Monthly Archive for April, 2007

Onzième Chapitre

Nabil Alaihi, âge inconnu, Bédouin

Je suis très content de savoir qu’Athéna avait ma photo en place d’honneur dans son appartement, mais je ne crois pas que ce que je lui ai enseigné ait la moindre utilité. Elle est venue jusqu’ici, en plein désert, tenant par la main un enfant de trois ans. Elle a ouvert son sac, en a retiré une radiocassette, et s’est assise devant mon échoppe. Je sais que des gens en ville avaient l’habitude d’indiquer mon nom à des étrangers désireux de goûter la cuisine locale, et je lui ai dit tout de suite qu’il était très tôt pour dîner.

« Je suis venue pour une autre raison, a dit la femme. J’ai su par votre neveu Hamid, client de la banque où je travaille, que vous étiez un sage.

– Hamid n’est qu’un jeune idiot, et il a beau dire que je suis un sage, il n’a jamais suivi mes conseils. Mahomet, le prophète, fut un sage, que la bénédiction de Dieu soit avec lui. »

J’ai fait un signe vers sa voiture.

« Vous ne devriez pas conduire seule dans un terrain auquel vous n’êtes pas habituée, ni vous aventurer par ici sans guide. »

Au lieu de me répondre, elle a allumé l’appareil. Ensuite, tout ce que j’ai pu distinguer, c’était cette femme flottant dans les dunes, l’enfant la regardant étonné et joyeux, et le son qui semblait inonder tout le désert. Quand elle a terminé, elle m’a demandé si cela m’avait plu.

J’ai dit oui. Dans notre religion, il existe une secte dans laquelle on danse pour rencontrer Allah – que son nom soit loué ! (N.R. : la secte en question est le soufisme).

« Bien, a repris la femme, se présentant comme Athéna. Depuis mon enfance, je sens que je dois me rapprocher de Dieu, mais finalement la vie m’éloigne de Lui. La musique est l’un des moyens que j’ai trouvés, mais cela ne suffit pas. Chaque fois que je danse, je vois une lumière, et cette lumière me demande maintenant d’aller plus loin. Je ne peux pas continuer à apprendre seulement par moi-même, il faut que quelqu’un m’apprenne.

– N’importe quoi suffit, ai-je répondu. Parce qu’Allah, le miséricordieux, est toujours proche. Ayez une vie digne, cela suffit. »

Mais la femme ne semblait pas convaincue. J’ai dit que j’étais occupé, il me fallait préparer le dîner pour les quelques touristes qui devaient venir. Elle a répondu qu’elle attendrait le temps nécessaire.

« Et l’enfant ?

– Ne vous en faites pas. »

Pendant que je prenais les dispositions habituelles, j’observais la femme et son fils, on aurait dit qu’ils avaient tous les deux le même âge ; ils couraient dans le désert, riaient, faisaient des batailles de sable, se jetaient sur le sol et roulaient dans les dunes. Le guide est arrivé avec trois touristes allemands, qui ont mangé, demandé de la bière, et j’ai dû expliquer que ma religion m’interdisait de boire ou de servir des boissons alcoolisées. J’ai convié la femme et son fils à dîner, et l’un des Allemands, bientôt échauffé par cette présence féminine inattendue, a expliqué qu’il pensait acheter des terrains, qu’il avait accumulé une grande fortune et qu’il croyait en l’avenir de la région.

« Parfait, lui a-t-elle répondu. Moi aussi.

– Est-ce que ce ne serait pas bien que nous dînions ailleurs, pour pouvoir mieux discuter de la possibilité de…

– Non, a-t-elle tranché, lui tendant une carte. Si vous le désirez, vous pouvez venir à mon agence. »

Les touristes partis, nous nous sommes assis devant l’échoppe. Le petit s’est tout de suite endormi sur ses genoux ; j’ai pris des couvertures pour nous tous, et nous sommes restés à regarder le ciel étoilé. Enfin, elle a rompu le silence.

« Pourquoi Hamid dit-il que vous êtes sage ?

– Peut-être parce que je suis plus patient que lui. À une certaine époque, j’ai tenté de lui enseigner mon art, mais Hamid semblait se préoccuper surtout de gagner de l’argent. Aujourd’hui, il est sans doute convaincu qu’il est plus sage que moi ; il a un appartement, un bateau, alors que je suis là au milieu du désert, servant les rares touristes qui se présentent. Il ne comprend pas que je suis satisfait de ce que je fais.

– Il comprend parfaitement, parce qu’il parle de vous à tout le monde, avec beaucoup de respect. Et que signifie votre “art” ?

– Je vous ai vue danser aujourd’hui. Je fais la même chose, sauf que mon corps ne bouge pas, ce sont les lettres qui dansent. »

Elle a semblé surprise.

« Ma façon de me rapprocher d’Allah – que son nom soit loué ! – c’est la calligraphie, la recherche du sens parfait pour chaque mot. Une simple lettre exige que nous mettions en elle toute la force qu’elle contient, comme si nous étions en train de ciseler sa signification. Ainsi, quand les textes sacrés sont écrits, il s’y trouve l’âme de l’homme qui a servi d’instrument pour les divulguer.

« Et non seulement les textes sacrés, mais tout ce que nous mettons sur le papier. Parce que la main qui trace les lignes reflète l’âme de celui qui les écrit.

– M’enseigneriez-vous ce que vous savez ?

– Tout d’abord, je ne crois pas qu’une personne pleine d’énergie comme vous ait la patience pour cela. En outre, je ne fais pas partie de votre monde, dans lequel on imprime les choses – sans beaucoup réfléchir à ce que l’on publie, si vous me permettez ce commentaire.

– J’aimerais essayer. »

Et, pendant plus de six mois, cette femme que je trouvais agitée, exubérante, incapable de rester tranquille un seul instant, m’a rendu visite tous les vendredis. Son fils s’asseyait dans un coin, prenait des papiers et des pinceaux, et il s’appliquait lui aussi à manifester dans ses dessins ce que lui indiquaient les cieux.

Je voyais l’effort gigantesque qu’elle faisait pour rester tranquille, dans la posture adéquate, et je demandais : « Ne croyez-vous pas qu’il vaudrait mieux chercher autre chose pour vous distraire ? » Elle répondait : « J’ai besoin de cela, je dois apaiser mon âme, et je n’ai pas encore appris tout ce que vous pouvez m’enseigner. La lumière du Vertex m’a dit que je devais aller plus loin. » Je n’ai jamais demandé ce qu’était le Vertex, cela ne m’intéressait pas.

La première leçon, et peut-être la plus difficile, ce fut :

« Patience ! »

L’écriture était un acte permettant non seulement d’exprimer une pensée, mais aussi de réfléchir à la signification de chaque mot. Ensemble nous avons commencé à travailler sur des textes d’un poète arabe, car je ne crois pas que le Coran soit indiqué pour une personne élevée dans une autre foi. Je dictais chaque lettre, et ainsi elle se concentrait sur ce qu’elle faisait, au lieu de vouloir connaître tout de suite la signification du mot, de la phrase, ou du vers.

« Un jour, quelqu’un m’a dit que la musique avait été créée par Dieu et que le mouvement rapide était nécessaire pour que les personnes entrent en contact avec elles-mêmes, m’a déclaré Athéna, un de ces après-midi que nous passions ensemble. Pendant des années, j’ai constaté que c’était vrai, et maintenant je suis forcée de ralentir mes pas, la chose la plus difficile au monde. Pourquoi la patience est-elle si importante ?

– Parce qu’elle nous conduit à faire attention.

– Mais je peux danser en n’obéissant qu’à mon âme, qui m’oblige à me concentrer sur quelque chose qui est plus grand que moi et me permet d’entrer en contact avec Dieu – si je peux utiliser ce mot. Cela m’a déjà aidé à transformer beaucoup de choses, y compris mon travail. L’âme n’est-elle pas plus importante ?

– Bien sûr. Mais si votre âme parvient à communiquer avec votre cerveau, elle pourra transformer plus de choses encore. »

Nous avons continué notre travail ensemble. Je savais qu’à un certain moment, je devrais dire quelque chose qu’elle n’était peut-être pas prête à entendre, alors j’ai voulu mettre à profit chaque minute pour préparer peu à peu son esprit. Je lui ai expliqué qu’avant le mot il y avait la pensée. Et, avant la pensée, l’étincelle divine qui l’a placée là. Tout, absolument tout sur cette Terre avait un sens, et les plus petites choses devaient être prises en considération.

« J’ai éduqué mon corps pour qu’il puisse manifester entièrement les sensations de mon âme, disait-elle.

– Maintenant, éduquez simplement vos doigts, pour qu’ils puissent manifester entièrement les sensations de votre corps. Ainsi sera concentrée votre immense force.

– Vous êtes un maître.

– Qu’est-ce qu’un maître ? Eh bien, je vous réponds : ce n’est pas celui qui enseigne quelque chose, mais celui qui pousse son élève à donner le meilleur de lui-même afin de découvrir ce qu’il sait déjà. »

J’ai pressenti qu’Athéna avait déjà fait cette expérience, bien qu’elle fût encore très jeune. Comme l’écriture révèle la personnalité, j’ai découvert qu’elle était consciente d’être aimée, non seulement par son fils, mais par sa famille et éventuellement par un homme. J’ai découvert également qu’elle avait des dons mystérieux, et je n’ai jamais voulu le montrer, car ces dons pouvaient causer sa rencontre avec Dieu, mais aussi sa perdition.

Je ne me limitais pas à lui enseigner la technique ; je m’efforçais aussi de lui transmettre la philosophie des calligraphes.

« La plume avec laquelle vous écrivez maintenant ces vers n’est qu’un instrument. Elle n’a aucune conscience, elle suit le désir de celui qui la tient. Et en cela elle ressemble beaucoup à ce que nous appelons la “vie”. Beaucoup de gens dans ce monde ne font que jouer un rôle, sans comprendre qu’il existe une Main invisible qui les guide.

« En ce moment, dans vos mains, dans le pinceau qui trace chaque lettre, se trouvent toutes les intentions de votre âme. Essayez d’en comprendre l’importance.

– Je comprends, et je vois qu’il est important de conserver une certaine élégance, puisque vous exigez que je m’assoie dans une position déterminée, que je révère le matériel que je vais utiliser, et que je ne commence pas avant. »

Bien sûr. Dans la mesure où elle respectait le pinceau, elle découvrait que la sérénité et l’élégance étaient nécessaires pour apprendre à écrire. Et la sérénité vient du cœur.

« L’élégance n’est pas une chose superficielle, mais le moyen qu’a trouvé l’homme pour honorer la vie et le travail. Ainsi, quand vous sentez que votre posture vous incommode, ne pensez pas qu’elle est incorrecte ou artificielle : elle est juste parce qu’elle est difficile. Elle fait que le papier comme la plume se sentent fiers de votre effort. Le papier cesse d’être une surface plane et incolore, et il acquiert la profondeur de tout ce qui est placé dessus.

« L’élégance est la posture la plus adéquate pour que l’écriture soit parfaite. Il en va de même pour la vie : quand le superflu est écarté, l’être humain découvre la simplicité et la concentration. Plus simple et plus sobre est la posture, plus belle elle sera, même si au début elle paraît inconfortable. »

De temps à autre, elle me parlait de son travail. Elle disait qu’elle était enthousiasmée par ce qu’elle faisait et qu’elle venait de recevoir une proposition d’un puissant émir. Celui-ci s’était rendu à la banque pour voir un ami qui était directeur (les émirs ne vont jamais dans les banques pour retirer de l’argent, ils ont pour cela beaucoup de domestiques), et en bavardant avec elle, il avait signalé qu’il cherchait quelqu’un pour s’occuper de vente de terrains et qu’il aurait aimé savoir si elle était intéressée.

Qui aurait pu être intéressé par l’achat de terrains en plein désert, ou dans un port qui n’était pas au centre du monde ? J’ai décidé de ne faire aucun commentaire ; rétrospectivement, je suis content d’avoir gardé le silence. Une seule fois elle a parlé de l’amour d’un homme. Chaque fois que des touristes arrivaient pour dîner et la trouvaient là, ils cherchaient à la séduire d’une manière ou d’une autre. Normalement, Athéna ne faisait même pas attention, jusqu’au jour où l’un d’eux a insinué qu’il connaissait son petit ami. Elle a pâli, et elle s’est tournée immédiatement vers son fils, qui heureusement ne s’intéressait pas du tout à la conversation.

« D’où le connaissez-vous ?

– Je plaisante, a dit l’homme. Je voulais seulement savoir si vous étiez libre. »
Elle n’a pas répondu, mais j’ai compris qu’il y avait un homme dans sa vie, qui n’était pas le père du gamin.

Un jour, elle est arrivée plus tôt que d’habitude. Elle a dit qu’elle avait quitté son emploi à la banque, qu’elle s’était mise à vendre des terrains, et qu’ainsi elle aurait davantage de temps libre. Je lui ai expliqué que je ne pouvais pas lui donner de leçon avant l’heure fixée, que j’avais un tas de choses à faire.

« Je peux joindre les deux choses : mouvement et quiétude, joie et concentration. »

Elle est allée jusqu’à sa voiture prendre son magnétophone, et à partir de ce moment, Athéna dansait dans le désert avant le début des leçons, tandis que l’enfant courait en souriant autour d’elle. Lorsqu’elle s’asseyait pour pratiquer la calligraphie, sa main était plus assurée que d’ordinaire.

« Il existe deux types de lettres, expliquais-je. La première est faite avec précision, mais sans âme. Dans ce cas, même si le calligraphe maîtrise parfaitement la technique, il s’est concentré exclusivement sur le métier – alors, il n’a pas évolué, il est devenu répétitif, il n’a pas réussi à progresser, et un jour il laissera tomber l’exercice de l’écriture, pensant que tout s’est transformé en routine.

« Le second type, c’est la lettre faite avec de la technique, mais avec l’âme également. Pour cela, il faut que l’intention de celui qui écrit soit en accord avec le mot ; dans ce cas, les vers les plus tristes perdent leur apparence tragique et ils deviennent de simples faits qui se trouvent sur notre chemin.

– Que faites-vous de vos dessins ? » a demandé le petit, dans un arabe parfait. Bien qu’il ne comprît pas notre conversation, il faisait son possible pour participer au travail de sa mère.

« Je les vends.

– Je peux vendre mes dessins ?

– Tu dois vendre tes dessins. Un jour tu seras riche, et tu aideras ta mère. »

Il était content de ma réplique, et il est retourné à ce qu’il était en train de faire, un papillon de toutes les couleurs.

« Et qu’est-ce que je fais de mes textes ? a demandé Athéna.

– Vous savez l’effort que cela vous a coûté de vous asseoir dans la position correcte, apaiser votre âme, clarifier votre intention, respecter chaque lettre de chaque mot. Mais, pour le moment, continuez simplement à pratiquer.

« Après beaucoup de pratique, nous ne pensons plus à tous les mouvements nécessaires : ils font désormais partie de notre propre existence. Mais avant de parvenir à cet état, il faut s’entraîner, répéter. Et comme si cela ne suffisait pas, il faut répéter et s’entraîner.

« Observez un bon forgeron qui travaille le fer. Pour l’œil mal entraîné, il répète les mêmes coups de marteau.

« Mais celui qui connaît l’art de la calligraphie sait que chaque fois qu’il soulève le marteau et le fait redescendre, l’intensité du coup est différente. La main répète le même geste, mais à mesure qu’elle s’approche du fer, elle comprend si elle doit le frapper durement ou le toucher délicatement. Il en est ainsi de la répétition : ce qui paraît la même chose est toujours différent.

« Le moment viendra où vous n’aurez plus besoin de penser à ce que vous êtes en train de faire. Vous serez la lettre, l’encre, le papier et le mot. »

Ce moment est arrivé presque un an plus tard. À ce moment-là, Athéna était déjà connue à Dubaï, elle m’envoyait des clients pour dîner dans mon échoppe, et j’ai compris par leur intermédiaire que sa carrière marchait très bien : elle vendait des morceaux de désert ! Un soir, précédé de toute sa suite, est apparu l’émir en personne. Je me suis affolé ; je n’étais pas préparé pour le recevoir, mais il m’a tranquillisé et m’a remercié pour ce que je faisais pour son employée.

« C’est une excellente personne, et j’attribue ses qualités à ce qu’elle apprend de vous. Je pense lui donner une part dans la société. Peut-être serait-il bon que j’envoie mes vendeurs apprendre la calligraphie, surtout maintenant qu’Athéna doit prendre un mois de vacances.

– Cela n’avancerait à rien, ai-je répondu. La calligraphie est seulement l’un des moyens qu’Allah – que Son Nom soit loué ! – a placés devant nous. Elle enseigne l’objectivité et la patience, le respect et l’élégance, mais nous pouvons apprendre tout cela…

–… dans la danse, a complété Athéna, qui était près de moi.

– Ou en vendant des immeubles », ai-je conclu.

Quand ils sont tous partis, quand le gamin s’est allongé dans un coin de la tente, les yeux se fermant presque de sommeil, j’ai apporté le matériel de calligraphie et je lui ai demandé d’écrire quelque chose. Au milieu du mot, j’ai retiré la plume de sa main. Il était temps de dire ce qui devait être dit. J’ai suggéré que nous marchions un peu dans le désert.

« Vous avez déjà appris ce dont vous aviez besoin, ai-je déclaré. Votre calligraphie est de plus en plus personnelle, spontanée. Ce n’est plus une simple répétition de la beauté, mais un geste de création personnelle. Vous avez compris ce que les grands peintres comprennent : pour oublier les règles, il faut les connaître et les respecter.

« Vous n’avez plus besoin des instruments qui vous ont permis d’apprendre. Vous n’avez plus besoin du papier, de l’encre, de la plume, parce que le chemin est plus important que ce qui vous a mise en marche. Un jour, vous m’avez raconté que la personne qui vous a appris à danser imaginait des musiques dans sa tête – et pourtant, elle était capable de répéter les rythmes nécessaires et précis.

– Exactement.

– Si les mots étaient tous attachés, ils n’auraient pas de sens, ou cela compliquerait beaucoup votre compréhension ; il est nécessaire qu’il y ait des espaces. »

Elle a acquiescé de la tête.

« Et bien que vous maîtrisiez les mots, vous ne maîtrisez pas encore les espaces blancs. Votre main, quand elle est concentrée, est parfaite. Quand elle saute d’un mot à l’autre, elle se perd.

– Comment le savez-vous ?

– Ai-je raison ?

– Vous avez tout à fait raison. En quelques fractions de seconde, avant de me concentrer sur le mot suivant, je me perds. Des choses auxquelles je ne veux pas penser me dominent avec insistance.

– Et vous savez exactement ce que c’est. »

Athéna savait, mais elle n’a rien dit, jusqu’à ce que nous soyons revenus à la tente et qu’elle ait pu prendre son fils endormi dans ses bras. Ses yeux semblaient pleins de larmes, même si elle faisait son possible pour se contrôler.

« L’émir a dit que vous alliez prendre des vacances. »

Elle a ouvert la porte de la voiture, elle a mis la clé de contact et enclenché le démarreur. Pour quelques instants, seul le bruit du moteur rompait le silence du désert.

« Je sais de quoi vous parlez, a-t-elle dit finalement. Quand j’écris, quand je danse, je suis guidée par la Main qui a tout créé. Quand je regarde Viorel endormi, je sais qu’il sait qu’il est le fruit de mon amour pour son père, même si je ne le vois plus depuis un an. Mais moi… »

Elle est retombée dans le silence. Le silence qui était l’espace blanc entre les mots.

«… Mais moi, je ne connais pas la main qui m’a bercée pour la première fois. La main qui m’a inscrite dans le livre de ce monde. »

J’ai seulement hoché la tête en signe d’affirmation.

« Vous pensez que c’est important ?

– Pas toujours. Mais dans votre cas, tant que vous n’aurez pas touché cette main, vous n’améliorerez pas… disons… votre calligraphie.

– Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de découvrir quelqu’un qui ne s’est jamais donné la peine de m’aimer. »

Elle a fermé la portière, elle a souri, et elle a fait démarrer la voiture. Malgré les mots qu’elle venait de prononcer, je savais quelle serait sa prochaine étape.

Le prochain chapitre sera en ligne le 04.05.2007

Decimo Capitolo

Peter Sherney, 47 anni, direttore generale di una filiale della Bank of (cassato) di Holland Park, Londra

Assunsi Athena solo perché la sua famiglia era tra i nostri clienti più importanti – in fin dei conti, il mondo gira intorno a interessi reciproci. Poiché si mostrò piuttosto “esagitata”, le assegnai un lavoro noioso, ripetitivo, nella dolce speranza che arrivasse a dare le dimissioni: in tal modo, avrei potuto dire a suo padre che avevo tentato di aiutarla, ma senza successo.

La mia esperienza di direttore di banca mi aveva insegnato a conoscere lo stato d’animo delle persone, anche di quelle che non si esprimono direttamente. Lo avevo appreso in un corso per dirigenti: “Se vuoi liberarti di qualcuno, fa’ di tutto perché finisca per mancarti di rispetto, e così potrai licenziarlo per giusta causa.”

Mi impegnai al limite per raggiungere questo scopo con Athena. Poiché non dipendeva dallo stipendio per mantenersi, avrebbe finito per realizzare che lo sforzo di svegliarsi presto, lasciare il figlio a casa della madre, lavorare l’intera giornata con una mansione alienante, tornare a prendere il bambino, andare al supermercato, occuparsi della sua creatura, metterla a letto e farla addormentare e poi, l’indomani, passare altre tre ore sui mezzi di trasporto ecc.… era assolutamente superfluo, visto che esistevano altre maniere – più interessanti – di trascorrere le giornate. A poco a poco, lei divenne sempre più irritabile, e io mi sentii orgoglioso della mia strategia: ce l’avrei fatta. Cominciò a lamentarsi del luogo dove abitava, raccontando che il proprietario del suo appartamento aveva l’abitudine di suonare una musica a volume altissimo durante la notte, per cui ormai non riusciva a dormire bene.

All’improvviso, qualcosa cambiò. Dapprima, solo in Athena. E, subito dopo, in tutta l’agenzia.

Come potrei definire questo cambiamento? Be’, un gruppo di persone che lavora insieme è come un’orchestra: un buon direttore è il maestro e sa qual è lo strumento stonato, quale trasmette più emozione e quale si limita a seguire il resto del gruppo. Athena sembrava suonare il proprio strumento senza alcun entusiasmo: appariva sempre distante, non condivideva mai con i colleghi le gioie o le tristezze della sua vita privata, lasciando intendere che, all’uscita dal lavoro, occupava il tempo nella cura del figlio – nient’altro. Fino al momento in cui cominciò a mostrarsi più riposata, più comunicativa: raccontava a chiunque volesse ascoltarla di aver scoperto un sistema per ringiovanire.

Ovviamente, questa è una parola magica: “ringiovanire”. Provenendo da una persona di appena ventun anni, suonava del tutto fuori luogo. Comunque, i colleghi le credettero, e cominciarono a chiederle il segreto di tale formula.

La sua efficienza aumentò – le sue mansioni non erano cambiate. E i colleghi, che prima si limitavano al buongiorno e alla buonasera, iniziarono a invitarla a pranzo. Quando tornavano, sembravano tutti particolarmente sereni – e la produttività dell’agenzia fece un gigantesco balzo in avanti.

Poiché so che le persone innamorate finiscono per influenzare l’ambiente in cui si muovono, dedussi immediatamente che Athena doveva aver incontrato qualcuno di molto importante per la sua vita.

Glielo domandai. Lei mi rispose affermativamente, aggiungendo che non era mai uscita con un cliente prima di allora ma, in questo caso, era stato impossibile rifiutare l’invito. In una situazione normale, avrei dovuto licenziarla in tronco – le regole della banca erano chiare: ogni contatto personale con i clienti era perentoriamente proibito. Ma, a quell’epoca, mi ero già accorto che il suo comportamento aveva contagiato praticamente tutti: alcuni colleghi cominciarono a incontrarsi con lei dopo il lavoro e, per quanto ne so, almeno due o tre andarono a casa sua.

Era una situazione molto pericolosa: la giovane tirocinante, senza alcuna precedente esperienza lavorativa, prima timida e talvolta aggressiva, era divenuta una sorta di leader naturale dei miei impiegati. Se l’avessi licenziata, avrebbero pensato che il mio gesto fosse dettato da gelosia – e io avrei perduto il loro rispetto. Se l’avessi mantenuta in servizio, avrei corso il rischio di perdere in pochi mesi il controllo del gruppo.

Decisi di aspettare qualche tempo. Intanto, l’“energia” – detesto questa parola perché, in realtà, non identifica niente di concreto: al limite, stiamo parlando di elettricità – … l’“energia” dell’agenzia iniziò ad aumentare. I clienti sembravano più soddisfatti e presero a consigliarla ad amici. Gli impiegati erano contenti e, malgrado il lavoro fosse raddoppiato, non fui costretto ad assumere altro personale, visto che tutti riuscivano a portare a termine i loro lavori.

Un giorno, ricevetti una lettera dei miei superiori. Mi chiedevano di andare a Barcellona, dove si sarebbe svolta una convention del gruppo, per spiegare il metodo lavorativo che stavo applicando. Secondo loro, ero riuscito ad aumentare i profitti senza incrementare le spese, e questa è l’unica cosa che interessa ai dirigenti – in tutto il mondo, detto fra parentesi.

Quale metodo?

Il mio unico merito avrebbe potuto essere quello di sapere dove tutto aveva avuto inizio, e così decisi di convocare Athena nel mio ufficio. Le feci i complimenti per l’eccellente produttività; mi ringraziò con un sorriso.

Mi rivolsi a lei con cautela, giacché non volevo essere male interpretato:

“Come va con il tuo fidanzato? Ho sempre pensato che chi riceve amore finisce per dare ancora più amore. Che cosa fa?”

“Lavora a Scotland Yard (N.d.R.: dipartimento investigativo della polizia metropolitana di Londra autorizzato a operare in tutta la Gran Bretagna).”

Preferii non addentrarmi nei dettagli. Tuttavia dovevo continuare quella conversazione a ogni costo: non avevo tempo da perdere.

“Ho notato un grande cambiamento in te, e…”

“Si è accorto di un grande cambiamento nell’agenzia?”

Come rispondere a una domanda del genere? Da una parte, forse le stavo concedendo più potere di quanto sarebbe stato consigliabile; ma, dall’altra, se la mia mossa non avesse funzionato, non avrei mai avuto le informazioni di cui abbisognavo.

“Sì, ho notato un enorme cambiamento. E sto pensando di promuoverti.”

“Ho bisogno di viaggiare. Voglio andarmene per qualche tempo da Londra, voglio conoscere nuovi orizzonti.”

Viaggiare? Ora che tutto funzionava a meraviglia nell’ambiente di lavoro, lei voleva andarsene? Ma, a pensarci meglio, non era proprio questa partenza che mi serviva e desideravo?

“Potrei aiutare la banca, se mi desse maggiori responsabilità,” proseguì lei.

Recepito – e lei mi stava dando un’eccellente opportunità. Com’è che non ci avevo pensato prima? “Viaggiare” significava allontanarla, riprendermi la leadership, senza dover sostenere i costi di un licenziamento o di una ribellione. Comunque, avrei dovuto riflettere su quell’eventualità, perché prima di aiutare la banca, lei doveva soccorrere me. Ora che i miei capi avevano preso coscienza della crescita di produttività, sapevo che dovevo mantenere quel livello, altrimenti avrei rischiato di perdere il mio prestigio e di ritrovarmi in una posizione peggiore rispetto al passato. A volte, mi sembra di capire perché gran parte dei miei colleghi non si impegnano per migliorare: se mancano quell’obiettivo, vengono tacciati di incompetenza. Se lo raggiungono, sono obbligati a crescere sempre, e finiscono i loro giorni con un bell’infarto.

Sempre cautamente, continuai nella mia strategia: non è consigliabile spaventare l’altro prima che questi riveli il segreto che ci interessa – è meglio fingersi d’accordo con l’interlocutore.

“Tenterò di far pervenire la tua richiesta ai miei superiori. A proposito, li incontrerò a Barcellona, ed è proprio per questo che ho deciso di chiamarti. Potrei essere smentito, se dicessi che i nostri profitti sono migliorati da quando… gli altri hanno cominciato ad avere un rapporto migliore con te?”

“Un rapporto migliore con se stessi, direi.”

“Sì. Ma determinato da te. O mi sbaglio?”

“Lei sa di non sbagliarsi.”

“Hai forse letto qualche libro di management che non conosco?”

“Non è il mio genere di letture. Comunque, vorrei che mi promettesse che prenderà seriamente in considerazione la mia richiesta.”

Pensai al fidanzato che lavorava a Scotland Yard: se avessi promesso senza mantenere, sarei stato oggetto di una rappresaglia? Che le avesse insegnato qualche tecnica d’avanguardia, con cui ottenere risultati altrimenti impossibili?

“Posso raccontarle tutto, anche se non manterrà la promessa. Ma non sono sicura che otterrà un risultato, se non applicherà ciò che le sto insegnando.”

“La famosa ‘tecnica di ringiovanimento’?”

“Proprio questo.”

“Ma non sarà sufficiente conoscerla solo in teoria: leggerla e non praticarla?!”

“Forse. In effetti, è grazie ad alcuni fogli di carta che è arrivata a chi me l’ha insegnata.”

Fui contento che non mi stesse forzando a prendere decisioni al di là delle mie possibilità e dei miei principi. Ma, in fondo, devo confessare che rintracciavo anche un qualche interesse personale in questa storia, giacché sognavo di utilizzare il mio potenziale in modo differente. Dopo che le ebbi promesso di fare tutto il possibile per esaudire la sua richiesta, Athena cominciò a parlare di una danza esoterica alla ricerca di un certo Vertice – o Asse, ora non ricordo bene. A mano a mano che la nostra conversazione proseguiva, io cercavo di valutare in maniera oggettiva le sue riflessioni allucinate. Un’ora non fu sufficiente, sicché le chiesi di tornare l’indomani. Preparammo insieme la relazione da presentare alla direzione della banca. A un certo punto del lavoro, lei mi disse, sorridendo:

“Non abbia timore di scrivere qualcosa che si avvicina sensibilmente a ciò di cui stiamo parlando. Anche la direzione di una banca è costituita da persone come noi – gente in carne e ossa – che saranno interessatissime a una procedura non convenzionale.”

Su questo, Athena era completamente in errore: in Inghilterra, le tradizioni hanno sempre una forza maggiore rispetto alle innovazioni. Ma che costava rischiare un po’, purché ciò non mettesse in pericolo il mio impiego? Poiché la faccenda mi sembrava del tutto assurda, era necessario riassumerla e presentarla in una forma che tutti potessero comprendere. Sì, bastava questo.

Prima del mio intervento alla convention di Barcellona, per tutta la mattina mi ripetei: “Il ‘mio’ procedimento sta dando dei risultati, e questa è l’unica cosa che importa.” In precedenza avevo letto alcuni manuali, scoprendo che per presentare un’idea nuova con il massimo impatto possibile bisogna strutturare un discorso che provochi l’uditorio. Ecco perché la prima cosa che dissi ai dirigenti della società riuniti in un lussuoso albergo fu una frase di San Paolo: “Dio nascose le cose più importanti ai saggi, perché essi non riescono a capire ciò che è semplice, e decise di rivelarle ai semplici di cuore” (N.d.R.: è impossibile sapere se si riferisca specificamente a una citazione dell’evangelista Matteo [11, 25] che dice: “Rendo grazie a Te, o Padre, Signore del cielo e della terra, perché hai celato queste cose ai saggi e le hai rivelate ai piccoli”, oppure a una frase di Paolo [Cor. 1, 27]: “Ma Dio scelse le cose folli di questo mondo per confondere quelle sagge; e Dio scelse le cose deboli di questo mondo per confondere quelle forti”).

Quando pronunciai questa frase, tutti i presenti, che avevano passato due giorni ad analizzare grafici e statistiche, ammutolirono. Pensai di aver perso il lavoro, ma decisi di continuare. Primo, perché avevo compiuto alcune ricerche sull’argomento, ero sicuro di quello che dicevo e, di conseguenza, meritavo un certo credito. Secondo, perché, anche se in taluni passi ero costretto a omettere l’enorme influenza di Athena nell’intero processo, non stavo mentendo.

“Ho scoperto che, per motivare i dipendenti, oggigiorno è necessario qualcosa di più dell’ottimo addestramento impartito nei nostri centri di formazione. Ciascuno di noi possiede una parte sconosciuta che, quando si rivela, è in grado di compiere miracoli.

“Tutti noi lavoriamo per un motivo: nutrire i figli, guadagnare il denaro per mantenersi, giustificare la propria vita, ottenere un certo potere. Tuttavia questo percorso presenta alcune fasi noiose: ecco, il segreto consiste proprio nel trasformare questi periodi in un incontro con se stessi, o con una presenza più elevata.

“Per esempio, non sempre la ricerca della bellezza è associata alla praticità, eppure noi la perseguiamo come se si trattasse della cosa più importante del mondo. Gli uccelli imparano a cantare, ma il canto non li aiuterà a procurarsi il cibo, a evitare i predatori o ad allontanare i parassiti. Gli uccelli cantano perché, secondo Darwin, soltanto in questo modo riescono ad attirare il partner e a perpetuare la specie.”

Fui interrotto da un dirigente di Ginevra, che reclamò una trattazione più oggettiva. Ma il direttore generale mi incoraggiò a proseguire, e questo mi entusiasmò.

“Sempre secondo Darwin, autore di un testo che ha cambiato il corso dell’umanità (N.d.R.: L’origine delle specie, 1871, in cui dimostra che l’uomo è un’evoluzione naturale di un tipo di scimmia), coloro che riescono a risvegliare delle passioni non fanno che ripetere qualcosa che accade fin dai tempi delle caverne, allorché i riti del corteggiamento erano fondamentali perché la specie umana potesse sopravvivere ed evolversi. Ma esiste una qualche differenza tra l’evoluzione dell’uomo e quella di un’agenzia bancaria? Nessuna. Entrambe obbediscono alle medesime leggi: una di esse recita che solo i più capaci sopravvivono e si sviluppano.”

A quel punto, fui costretto ad accennare al fatto che avevo elaborato queste idee grazie alla collaborazione spontanea di una delle mie impiegate, Sherine Khalil.

“Sherine, che ama farsi chiamare Athena, ha determinato un nuovo tipo di comportamento sul posto di lavoro: la passione. Proprio così, la passione – qualcosa che non si prende mai in considerazione quando si parla di prestiti o diagrammi di spesa. I miei impiegati hanno cominciato a utilizzare la musica come uno stimolo per servire meglio i clienti.”

Un altro dirigente mi interruppe: disse che si trattava di un’idea vecchia – era la strategia usata dai supermercati, che si servivano di melodie per indurre il cliente ad acquistare.

“Non ho detto che è stata introdotta la musica negli ambienti dell’agenzia. Gli impiegati hanno cominciato a vivere in maniera diversa perché Sherine – o Athena, se preferite – ha insegnato loro a danzare prima di affrontare il lavoro quotidiano. Non so esattamente quale sia il meccanismo che si attivi nelle persone: come direttore, sono responsabile soltanto dei risultati – di certo, non del processo. Io non ho danzato. Tuttavia ho capito che, attraverso quel tipo di pratica, tutti si identificavano maggiormente con le loro mansioni.

“Noi nasciamo, cresciamo e veniamo educati secondo la massima: ‘Il tempo è denaro.’ Sappiamo esattamente che cos’è il denaro, ma qual è il significato della parola ‘tempo’? Il giorno comprende ventiquattro ore – e un’infinità di momenti. Dobbiamo avere coscienza di ogni minuto, saper approfittare di esso per quello che stiamo facendo oppure per immergerci nella contemplazione della vita. Se rallentiamo, tutto dura più a lungo – sì, anche il lavaggio dei piatti, o la somma degli attivi e dei passivi, o la compilazione dei rapporti di credito, o il conteggio delle cambiali… Ma perché non usarlo per pensare a cose gradevoli, per gioire del fatto di essere vivi?”

L’amministratore delegato mi guardava stupito. Sono sicuro che desiderava che continuassi a spiegare dettagliatamente ciò che avevo appreso, ma alcuni dei presenti cominciavano a mostrarsi insofferenti.

“Capisco perfettamente quello che vuole dire,” commentò l’amministratore delegato. “I suoi impiegati hanno cominciato a svolgere il lavoro con maggior entusiasmo perché disponevano di alcuni momenti della giornata per entrare in contatto con il proprio intimo. Vorrei complimentarmi con lei per essere stato così flessibile da consentire l’applicazione di insegnamenti non ortodossi – che, comunque, stanno dando risultati eccellenti.

“Ma poiché ci troviamo in una convention e stiamo parlando del valore del tempo, voglio ricordarle che ha solo cinque minuti per concludere il suo intervento. È in grado di elaborare una lista dei punti fondamentali che ci consenta di applicare questi principi anche in altre agenzie?”

Una richiesta giustificata. Che si sarebbe potuta rivelare positiva per il lavoro, ma fatale per la mia carriera. Fu così che decisi di riassumere quello che avevo scritto con Athena.

“Basandomi su alcune osservazioni personali, ho elaborato alcuni punti insieme a Sherine Khalil: con grande piacere, ne discuterò con chiunque sia interessato. Ecco quelli principali:

“A] Tutti noi possediamo un talento sconosciuto, che rimarrà tale per sempre. Comunque, può diventare un nostro alleato. Poiché è impossibile misurarlo o attribuirgli un valore economico, quel talento non viene mai preso in considerazione. Ma ora mi sto rivolgendo a persone attente, e sono sicuro che ciascuno di voi comprenderà il senso delle mie parole – perlomeno in teoria.

“B] Nella mia agenzia, questo talento è stato attivato attraverso una danza basata su un ritmo che – se non m’inganno – proviene dai deserti dell’Asia: comunque, il suo luogo d’origine è irrilevante. L’importanza risiede nel fatto che le persone possono esprimere con il proprio corpo ciò che l’anima intende comunicare. So che la parola ‘anima’ può essere male interpretata in questa sede, quindi vi suggerisco di sostituirla con ‘intuizione’. E se anche questo vocabolo risultasse difficilmente accettabile, vi consiglio di usare l’espressione ‘emozioni primarie’, che possiede una connotazione più scientifica, anche se ha un significato riduttivo rispetto ai termini precedenti.

“C] Ho esortato i miei impiegati a danzare almeno un’ora prima di venire al lavoro, magari sostituendo con questa pratica la ginnastica o gli esercizi di aerobica. È qualcosa che stimola il corpo e la mente: in tal modo, tutti iniziano la giornata imponendo a se stessi la creatività; poi usano le energie accumulate per lo svolgimento delle loro mansioni in agenzia.

“D] I clienti e gli impiegati vivono nel medesimo mondo: la realtà non è altro che una serie di stimoli elettrici nel nostro cervello. Quello che si pensa di ‘vedere’ è solo una scarica di energia in una zona completamente oscura della testa. Di conseguenza, quando si entra in sintonia con ciò che ci circonda, si può tentare di modificare la realtà. In qualche modo per me incomprensibile, la gioia è contagiosa, al pari dell’entusiasmo e dell’amore. O come la tristezza, la depressione e l’odio – sentimenti che possono essere percepiti ‘intuitivamente’ dai clienti e da altri impiegati. Per migliorare il profitto è indispensabile creare dei meccanismi che rendano sempre disponibili questi stimoli positivi.”

“Molto esoterico” fu il commento di una donna, la responsabile dei fondi azionari di un’agenzia canadese.

Persi un po’ della mia compostezza – non ero riuscito a convincere nessuno. Finsi di ignorare il suo commento e, utilizzando la creatività, azzardai una conclusione tecnica:

“La banca dovrebbe destinare una certa somma per la ricerca sulla maniera in cui si propaga quel ‘contagio’, si rivela quel talento: in tal modo, si otterrebbero profitti decisamente superiori.”

Quel finale mi sembrò abbastanza soddisfacente, e così preferii non utilizzare i due minuti che ancora mi restavano. Al termine della convention, dopo una giornata estenuante, l’amministratore delegato mi invitò a cena – lo fece davanti a tutti, come se volesse dimostrare che appoggiava le mie affermazioni. Poiché era la prima volta che avevo una grande opportunità, cercai di approfittarne. Cominciai a parlare di adempimenti, diagrammi, difficoltà nelle operazioni di Borsa, nuovi mercati. Ma lui m’interruppe: era più interessato a conoscere ciò che avevo appreso da Athena.

Alla fine, con mia grande sorpresa, spostò la conversazione su argomenti personali.

“So a che cosa si stava riferendo nel suo intervento, quando ha accennato al tempo. All’inizio di quest’anno, mentre mi stavo godendo le ferie, decisi di sedermi nel giardino di casa mia. Recuperai il giornale dalla cassetta della posta: niente di importante, soltanto le notizie che, secondo i giornalisti, dobbiamo conoscere e seguire, e sulle quali ci è richiesto di prendere posizione.

“Mi balenò l’idea di telefonare a qualcuno del mio staff, ma sarebbe stata un’assurdità: tutti erano con la famiglia. A mezzogiorno, pranzai con mia moglie, i figli e i nipoti. Schiacciai un pisolino; poi, quando mi svegliai, presi alcuni appunti. All’improvviso, mi resi conto che erano soltanto le due del pomeriggio. Avevo davanti altri tre giorni senza lavoro e, per quanto amassi molto stare in famiglia, cominciai a sentirmi inutile.

“Approfittando del tempo libero, l’indomani mi sottoposi a un check-up dell’apparato digerente che, per fortuna, non evidenziò nulla di grave. Andai dal dentista: nessun problema nemmeno in bocca. Pranzai di nuovo con mia moglie, i figli e i nipoti. Come il giorno precedente, riposai e mi svegliai alle due, prendendo coscienza che non avevo assolutamente niente su cui concentrare la mia attenzione.

“Ne fui spaventato: non avrei dovuto fare qualcosa? Se si vuole trovare un modo per occupare il tempo, non servono molti sforzi – ci sono sempre progetti da sviluppare, lampadine da sostituire, foglie secche da spazzare, libri da riordinare, file del computer da sistemare ecc. Ma come affrontare il vuoto totale? Fu in quel momento che mi ricordai di qualcosa che reputai estremamente importante: dovevo andare alla buca delle lettere – che si trova a un chilometro dalla mia casa di campagna – per imbucare alcuni biglietti di auguri che avevo dimenticato sul tavolo.

“Rimasi sorpreso: perché devo spedire questi biglietti oggi? È forse impossibile rimanere senza far niente?

“Una serie di pensieri mi affollò la mente: amici che si preoccupano per cose non ancora accadute, conoscenti che sanno riempire ogni minuto della propria vita con incombenze che mi sembrano assurde, conversazioni senza senso, telefonate che non comunicano niente di rilevante. Ho visto i miei direttori inventarsi del lavoro per giustificare le proprie cariche; impiegati assaliti dalla paura perché quel giorno non hanno niente di importante da fare, e questo potrebbe significare che non sono più utili all’azienda. Mia moglie si rode perché mio figlio ha divorziato; mio figlio si tortura perché mio nipote ha preso dei voti bassi a scuola; mio nipote si angoscia perché rattrista i genitori – anche se sappiamo tutti che i voti scarsi non sono particolarmente gravi.

“Intrapresi una lunga e ardua lotta con me stesso per non alzarmi dal posto in cui mi trovavo. A poco a poco, l’ansia cedette il passo alla contemplazione, e mi parve di udire la mia anima – o ‘intuizione’, o ‘emozioni primarie’, a seconda di quello in cui si crede. In qualsiasi caso, questa parte di me aveva una voglia tremenda di conversare, ma io ero sempre occupato.

“In questo frangente non fu la danza, bensì la completa assenza di rumore e di movimento – il silenzio – che mi permise di entrare in contatto con me stesso. E, mi creda, ho appreso moltissime cose sui problemi che mi assillavano – anche se, mentre me ne stavo seduto lì, quei crucci si erano allontanati. Non vidi Dio, no, ma realizzai più chiaramente le decisioni da prendere.”

Prima di pagare il conto, mi suggerì di mandare quell’impiegata a Dubai: la banca stava aprendo una nuova filiale laggiù, e si dovevano affrontare grandi sfide. Da grande dirigente, sapeva che avevo già imparato tutto ciò che serviva, e ora si trattava soltanto di garantire una certa continuità – l’impiegata sarebbe potuta essere più utile altrove. Senza saperlo, mi stava aiutando a mantenere la promessa che avevo fatto.

Quando tornai a Londra, comunicai immediatamente ad Athena la possibilità del trasferimento. Accettò all’istante: disse che parlava arabo piuttosto bene (lo sapevo, per via delle origini di suo padre). Comunque, noi non intendevamo concludere affari con gli arabi, bensì con gli stranieri. La ringraziai per l’aiuto che mi aveva dato nella preparazione dell’intervento, ma lei non dimostrò alcuna curiosità riguardo alla convention: si limitò a domandami quando doveva preparare le valigie.

Ancora oggi non so se la storia del fidanzato di Scotland Yard fosse soltanto una fantasia. Penso che, se avesse avuto un fondamento di verità, l’assassino di Athena sarebbe già in galera – perché non credo a una parola di quello che i giornali raccontarono a proposito del delitto. Insomma, posso intendermene di ingegneria finanziaria, posso persino concedermi il lusso di dire che la danza aiuta gli impiegati di banca a lavorare meglio, ma non riuscirò mai a comprendere perché la migliore polizia del mondo arresta alcuni assassini e ne lascia in libertà altri.

Questo, comunque, ormai non fa più differenza.

Il prossimo capitolo sarà on-line: 02.05.07

“Cari lettori, poiché non parlo la vostra lingua, ho chiesto alla casa editrice di tradurre i vostri commenti. Le vostre considerazioni sul mio nuovo romanzo sono molto importanti per me.”

Con affetto, Paulo Coelho

Comme si c’était la première fois

Je veux croire que je vais regarder chaque jour comme si c’était la première fois. Voir les personnes qui m’entourent surpris et émerveillé, joyeux de découvrir qu’elles sont à mes côtés pour partager quelque chose que l’on appelle amour, dont on parle beaucoup et que l’on comprend mal.

Je monterai dans le premier autobus qui passera, sans demander dans quelle direction il va, et je sauterai dès que j’apercevrai quelque chose qui attire mon attention. Je passerai près d’un mendiant qui me demandera une petite pièce. Je la lui donnerai peut-être, peut-être penserai-je qu’il va la dépenser en boisson, et je poursuivrai mon chemin – écoutant ses insultes, et comprenant que c’est sa manière de communiquer avec moi. Je passerai près d’un individu qui essaie de détruire une cabine téléphonique. Je tenterai peut-être de l’en empêcher, mais je comprendrai peut-être qu’il fait cela parce qu’il n’a personne à qui parler à l’autre bout de la ligne, et cherche ainsi à chasser sa solitude.

Je regarderai tout comme si c’était la première fois – surtout les petites objets auxquels je suis habitué, oubliant la magie qui m’entoure. Les touches de mon ordinateur, par exemple, qui bougent avec une énergie que je ne comprends pas. Le papier qui apparaît sur l’écran, et qui depuis longtemps ne se présente plus de manière physique, même si je crois écrire sur une feuille blanche, sur laquelle il est facile de corriger en appuyant simplement sur une touche. À côté de l’écran de l’ordinateur s’accumulent des papiers que je n’ai pas la patience de mettre en ordre, mais si je pense qu’ils cachent des nouveautés, toutes ces lettres, notes, coupures, reçus, acquerront une vie propre, et ils auront de curieuses histoires – passées et à venir – à me raconter. Tellement de choses dans le monde, tellement de chemins parcourus, tellement d’entrées et de sorties dans ma vie.

Je vais mettre une chemise que je porte toujours et, pour la première fois, faire attention à son étiquette et à la façon dont elle a été cousue, et je vais tâcher d’imaginer les mains qui l’ont dessinée et les machines qui ont transformé ce dessin en un objet matériel, visible.

Et même les choses auxquelles je suis habitué – l’arc et les flèches, la tasse du petit déjeuner, les bottes qui sont devenues une extension de mes pieds après que je les ai beaucoup portées – seront revêtues du mystère de la découverte. Tout ce que ma main touche, que mes yeux voient, que ma bouche goûte, doit être maintenant différent, même si rien n’a changé pendant des années. Ainsi, cessant d’être une nature morte, ces choses me transmettront le secret de leur si longue présence auprès de moi, et le miracle des retrouvailles se manifestera par des émotions que la routine avait détruites.

Je veux regarder pour la première fois le soleil, si demain il fait soleil, les nuages, si demain le temps est nuageux. Au-dessus de ma tête, il y a un ciel auquel toute l’humanité, durant des milliers d’années d’observation, a déjà donné une série d’explications raisonnables. Alors, j’oublierai tout ce que j’ai appris au sujet des étoiles, et elles redeviendront des anges, ou des enfants, ou n’importe quoi si j’ai envie d’y croire à ce moment-là.

Le temps et la vie ont tout rendu parfaitement compréhensible – et moi, j’ai besoin du mystère, du tonnerre, qui est la voix d’un dieu en colère et pas une simple décharge électrique qui provoque des vibrations dans l’atmosphère. Je veux remplir de nouveau ma vie de fantaisie, parce qu’un dieu en colère, c’est beaucoup plus curieux, terrifiant et intéressant qu’un phénomène physique.

Et enfin, je dois me regarder moi-même comme si j’étais pour la première fois en contact avec mon corps et mon âme. Je dois regarder cette personne qui marche, qui sent, qui parle comme n’importe quelle autre, m’étonner de ses gestes les plus simples, comme parler avec le facteur, ouvrir le courrier, contempler sa femme endormie à ses côtés, se demandant à quoi elle est en train de rêver.

Ainsi, je resterai ce que je suis et ce qu’il me plaît d’être, une surprise constante à mes propres yeux. Ce moi qui n’a été créé ni par mon père ou ma mère, ni par mon école, mais par tout ce que j’ai vécu jusqu’à ce jour, que j’ai subitement oublié et que je suis en train de redécouvrir.

Edizione nº 145: Come se fosse la prima volta

Voglio credere che guarderò a ciascuno dei giorni come se fosse la prima volta. Che vedrò le persone che mi circondano con sorpresa e stupore, felice di scoprire che sono lí accanto a me a condividere qualcosa che si chiama amore, di cui si parla molto, ma del quale si capisce ben poco.

Salirò sul primo autobus che passa senza domandare in quale direzione sta andando, e scenderò appena vedrò qualcosa che attiri la mia attenzione. Passerò accanto a un mendicante che mi chiederà un’elemosina. Forse gliela darò, o forse penserò che la spenderà per bere e tirerò avanti – udendo i suoi insulti e comprendendo che questo è il suo modo di comunicare con me. Passerò accanto a qualcuno che sta tentando di distruggere una cabina telefonica. Forse cercherò di impedirglielo, o forse comprenderò che lo sta facendo perché non ha nessuno con cui parlare all’altro capo del filo e cerca cosí di fugare la solitudine.

Guarderò tutto e tutti come se fosse la prima volta – soprattutto le piccole cose, alle quali mi sono ormai abituato, dimenticando la magia che mi circonda. I tasti del mio computer, per esempio, che si muovono con una energia che io non comprendo. Quella pagina che compare sullo schermo e che da tempo non si manifesta in maniera fisica, benché io sia convinto che sto scrivendo su un foglio bianco, dove è facile correggere solo premendo un tasto. Accanto allo schermo del computer si accumulano dei fogli che non ho la pazienza di riordinare, ma se penserò che essi nascondono delle novità, tutte queste carte, questi appunti, questi ritagli, queste ricevute acquisteranno una vita propria e avranno tante storie curiose – del passato e del futuro – da raccontarmi. Tante cose nel mondo, tanti cammini percorsi, tante entrate e uscite dalla mia vita.

Indosserò una camicia che sono solito usare sempre, ma per la prima volta presterò attenzione alla sua etichetta, a come è stata cucita, e cercherò di immaginare le mani che l’hanno disegnata e le macchine che hanno trasformato quel disegno in qualcosa di materiale, di visibile.

E persino le cose alle quali sono abituato – come l’arco e le frecce, la tazzina del caffè, gli stivali che si sono trasformati in un’estensione dei miei piedi dopo tanto uso – si rivestiranno del mistero della scoperta. Che tutto ciò che la mia mano toccherà, che i miei occhi vedranno, che la mia bocca proverà sia diverso ora, anche se per molti anni è stato uguale. Cosí, tutto ciò cesserà di essere una natura morta e comincerà a trasmettermi il segreto di aver trascorso con me tanto tempo e manifesterà il miracolo di un nuovo incontro con certe emozioni che si erano ormai logorate con la routine.

Voglio guardare per la prima volta il sole, se domani ci sarà il sole; il cielo nuvoloso, se domani sarà nuvoloso. Al di sopra del mio capo esiste un cielo per il quale l’umanità intera, nel corso di migliaia di anni di osservazione, ha già dato una serie di spiegazioni ragionevoli. Dimenticherò, dunque, tutte le cose che ho appreso sulle stelle, ed esse si trasformeranno di nuovo in angeli, o in bambini, o in qualsiasi altra cosa in cui io abbia il desiderio di credere in quel momento.

A poco a poco, il tempo e la vita hanno reso tutto perfettamente comprensibile – ma io ho bisogno del mistero, del tuono che è la voce di un dio arrabbiato, e non una semplice scarica elettrica che provoca vibrazioni nell’atmosfera. Io voglio di nuovo colmare la mia vita con la fantasia, perché un dio irato è molto piú intrigante, terrificante e interessante di un fenomeno fisico.

E, infine, che io guardi a me stesso come se per la prima volta mi trovassi in contatto con il mio corpo e la mia anima. Che io guardi questa persona che cammina, che sente, che parla come qualsiasi altra, che io sia affascinato dai suoi gesti piú semplici, come conversare con il postino, contemplare la moglie che gli dorme accanto, domandandosi che cosa mai starà sognando.

E cosí rimarrò quello che sono e che amo essere, una sorpresa continua per me stesso. Questo io che non è stato educato né da mio padre né da mia madre né dalla mia scuola, ma da tutto ciò che ho vissuto fino a oggi, che tutt’a un tratto ho dimenticato e che di nuovo sto scoprendo oggi.