheter l’arbre ailleurs, mais ce fut en vain.

Je me suis convaincu que je réfléchirais mieux si j’avais l’estomac plein. Alors que je m’approchais d’un bar, un gamin qui semblait étranger m’a demandé si je pouvais lui donner une pièce, car il n’avait pas mangé depuis deux jours. Pensant que l’enfant Jésus avait dí» quelquefois avoir faim, je lui ai remis le peu d’argent qui me restait et je suis rentré í  la maison. Sur le chemin du retour, j’ai cassé une branche de sapin ; j’ai essayé de l’ajuster, de la couper, mais elle est devenue dure comme si elle était faite de métal, et c’est loin d’íªtre l’arbre de Noí«l que ma mère attendait.

“” Cher petit, dit le curé. Le parfum de cet arbre ne permet pas de douter qu’il a été touché par les Cieux. Laisse-moi raconter le reste de ton histoire :

Dès que tu as laissé la femme, elle a immédiatement prié la Vierge Marie, une mère comme elle, de te rendre cette bénédiction inattendue. Les parents des prisonniers, convaincus qu’ils avaient rencontré un ange, ont prié pour remercier les anges pour les gí¢teaux qu’ils avaient achetés. Le gamin que tu as rencontré a remercié Jésus car il avait calmé sa faim.

La Vierge, les anges et Jésus ont entendu les prières de ceux que tu avais aidés. Quand tu as cassé la branche du sapin, la Vierge a mis en elle le parfum de la miséricorde. í€ mesure que tu marchais, les anges touchaient ses épines et en faisaient de l’or. Enfin, quand tout fut príªt, Jésus a contemplé l’ouvrage, il l’a béni, et désormais quiconque touchera cet arbre de Noí«l verra ses péchés pardonnés et ses désirs exaucés. »

Et c’est ce qui arriva. La légende raconte que le sapin sacré se trouve encore í  Saint-Martin ; mais sa force est si grande que tous ceux qui aident leur prochain la veille de Noí«l, aussi loin soient-ils du petit village de Saint-Martin, reí§oivent sa bénédiction.

(Inspiré d’une histoire hassidique)

Édition nº 187 – Le vitriol ou l’amertume

Dans mon livre « Veronika décide de mourir », qui se passe dans un hí´pital psychiatrique, le directeur développe une thèse au sujet d’un poison indétectable qui contamine l’organisme í  mesure que les années passent, le vitriol.

Comme la libido – l’énergie í  l’origine des pulsions sexuelles, que le Dr Freud a reconnue, mais qu’aucun laboratoire n’a jamais été capable d’isoler – le vitriol est distillé dans l’organisme des íªtres humains qui se trouvent dans une situation qui génère la peur. La plupart des personnes affectées identifient son goí»t, qui n’est ni doux ni salé, mais amer – d’oí¹ le fait que les dépressions sont profondément associées au mot Amertume.

Tous les organismes contiennent de l’Amertume – í  divers degrés – de míªme que nous sommes presque tous porteurs du bacille de la tuberculose. Mais ces deux maladies ne frappent que lorsque le patient est affaibli ; dans le cas de l’Amertume, le terrain favorable í  l’apparition de la maladie est le moment oí¹ naí®t la peur de ce qu’on appelle « réalité ».

Certaines personnes, désirant se construire un monde dans lequel aucune menace venant du dehors ne puisse pénétrer, multiplient exagérément leurs défenses contre l’extérieur – les étrangers, les lieux nouveaux, les expériences différentes – laissant le centre dégarni. C’est alors que l’Amertume commence í  causer des dégí¢ts irréversibles.

La principale cible de l’Amertume (ou du Vitriol, ainsi que préférait l’appeler le médecin de mon livre) est la volonté. Les personnes atteintes de ce mal perdent peu í  peu tout désir, et au bout de quelques années, elles ne parviennent plus í  sortir de leur monde – car elles ont dépensé d’énormes réserves d’énergie í  construire de hautes murailles pour que la réalité soit conforme í  leurs désirs.

En empíªchant les attaques extérieures, elles mettent également des limites í  leur développement intérieur. Elles continuent í  se rendre au travail, í  regarder la télévision, í  se plaindre de la circulation et í  avoir des enfants, mais elles se comportent comme des automates, sans bien comprendre pourquoi – en fin de compte, tout est sous contrí´le.

Le grand problème de l’empoisonnement par l’Amertume réside dans le fait que les passions – la haine, l’amour, le désespoir, l’enthousiasme, la curiosité – disparaissent également. Au bout d’un certain temps, il ne reste plus í  l’amer aucun désir. Il n’a plus envie de vivre, ni de mourir, et c’est lí  le problème.

C’est pourquoi, pour les amers, les héros et les fous sont toujours fascinants : ils n’ont pas peur de vivre ou de mourir. Les héros comme les fous sont indifférents au danger, et míªme si tout le monde leur dit de ne pas aller plus loin, ils continuent. Le fou se suicide, le héros s’offre au martyre au nom d’une cause, mais l’un et l’autre meurent, et les amers passent des jours et des nuits í  commenter l’absurdité et la gloire de ces deux attitudes. C’est le seul moment oí¹ l’amer a la force de franchir sa muraille de défense et de jeter un coup d’Å“il au-dehors ; mais il se fatigue aussití´t, et reprend sa vie quotidienne.

L’amer chronique ne prend conscience de sa maladie qu’une fois par semaine : le dimanche après-midi. Comme il n’a pas le travail ou la routine pour alléger ses symptí´mes, il comprend qu’il y a quelque chose qui ne va pas du tout.

Édition nº 186 – Des régimes ?

Un grand philosophe brésilien, Tim Maia, a dit un jour : « J’ai décidé de faire un régime rigoureux. J’ai supprimé l’alcool, les graisses et le sucre. En deux semaines, j’ai perdu 14 jours. »

Je vis depuis 28 ans avec une femme merveilleuse, í  qui il arrive de perdre son calme et sa bonne humeur parce qu’elle trouve qu’elle a pris quelques kilos en trop. Est-ce que nous n’exagérons pas un peu ? L’obésité est une chose, vouloir arríªter le temps et l’évolution normale de l’organisme en est une autre.

Le pire, c’est que, í  tout moment, apparaí®t un nouveau moyen de perdre du poids : en mangeant des calories, en cessant de manger des calories, en avalant compulsivement des graisses, en évitant les graisses í  tout prix. Nous entrons dans une pharmacie et nous sommes visuellement envahis par toutes sortes de produits miraculeux, qui promettent d’en finir avec l’envie de manger, le tissu adipeux, le ventre, et cetera.

Nous avons survécu pendant des millénaires parce que nous étions capables de manger. Et de nos jours, cela semble íªtre devenu une malédiction. Pourquoi ? Qu’est-ce qui nous pousse í  vouloir garder í  40 ans le míªme corps que dans notre jeunesse ? Est-il possible d’arríªter cette dimension du temps ?

Non, bien sí»r. Et pourquoi est-il indispensable d’íªtre maigre ?

Ce n’est pas nécessaire. Nous achetons des livres, nous fréquentons des salles de gymnastique, nous dépensons une part très importante de notre concentration í  essayer d’arríªter le temps, quand nous devrions célébrer le miracle de parcourir ce monde. Au lieu de penser í  un moyen de vivre mieux nous sommes obsédés par le poids.

Oubliez cela ; vous pouvez lire tous les livres que vous voudrez, faire les exercices que vous désirerez, subir toutes les punitions que vous vous imposerez, vous n’aurez que deux solutions – ou bien vous cessez de vivre, ou bien vous allez grossir.

Évidemment il faut manger avec modération, mais il faut surtout manger avec plaisir. Jésus-Christ disait déjí  : « Le mal n’est pas ce qui entre dans la bouche de l’homme, mais ce qui en sort. »

L’autre jour, j’étais dans un restaurant libanais avec une amie irlandaise, et nous parlions de salades. Malgré tout le respect que je dois aux végétariens et aux fondamentalistes de l’alimentation, la salade est surtout pour moi une décoration dans l’assiette. Nous ne pouvons pas vivre sans elle, mais nous ne pouvons pas non plus la considérer comme le centre de nos attentions gastronomiques. Les journaux publient tous les jours des histoires de jeunes filles ríªvant de devenir des stars des podiums, qui sont mortes í  cause de cette obsession du poids.

Souvenez-vous que durant des millénaires nous avons lutté pour ne pas mourir de faim. Qui a inventé cette histoire selon laquelle tout le monde doit íªtre maigre toute sa vie ?

Je vais répondre : les vampires de l’í¢me, qui pensent qu’il est possible d’arríªter le cours du temps. Ce n’est pas possible. Utilisez l’énergie et l’effort d’un régime pour vous nourrir du pain spirituel, et continuez í  profiter (avec modération, j’insiste encore une fois) des plaisirs de la bonne table. L’an dernier, j’ai fait une série de colonnes sur les péchés capitaux, et la gourmandise en faisait partie. Mais qu’est exactement la gourmandise ? Une obsession.

Idem pour le régime. Et en ce moment, les deux extríªmes se rejoignent et deviennent nocifs pour la santé. Pendant que des millions de personnes crèvent de faim dans le monde, nous voyons des gens provoquer cela parce que, í  un certain moment, quelqu’un a décidé que la maigreur était la seule option pour garder jeunesse et beauté. Plutí´t que de brí»ler artificiellement des calories, nous devons nous efforcer d’en faire une énergie nécessaire í  la lutte pour nos ríªves ; personne ne reste maigre très longtemps uniquement grí¢ce í  un régime.

Édition nº 185 – Septième et dernière vertu cardinale : l’équilibre

Avec cette colonne, nous terminons la série des sept vertus cardinales, composées de trois vertus théologiques (Foi, Espoir, Amour) et quatre vertus classiques (Sagesse, Justice, Courage et Équilibre).

Selon le Nouveau Testament (qui semble ne pas íªtre vraiment en accord avec cette vertu) : Ainsi parle l’Amen, le témoin fidèle et véritable, le principe de la création de Dieu. Je sais tes Å“uvres : tu n’es ni froid ni bouillant. Que n’es-tu froid ou bouillant ! Mais parce que tu es tiède, et non froid ou bouillant, je vais te vomir de ma bouche. (Apocalypse 3, 14-16)

Dans une histoire zen : une bouddhiste fervente s’efforí§ait de développer son amour du prochain. Mais chaque fois qu’elle allait au marché, un commerí§ant lui faisait des propositions indécentes.

Un matin pluvieux, quand l’homme l’importuna une fois de plus, elle perdit le contrí´le et le blessa au visage d’un coup de parapluie. L’après-midi míªme, elle alla trouver un moine et lui rapporta l’affaire.

« J’ai honte, dit-elle. Je n’ai pas réussi í  contrí´ler ma haine.

– Tu as mal agi en le haí¯ssant, répondit le moine. La prochaine fois qu’il dira quelque chose, remplis ton cÅ“ur de bonté. Et frappe le encore avec ton parapluie, parce qu’il ne comprend que ce langage. »

Le Jour du Pardon des juifs : Le jour de Yom Kippour, le rabbin Elimelek de Lisensk emmena ses disciples jusqu’í  l’atelier d’un maí§on. « Regardez le comportement de cet homme, dit-il. Parce qu’il s’entend bien avec le Seigneur. »

Sans remarquer qu’il était observé, le maí§on termina ses occupations et alla í  la feníªtre. Il retira deux bouts de papier de sa poche et les leva vers le ciel, disant :

« Seigneur, sur une feuille, j’ai inscrit la liste de mes péchés. Je me suis trompé, et je n’ai pas de raison de cacher que je T’ai offensé plusieurs fois. Mais sur l’autre papier se trouve le rapport de Tes péchés envers moi. Tu as exigé de moi plus que le nécessaire, Tu m’as fait vivre des moments difficiles et Tu m’as fait souffrir. Si nous comparons les deux listes, Tu as, Seigneur, une dette envers moi. Mais comme aujourd’hui c’est le Jour du Pardon, Tu me pardonnes, je Te pardonne, et nous poursuivrons ensemble notre chemin pour un an de plus. »

Dans une histoire islamique : Muhammad ib Suqah raconte l’histoire d’Abdullah et Mansur, deux fidèles musulmans. Un jour, Abdullah appela son ami í  l’aide.

Le temps passa, et aucune aide ne lui fut apportée. Un jour, Mansur demanda : « Mon frère, tu m’as demandé de l’aide et je n’ai rien fait. Pourtant, tu ne sembles pas en íªtre irrité.

– Nous sommes amis depuis longtemps. J’ai appris í  t’aimer avant d’avoir besoin d’une faveur, répondit Abdullah. Et je peux continuer í  t’aimer, míªme si tu ne réponds pas í  ma demande. »

Mansur répondit : « Je n’ai pas répondu í  ta demande parce que je voulais connaí®tre la force de ton désir. J’ai vu que cette force était plus grande que la discorde et la haine ; demain tu auras ce que tu as demandé. »

ET POUR TERMINER CETTE SÉRIE AVEC UN PEU D’HUMOUR

Selon un vieux couple : Ils prenaient tous les deux le café le jour de leurs Noces d’or. La femme beurra la partie croquante du pain, et elle la tendit í  son mari, gardant la mie. « Tu as toujours aimé manger la meilleure partie », pensa-t-elle en elle-míªme. « Mais je t’aime, et pendant ces cinquante ans, j’ai tí¢ché de me contrí´ler et je t’ai donné la mie. Aujourd’hui, j’aimerais satisfaire mon désir. »

í€ sa surprise, un sourire apparut sur le visage de son mari. « Merci pour ce cadeau ! Pendant cinquante ans, j’ai toujours voulu manger la croí»te du pain. Mais pour maintenir l’harmonie dans notre mariage, comme tu l’aimais toujours tellement, je n’ai jamais osé demander. »

Selon un couple plus jeune : Le mari reí§ut de son épouse í  Noí«l deux belles cravates. Satisfait, il mit son meilleur costume, choisit une des cravates qu’elle venait de lui offrir et l’invita í  dí®ner dehors. Pendant qu’ils mangeaient, il constata que son épouse paraissait très triste.

« Mon chéri, je me sens anxieuse et déséquilibrée, dit-elle après un long silence. Pourquoi portes-tu cette cravate ? L’autre ne t’a-t-elle pas plu ? »

Édition nº 184 – Sixième vertu cardinale : le courage

Selon le dictionnaire : du latin cor, cÅ“ur, s. f. ; fermeté d’esprit, énergie face au danger ; intrépidité ; bravoure ; vaillance ; persévérance.

Pour Jésus-Christ : Vous íªtes le sel de la terre. Si le sel perd sa saveur, comment redeviendra-t-il du sel ? Il ne vaut plus rien ; on le jette dehors et il est foulé aux pieds par les hommes. Vous íªtes la lumière du monde. Une ville située sur une hauteur ne peut íªtre cachée. Quand on allume une lampe, ce n’est pas pour la mettre sous le boisseau, mais sur son support, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. (Matthieu 5, 13-15)

Dans la chaleur de la lutte : Hier j’ai eu le courage de lutter. Aujourd’hui j’aurai le courage de vaincre. (Bernadette Devlin, activiste politique catholique en Irlande du Nord)

Chez les pères du désert : un groupe de moines du monastère de Sceta – parmi lesquels le grand abbé Nicerius – se promenaient dans le désert égyptien quand un lion surgit devant eux. Effrayés, tous se mirent í  courir.

Des années plus tard, alors que Nicerius était sur son lit de mort, un des moins commenta :

« Abbé, vous souvenez-vous du jour oí¹ nous avons rencontré le lion ? Ce fut la seule fois oí¹ je vous ai vu avoir peur.

– Mais je n’ai pas eu peur du lion.

– Alors pourquoi avez-vous couru avec les autres ?

– J’ai pensé qu’il valait mieux fuir un après-midi une bíªte que passer le restant de la vie í  fuir la vanité. »

Dans un discours : Le peuple doit tourner le dos í  ceux qui insultent la dignité humaine en racontant que les uns doivent íªtre les maí®tres, les autres leurs serviteurs. Parce que cela transforme chaque personne en un prédateur, dont la survie dépend de la destruction de l’autre. Ainsi nous aurons créé une société courageuse, qui reconnaí®t que les Noirs comme les Blancs appartiennent í  une míªme race, sont nés égaux, et ont les míªmes droits í  la liberté, í  la prospérité et í  la démocratie. Cette société ne devra plus jamais accepter l’existence de prisonniers de conscience. (Nelson Mandela, qui fut pendant vingt-huit ans prisonnier de conscience, lors de la réception du prix Nobel de la paix, 10/12/1993)

Devant le mal absolu : deux rabbins tentent par tous les moyens d’apporter le réconfort spirituel aux juifs dans l’Allemagne nazie. Pendant un an, mourant de peur, ils trompent la Gestapo (la police secrète) et réalisent des offices religieux dans plusieurs communautés.

Finalement ils sont arríªtés. L’un d’eux, redoutant ce qui risque de se passer par la suite, ne cesse de prier. L’autre passe toute la journée í  dormir.

« Pourquoi dors-tu ? demande le rabbin effrayé. Tu n’as pas peur ? Tu ne sais pas ce qui peut nous arriver ?

– J’ai eu peur jusqu’au moment de notre arrestation. Maintenant que je suis en prison, í  quoi sert d’avoir peur ? Le temps de la peur est fini ; maintenant commence le temps du courage d’affronter son destin. »

Sur une plage : Qu’y a-t-il autour de vous ? Il n’y a ni joie ni courage, seulement la terreur en cette belle fin de journée. Terreur de rester seul, terreur de l’obscurité qui peuple l’imagination de démons, terreur de faire un geste qui s’écarte du manuel du bon comportement, terreur du jugement de Dieu, terreur des commentaires des hommes, terreur de prendre un risque et de perdre, terreur de gagner et de devoir supporter l’envie, terreur d’aimer et d’íªtre rejeté, terreur de demander une augmentation, d’accepter une invitation, d’aller dans des lieux inconnus, de ne pas réussir í  parler une langue étrangère, de ne pas íªtre capable d’impressionner les autres, de vieillir, de mourir, d’íªtre remarqué í  cause de ses défauts, de ne pas íªtre remarqué í  cause de ses qualités, de ne pas íªtre remarqué, ni pour ses défauts, ni pour ses qualités. (in Le Démon et mademoiselle Prym, 1998)

Selon un sage : Le courage se manifeste dans des actes, pas dans des mots ; ce n’est pas le bluff, l’arrogance ou la folie. Un homme courageux est celui qui ose faire ce qu’il croit juste et supporte les conséquences de ses actes – qu’ils soient politiques, sociaux ou individuels.

Un homme peut obéir í  un autre pour deux raisons : par peur d’íªtre puni, ou par amour. L’obéissance qui tire son origine de l’amour du prochain est mille fois plus puissante que la peur du chí¢timent. (le Mahatma Gandhi, 1869-1948)

Édition nº 183 – Cinquième vertu cardinale : La Justice

Selon le dictionnaire : du latin justitia, s. f., conformité avec le droit ; action de donner í  chacun ce qui lui appartient ; équité ; ensemble des magistrats et des personnes qui servent auprès d’eux.

Selon Jésus-Christ : Vous avez appris qu’il a été dit : Å’il pour Å“il et dent pour dent. Et moi je vous dis de ne pas résister au méchant. Au contraire, si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui aussi l’autre. (Matthieu 5, 38-39)

í€ un autre moment de l’Évangile : Puis Jésus entra dans le Temple et chassa tous ceux qui vendaient et achetaient dans le Temple ; il renversa les tables des changeurs et les sièges des marchands de colombes. (Matthieu 21, 12)

Selon Bankei : Au cours d’une leí§on du maí®tre zen Bankei, un élève fut pris í  voler. Tous les disciples réclamèrent son expulsion, mais Bankei ne fit rien. La semaine suivante, l’élève vola de nouveau. Agacés, les autres exigèrent que le voleur fí»t puni.

« Comme vous íªtes sages », dit Bankei. « Vous savez ce qui est juste ou injuste, et vous pouvez étudier n’importe oí¹ ailleurs. Mais ce pauvre frère – qui ne sait pas ce qui est juste ou injuste – n’a que moi pour le lui enseigner. Et je continuerai í  le faire. » Un torrent de larmes purifia le visage du voleur ; le désir de voler avait disparu.

Lettre d’un condamné í  mort : Le couloir de la mort est l’arène dans laquelle les politiques de Pouvoir, de Rétribution et de Violence sont appliquées í  un homme í  l’aide du béton et de l’acier. Jusqu’í  ce que cet homme se transforme en acier et en béton. Mais, míªme si l’acier peut íªtre dur, il est encore capable d’íªtre flexible, et míªme si le cÅ“ur s’est transformé en béton, il est encore capable de battre. (Justin Fuller, exécuté au Texas le 24/08/2006)

Pendant l’Inquisition en Espagne : Au XVe siècle,les pères inquisiteurs allaient de ville en ville et réunissaient les habitants sur la place principale ; après un sermon, ils choisissaient de faí§on aléatoire six ou sept personnes, qui étaient interrogées sur la vie de leurs voisins ; dans tous les cas, ces personnes accusaient toujours quelqu’un, de peur d’íªtre considérées comme hérétiques.

Dans l’application de la justice : « L’enfer, c’est l’Irak. » (réponse de Saddam Hussein, quand l’un de ses bourreaux a crié « va en enfer », 29/12/2006)

Dans la cérémonie du thé : Nous voyons la méchanceté des autres, parce que nous connaissons la méchanceté í  travers notre comportement. Nous ne pardonnons jamais í  ceux qui nous blessent, parce que nous pensons que nous ne serions jamais pardonnés. Nous disons la vérité douloureuse í  notre prochain, parce que nous voulons nous la cacher í  nous-míªmes. Nous nous réfugions dans l’orgueil, pour que personne ne puisse voir notre fragilité. Alors, chaque fois que vous jugerez votre frère, soyez conscient que c’est vous qui íªtes au tribunal. (Okakura Kakuso, Le Livre du thé, 1904)

Dans la recherche de preuves : Bien qu’inefficace comme moyen de preuve et méthode d’investigation, la torture a pendant des siècles été la méthode employée en justice pour la découverte de la vérité des faits. (Paulo Sérgio Pinheiro, professeur titulaire de science politique)

Selon le tuteur du roi de Perse : Quand il était petit, Chosroíªs (plus tard Chosroíªs Ier) avait un maí®tre qui parvint í  le faire briller dans toutes les matières qu’il étudiait. Un après-midi, le maí®tre – sans raison apparente – le chí¢tia avec une grande sévérité.

Des années plus tard, Chosroíªs monta sur le trí´ne. L’une de ses premières mesures fut de convoquer le maí®tre de son enfance et d’exiger une explication pour l’injustice qu’il avait commise.

« Pourquoi m’avez-vous chí¢tié alors que je ne le méritais pas ? demanda-t-il.

– Quand j’ai vu ton intelligence, j’ai su tout de suite que tu allais hériter du trí´ne de ton père, répondit le maí®tre. Et j’ai décidé de te montrer comment l’injustice peut marquer un homme pour le restant de sa vie. J’espère que tu ne chí¢tieras jamais quelqu’un sans motif. »

Édition nº 182 – Quatrième vertu cardinale : la sagesse

Selon le dictionnaire : s. f., connaissance profonde des choses, naturelle ou acquise ; érudition ; retenue.

Selon le Nouveau Testament : Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes. Considérez, frères, qui vous íªtes, vous qui avez reí§u l’appel de Dieu : il n’y a parmi vous ni beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de gens de bonne famille. Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages ; ce qui est faible dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre ce qui est fort. (Corinthiens 1, 25-27)

Selon l’Islam : Un sage arriva dans la petite ville d’Akbar et l’on ne lui accorda pas une grande importance. Excepté un petit groupe de jeunes gens, il ne parvint í  intéresser personne ; au contraire, il devint l’objet de l’ironie des habitants de la ville. Un jour qu’il se promenait avec quelques-uns de ses disciples dans la rue principale, un groupe d’hommes et de femmes commení§a í  l’insulter. Le sage s’approcha d’eux, et il les bénit.

Quand ils s’en allèrent, un des disciples déclara : « Ils disent des choses horribles, et vous répondez par de belles paroles. »

Et le sage répondit : « Chacun de nous ne peut offrir que ce qu’il a. »

Selon la tradition hassidique (judaí¯que) : Quand Moí¯se monta aux cieux pour écrire une partie déterminée de la Bible, le Tout-Puissant lui demanda de placer de petites couronnes sur certaines lettres de la Torah. Moí¯se dit : « Maí®tre de l’Univers, pourquoi placer ces couronnes ? » Dieu répondit : « Parce que dans cent générations, un homme appelé Akiva les interprétera.

– Montre-moi l’interprétation de cet homme », demanda Moí¯se.

Le Seigneur l’emmena dans le futur et il le fit assister í  une leí§on du rabbin Akiva. Un élève demandait : « Rabbin, pourquoi ces couronnes dessinées au-dessus de certaines lettres ?

– Je ne sais pas, répondit Akiva. Et je suis certain que Moí¯se non plus ne savait pas. Il a fait cela seulement pour nous enseigner que, míªme sans comprendre tout ce que fait le Seigneur, nous pouvons tout de míªme faire confiance í  sa sagesse. »

Dans le règne animal : Le mille-pattes décida de demander au sage de la foríªt, un singe, quel était le meilleur remède pour la douleur qu’il avait dans les jambes.

« C’est le rhumatisme, dit le singe. Tu as trop de jambes.

– Et comment je fais pour n’avoir que deux jambes ?

– Ne m’assomme pas avec des détails, répondit le singe. Un sage ne fait que donner le meilleur conseil ; í  toi de résoudre le problème. »

Une scène í  laquelle j’ai assisté en 1997 : Un apprenti en occultisme que je connais, dans l’espoir de faire bonne impression í  son maí®tre, lut quelques manuels de magie et décida d’acheter le matériel indiqué dans les textes. Il eut beaucoup de mal í  trouver un certain type d’encens, certains talismans, une structure en bois portant des caractères sacrés écrits dans un ordre établi. Alors que nous prenions le petit déjeuner avec son maí®tre, celui-ci déclara :

« Crois-tu que, si tu t’enroules des fils d’ordinateur autour du cou, tu obtiendras l’efficacité de la machine ? Crois-tu qu’en achetant des chapeaux et des víªtements sophistiqués tu vas acquérir aussi le bon goí»t et la sophistication de leur créateur ?

« Les objets peuvent íªtre tes alliés, mais ils ne contiennent aucune sorte de sagesse. Pratique d’abord la dévotion et la discipline, et tout le reste viendra après. »

Devant Alexandre : Le philosophe grec Anaximène (400 av. J.-C.) se rendit auprès d’Alexandre le Grand, pour tenter de sauver sa cité.

« Je t’ai reí§u parce que je sais que tu es un sage. Mais tu as ma parole de roi que je n’accepterai jamais ce que tu es venu me demander », déclara le puissant guerrier devant ses généraux.

« Je suis seulement venu te demander de détruire ma cité », répondit Anaximène. Et ainsi la cité fut sauvée.

Édition nº 181 – Troisième vertu cardinale : l’amour

Selon le dictionnaire : du latin amor, s. m., vive affection qui nous pousse vers l’objet de nos désirs ; inclination de l’í¢me et du cÅ“ur ; affection ; passion ; inclination exclusive ; grí¢ce théologale.

Dans le Nouveau Testament : Maintenant donc ces trois-lí  demeurent, la foi, l’espérance et l’amour, mais l’amour est le plus grand. (Cor, 13-13)

Selon l’étymologie : Les Grecs possédaient trois mots pour désigner l’amour : Éros, Philos et Agapè. Éros est l’amour sain entre deux personnes, qui donne une justification í  la vie et perpétue l’espèce humaine. Philos est le sentiment que nous consacrons í  nos amis. Enfin, Agapè, qui contient Éros et Philos, va beaucoup plus loin que le fait que quelqu’un nous « plaise ». Agapè est l’amour total, l’amour qui dévore celui qui l’éprouve. Pour les catholiques, c’est cet amour que Jésus a ressenti pour l’humanité, et il a été si grand qu’il a secoué les étoiles et modifié le cours de l’histoire humaine. Celui qui connaí®t et éprouve Agapè voit que rien d’autre en ce monde n’a d’importance, qu’aimer.

Pour Oscar Wilde : On détruit toujours ce que l’on aime / ouvertement, ou en embuscade / certains avec la légèreté de la tendresse / d’autres par la dureté de la parole ; / les lí¢ches détruisent d’un baiser, / les courageux détruisent par l’épée. (in Ballade de la geí´le de Reading, 1898)

Dans un sermon í  la fin du XIXe siècle : Répandez généreusement votre amour sur les pauvres, ce qui est facile ; et sur les riches, qui se méfient de tout le monde et ne parviennent pas í  entrevoir l’amour dont ils ont tant besoin. Et sur votre prochain, ce qui est très difficile, car c’est avec lui que nous sommes les plus égoí¯stes. Aimez. Ne perdez jamais une occasion de donner de la joie í  votre prochain, parce que vous serez le premier í  en profiter – míªme si personne ne sait ce que vous íªtes en train de faire. Le monde autour de vous sera plus content, et les choses seront beaucoup plus faciles pour vous.

Je suis dans ce monde í  vivre le présent. S’il est une bonne chose que je puisse faire, ou une joie que je puisse donner aux autres, s’il vous plaí®t, dites-le-moi. Ne me laissez pas reporter ou oublier, car jamais je ne revivrai ce moment. (in Le Don supríªme, Henry Drummond (1851-1897))

Dans un message électronique reí§u par l’auteur : « Tant que j’ai gardé mon cÅ“ur pour moi, je n’ai jamais eu une matinée d’angoisse ou une nuit d’insomnie. í€ partir du moment oí¹ j’ai été amoureuse, ma vie a été une succession d’angoisses, de pertes, de rencontres manquées. Je pense que, en se servant de l’amour, Dieu a réussi í  cacher l’enfer au milieu du paradis. » (C.A., 23/11/2006)

Pour la science : En l’an 2000,les chercheurs Andreas Bartels et Semir Zeki, de l’University College de Londres, ont localisé les zones du cerveau activées par l’amour romantique, se servant pour cela d’un groupe d’étudiants qui se disaient éperdument amoureux. En premier lieu, ils ont conclu que la zone affectée par le sentiment est beaucoup plus petite qu’ils ne l’imaginaient, et que ce sont les míªmes qui sont activées lors des accès d’euphorie, dans l’usage de la cocaí¯ne par exemple. Ce qui a conduit les auteurs í  conclure que l’amour ressemble í  la manifestation de dépendance physique provoquée par les drogues.

Utilisant le míªme système de radiographie du cerveau, la scientifique Helen Fisher, de la Rutgers University, a conclu que trois caractéristiques de l’amour (sexe, romantisme, et dépendance mutuelle) stimulent des zones différentes dans le cortex ; concluant que nous pouvons íªtre amoureux d’une personne, vouloir faire l’amour avec une autre, et vivre avec une troisième.

Pour un poète : L’amour ne possède pas, et ne veut pas íªtre possédé, car l’amour suffit í  l’amour. Il vous fait croí®tre, et puis vous jette í  terre. Il vous bat pour que vous sentiez votre impuissance, il vous secoue pour que sortent toutes vos impuretés. Il vous pétrit jusqu’í  ce que vous soyez souples.

Et alors il vous livre í  son feu, pour que vous puissiez devenir le pain sacré du festin de Dieu. (in Le Prophète, de Khalil Gibran (1883-1931))

(prochain Guerrier de la Lumière Online : Sagesse)

Édition nº 180 – Deuxième vertu cardinale: l’espoir

By Paulo Coelho

Pour le dictionnaire : s. f., tendance de l’esprit í  considérer quelque chose comme probable ; la deuxième des vertus théologales ; expectative ; supposition ; probabilité.

Dans les propos de Jésus. Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n’amassent point dans des greniers ; et votre Père céleste les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus qu’eux ? Et qui d’entre vous peut, par son inquiétude, prolonger tant soit peu son existence ? Et du víªtement, pourquoi vous inquiéter ? Observez les lys des champs, comme ils croissent : ils ne peinent ni ne filent, et, je vous le dis, Salomon lui-míªme, dans toute sa gloire, n’a jamais été víªtu comme l’un d’eux. Si Dieu habille ainsi l’herbe des champs, qui est lí  aujourd’hui et demain sera jetée au feu, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi ? (Matthieu, 6, 26-30)

Pour les anciens Grecs : Dans l’un des mythes classiques de la création, l’un des dieux, furieux que Prométhée ait volé le feu et donné ainsi l’indépendance í  l’homme, envoie Pandore se marier avec son frère, Épiméthée. Pandore porte une boí®te, qu’il lui est interdit d’ouvrir. Cependant, comme il arrive í  íˆve dans le mythe chrétien, sa curiosité est la plus forte : elle soulève le couvercle pour voir ce que la boí®te contient, tous les malheurs du monde en surgissent et se répandent sur la terre. Seul reste í  l’intérieur l’Espoir, la seule arme pour combattre les maux qui se sont répandus.

Les quatre plus grands espoirs de l’humanité :

1] La venue du Messie (dans le cas du christianisme, le retour du Christ, et dans le cas de l’Islam et du judaí¯sme, la première venue) ; 2] La guérison du cancer ; 3] La découverte d’une vie extraterrestre ; 4] La paix universelle. (source : recherche sur les manchettes de journal les plus attendues, 1996)

Une histoire vraie : í€ l’í¢ge de cinq ans, Glenn Cunningham (1909-1988) souffrit de graves blessures aux jambes, et les médecins n’avaient aucun espoir de le voir récupérer. Ils pensaient tous qu’il était condamné í  passer le restant de sa vie dans un fauteuil roulant.

Glenn Cunningham n’écouta pas les docteurs et il quitta le lit au bout d’une semaine.

« Les médecins voyaient mes jambes, mais pas mon cÅ“ur. Maintenant, je vais courir plus vite que n’importe qui. »

En 1934, il battit le record mondial du 1 500 mètres, en 4 min 6 s. Hommage lui fut rendu comme athlète du siècle au Mandison Square Garden.

Dans une histoire hassidique (tradition judaí¯que) : í€ la fin des quarante jours du déluge, Noé sortit de l’arche. Il descendit plein d’espoir, alluma de l’encens, regarda autour de lui, et il ne vit que la destruction et la mort. Noé protesta :

« Tout-Puissant, si Tu connaissais l’avenir, pourquoi as-Tu créé l’homme ? Pour le seul plaisir de le chí¢tier ? »

Un triple parfum s’éleva vers les cieux : l’encens, le parfum des larmes de Noé, et l’arí´me de ses actions. Alors vint la réponse :

« Les prières d’un homme juste sont toujours entendues. Je vais te dire pourquoi j’ai fait cela : pour que tu comprennes ton Å“uvre. Toi et tes descendants, vous ferez usage de l’espoir, et vous serez toujours en train de reconstruire un monde qui est venu du néant. Ainsi nous partagerons le travail et les conséquences : maintenant nous sommes tous les deux responsables. »

Les quatre principaux espoirs de l’individu :

1] la rencontre avec le bien-aimé ; 2] l’absence de problèmes financiers ; 3] l’absence de maladies ; 4] l’immortalité. (source : Livre des Listes, Irving Wallace, 1977)

L’espoir de laisser un souvenir : Le grand calife Alrum Al-Rachid décida de faire construire un palais qui marquerait la grandeur de son règne. í€ cí´té du terrain choisi se trouvait une cabane. Al-Rachid demanda í  son ministre de convaincre le propriétaire – un vieux tisserand – de la vendre pour qu’elle soit démolie. Le ministre tenta, sans succès ; de retour au palais, il suggéra que l’on expulse tout simplement le vieux de l’endroit.

« Non », répondit Al-Rachid. « Il fera partie de ce que je léguerai í  mon peuple. Quand on verra le palais, on dira : il a été grand. Et quand on verra la cabane, on dira : il a été juste, car il a respecté le désir des autres. »

(prochain Guerrier de la Lumière Online : Amour)

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