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Onzième Chapitre

Nabil Alaihi, í¢ge inconnu, Bédouin

Je suis très content de savoir qu’Athéna avait ma photo en place d’honneur dans son appartement, mais je ne crois pas que ce que je lui ai enseigné ait la moindre utilité. Elle est venue jusqu’ici, en plein désert, tenant par la main un enfant de trois ans. Elle a ouvert son sac, en a retiré une radiocassette, et s’est assise devant mon échoppe. Je sais que des gens en ville avaient l’habitude d’indiquer mon nom í  des étrangers désireux de goí»ter la cuisine locale, et je lui ai dit tout de suite qu’il était très tí´t pour dí®ner.

« Je suis venue pour une autre raison, a dit la femme. J’ai su par votre neveu Hamid, client de la banque oí¹ je travaille, que vous étiez un sage.

– Hamid n’est qu’un jeune idiot, et il a beau dire que je suis un sage, il n’a jamais suivi mes conseils. Mahomet, le prophète, fut un sage, que la bénédiction de Dieu soit avec lui. »

J’ai fait un signe vers sa voiture.

« Vous ne devriez pas conduire seule dans un terrain auquel vous n’íªtes pas habituée, ni vous aventurer par ici sans guide. »

Au lieu de me répondre, elle a allumé l’appareil. Ensuite, tout ce que j’ai pu distinguer, c’était cette femme flottant dans les dunes, l’enfant la regardant étonné et joyeux, et le son qui semblait inonder tout le désert. Quand elle a terminé, elle m’a demandé si cela m’avait plu.

J’ai dit oui. Dans notre religion, il existe une secte dans laquelle on danse pour rencontrer Allah – que son nom soit loué ! (N.R. : la secte en question est le soufisme).

« Bien, a repris la femme, se présentant comme Athéna. Depuis mon enfance, je sens que je dois me rapprocher de Dieu, mais finalement la vie m’éloigne de Lui. La musique est l’un des moyens que j’ai trouvés, mais cela ne suffit pas. Chaque fois que je danse, je vois une lumière, et cette lumière me demande maintenant d’aller plus loin. Je ne peux pas continuer í  apprendre seulement par moi-míªme, il faut que quelqu’un m’apprenne.

– N’importe quoi suffit, ai-je répondu. Parce qu’Allah, le miséricordieux, est toujours proche. Ayez une vie digne, cela suffit. »

Mais la femme ne semblait pas convaincue. J’ai dit que j’étais occupé, il me fallait préparer le dí®ner pour les quelques touristes qui devaient venir. Elle a répondu qu’elle attendrait le temps nécessaire.

« Et l’enfant ?

– Ne vous en faites pas. »

Pendant que je prenais les dispositions habituelles, j’observais la femme et son fils, on aurait dit qu’ils avaient tous les deux le míªme í¢ge ; ils couraient dans le désert, riaient, faisaient des batailles de sable, se jetaient sur le sol et roulaient dans les dunes. Le guide est arrivé avec trois touristes allemands, qui ont mangé, demandé de la bière, et j’ai dí» expliquer que ma religion m’interdisait de boire ou de servir des boissons alcoolisées. J’ai convié la femme et son fils í  dí®ner, et l’un des Allemands, bientí´t échauffé par cette présence féminine inattendue, a expliqué qu’il pensait acheter des terrains, qu’il avait accumulé une grande fortune et qu’il croyait en l’avenir de la région.

« Parfait, lui a-t-elle répondu. Moi aussi.

– Est-ce que ce ne serait pas bien que nous dí®nions ailleurs, pour pouvoir mieux discuter de la possibilité de…

– Non, a-t-elle tranché, lui tendant une carte. Si vous le désirez, vous pouvez venir í  mon agence. »

Les touristes partis, nous nous sommes assis devant l’échoppe. Le petit s’est tout de suite endormi sur ses genoux ; j’ai pris des couvertures pour nous tous, et nous sommes restés í  regarder le ciel étoilé. Enfin, elle a rompu le silence.

« Pourquoi Hamid dit-il que vous íªtes sage ?

– Peut-íªtre parce que je suis plus patient que lui. í€ une certaine époque, j’ai tenté de lui enseigner mon art, mais Hamid semblait se préoccuper surtout de gagner de l’argent. Aujourd’hui, il est sans doute convaincu qu’il est plus sage que moi ; il a un appartement, un bateau, alors que je suis lí  au milieu du désert, servant les rares touristes qui se présentent. Il ne comprend pas que je suis satisfait de ce que je fais.

– Il comprend parfaitement, parce qu’il parle de vous í  tout le monde, avec beaucoup de respect. Et que signifie votre “art” ?

– Je vous ai vue danser aujourd’hui. Je fais la míªme chose, sauf que mon corps ne bouge pas, ce sont les lettres qui dansent. »

Elle a semblé surprise.

« Ma faí§on de me rapprocher d’Allah – que son nom soit loué ! – c’est la calligraphie, la recherche du sens parfait pour chaque mot. Une simple lettre exige que nous mettions en elle toute la force qu’elle contient, comme si nous étions en train de ciseler sa signification. Ainsi, quand les textes sacrés sont écrits, il s’y trouve l’í¢me de l’homme qui a servi d’instrument pour les divulguer.

« Et non seulement les textes sacrés, mais tout ce que nous mettons sur le papier. Parce que la main qui trace les lignes reflète l’í¢me de celui qui les écrit.

– M’enseigneriez-vous ce que vous savez ?

– Tout d’abord, je ne crois pas qu’une personne pleine d’énergie comme vous ait la patience pour cela. En outre, je ne fais pas partie de votre monde, dans lequel on imprime les choses – sans beaucoup réfléchir í  ce que l’on publie, si vous me permettez ce commentaire.

– J’aimerais essayer. »

Et, pendant plus de six mois, cette femme que je trouvais agitée, exubérante, incapable de rester tranquille un seul instant, m’a rendu visite tous les vendredis. Son fils s’asseyait dans un coin, prenait des papiers et des pinceaux, et il s’appliquait lui aussi í  manifester dans ses dessins ce que lui indiquaient les cieux.

Je voyais l’effort gigantesque qu’elle faisait pour rester tranquille, dans la posture adéquate, et je demandais : « Ne croyez-vous pas qu’il vaudrait mieux chercher autre chose pour vous distraire ? » Elle répondait : « J’ai besoin de cela, je dois apaiser mon í¢me, et je n’ai pas encore appris tout ce que vous pouvez m’enseigner. La lumière du Vertex m’a dit que je devais aller plus loin. » Je n’ai jamais demandé ce qu’était le Vertex, cela ne m’intéressait pas.

La première leí§on, et peut-íªtre la plus difficile, ce fut :

« Patience ! »

L’écriture était un acte permettant non seulement d’exprimer une pensée, mais aussi de réfléchir í  la signification de chaque mot. Ensemble nous avons commencé í  travailler sur des textes d’un poète arabe, car je ne crois pas que le Coran soit indiqué pour une personne élevée dans une autre foi. Je dictais chaque lettre, et ainsi elle se concentrait sur ce qu’elle faisait, au lieu de vouloir connaí®tre tout de suite la signification du mot, de la phrase, ou du vers.

« Un jour, quelqu’un m’a dit que la musique avait été créée par Dieu et que le mouvement rapide était nécessaire pour que les personnes entrent en contact avec elles-míªmes, m’a déclaré Athéna, un de ces après-midi que nous passions ensemble. Pendant des années, j’ai constaté que c’était vrai, et maintenant je suis forcée de ralentir mes pas, la chose la plus difficile au monde. Pourquoi la patience est-elle si importante ?

– Parce qu’elle nous conduit í  faire attention.

– Mais je peux danser en n’obéissant qu’í  mon í¢me, qui m’oblige í  me concentrer sur quelque chose qui est plus grand que moi et me permet d’entrer en contact avec Dieu – si je peux utiliser ce mot. Cela m’a déjí  aidé í  transformer beaucoup de choses, y compris mon travail. L’í¢me n’est-elle pas plus importante ?

– Bien sí»r. Mais si votre í¢me parvient í  communiquer avec votre cerveau, elle pourra transformer plus de choses encore. »

Nous avons continué notre travail ensemble. Je savais qu’í  un certain moment, je devrais dire quelque chose qu’elle n’était peut-íªtre pas príªte í  entendre, alors j’ai voulu mettre í  profit chaque minute pour préparer peu í  peu son esprit. Je lui ai expliqué qu’avant le mot il y avait la pensée. Et, avant la pensée, l’étincelle divine qui l’a placée lí . Tout, absolument tout sur cette Terre avait un sens, et les plus petites choses devaient íªtre prises en considération.

« J’ai éduqué mon corps pour qu’il puisse manifester entièrement les sensations de mon í¢me, disait-elle.

– Maintenant, éduquez simplement vos doigts, pour qu’ils puissent manifester entièrement les sensations de votre corps. Ainsi sera concentrée votre immense force.

– Vous íªtes un maí®tre.

– Qu’est-ce qu’un maí®tre ? Eh bien, je vous réponds : ce n’est pas celui qui enseigne quelque chose, mais celui qui pousse son élève í  donner le meilleur de lui-míªme afin de découvrir ce qu’il sait déjí . »

J’ai pressenti qu’Athéna avait déjí  fait cette expérience, bien qu’elle fí»t encore très jeune. Comme l’écriture révèle la personnalité, j’ai découvert qu’elle était consciente d’íªtre aimée, non seulement par son fils, mais par sa famille et éventuellement par un homme. J’ai découvert également qu’elle avait des dons mystérieux, et je n’ai jamais voulu le montrer, car ces dons pouvaient causer sa rencontre avec Dieu, mais aussi sa perdition.

Je ne me limitais pas í  lui enseigner la technique ; je m’efforí§ais aussi de lui transmettre la philosophie des calligraphes.

« La plume avec laquelle vous écrivez maintenant ces vers n’est qu’un instrument. Elle n’a aucune conscience, elle suit le désir de celui qui la tient. Et en cela elle ressemble beaucoup í  ce que nous appelons la “vie”. Beaucoup de gens dans ce monde ne font que jouer un rí´le, sans comprendre qu’il existe une Main invisible qui les guide.

« En ce moment, dans vos mains, dans le pinceau qui trace chaque lettre, se trouvent toutes les intentions de votre í¢me. Essayez d’en comprendre l’importance.

– Je comprends, et je vois qu’il est important de conserver une certaine élégance, puisque vous exigez que je m’assoie dans une position déterminée, que je révère le matériel que je vais utiliser, et que je ne commence pas avant. »

Bien sí»r. Dans la mesure oí¹ elle respectait le pinceau, elle découvrait que la sérénité et l’élégance étaient nécessaires pour apprendre í  écrire. Et la sérénité vient du cÅ“ur.

« L’élégance n’est pas une chose superficielle, mais le moyen qu’a trouvé l’homme pour honorer la vie et le travail. Ainsi, quand vous sentez que votre posture vous incommode, ne pensez pas qu’elle est incorrecte ou artificielle : elle est juste parce qu’elle est difficile. Elle fait que le papier comme la plume se sentent fiers de votre effort. Le papier cesse d’íªtre une surface plane et incolore, et il acquiert la profondeur de tout ce qui est placé dessus.

« L’élégance est la posture la plus adéquate pour que l’écriture soit parfaite. Il en va de míªme pour la vie : quand le superflu est écarté, l’íªtre humain découvre la simplicité et la concentration. Plus simple et plus sobre est la posture, plus belle elle sera, míªme si au début elle paraí®t inconfortable. »

De temps í  autre, elle me parlait de son travail. Elle disait qu’elle était enthousiasmée par ce qu’elle faisait et qu’elle venait de recevoir une proposition d’un puissant émir. Celui-ci s’était rendu í  la banque pour voir un ami qui était directeur (les émirs ne vont jamais dans les banques pour retirer de l’argent, ils ont pour cela beaucoup de domestiques), et en bavardant avec elle, il avait signalé qu’il cherchait quelqu’un pour s’occuper de vente de terrains et qu’il aurait aimé savoir si elle était intéressée.

Qui aurait pu íªtre intéressé par l’achat de terrains en plein désert, ou dans un port qui n’était pas au centre du monde ? J’ai décidé de ne faire aucun commentaire ; rétrospectivement, je suis content d’avoir gardé le silence. Une seule fois elle a parlé de l’amour d’un homme. Chaque fois que des touristes arrivaient pour dí®ner et la trouvaient lí , ils cherchaient í  la séduire d’une manière ou d’une autre. Normalement, Athéna ne faisait míªme pas attention, jusqu’au jour oí¹ l’un d’eux a insinué qu’il connaissait son petit ami. Elle a pí¢li, et elle s’est tournée immédiatement vers son fils, qui heureusement ne s’intéressait pas du tout í  la conversation.

« D’oí¹ le connaissez-vous ?

– Je plaisante, a dit l’homme. Je voulais seulement savoir si vous étiez libre. »
Elle n’a pas répondu, mais j’ai compris qu’il y avait un homme dans sa vie, qui n’était pas le père du gamin.

Un jour, elle est arrivée plus tí´t que d’habitude. Elle a dit qu’elle avait quitté son emploi í  la banque, qu’elle s’était mise í  vendre des terrains, et qu’ainsi elle aurait davantage de temps libre. Je lui ai expliqué que je ne pouvais pas lui donner de leí§on avant l’heure fixée, que j’avais un tas de choses í  faire.

« Je peux joindre les deux choses : mouvement et quiétude, joie et concentration. »

Elle est allée jusqu’í  sa voiture prendre son magnétophone, et í  partir de ce moment, Athéna dansait dans le désert avant le début des leí§ons, tandis que l’enfant courait en souriant autour d’elle. Lorsqu’elle s’asseyait pour pratiquer la calligraphie, sa main était plus assurée que d’ordinaire.

« Il existe deux types de lettres, expliquais-je. La première est faite avec précision, mais sans í¢me. Dans ce cas, míªme si le calligraphe maí®trise parfaitement la technique, il s’est concentré exclusivement sur le métier – alors, il n’a pas évolué, il est devenu répétitif, il n’a pas réussi í  progresser, et un jour il laissera tomber l’exercice de l’écriture, pensant que tout s’est transformé en routine.

« Le second type, c’est la lettre faite avec de la technique, mais avec l’í¢me également. Pour cela, il faut que l’intention de celui qui écrit soit en accord avec le mot ; dans ce cas, les vers les plus tristes perdent leur apparence tragique et ils deviennent de simples faits qui se trouvent sur notre chemin.

– Que faites-vous de vos dessins ? » a demandé le petit, dans un arabe parfait. Bien qu’il ne comprí®t pas notre conversation, il faisait son possible pour participer au travail de sa mère.

« Je les vends.

– Je peux vendre mes dessins ?

– Tu dois vendre tes dessins. Un jour tu seras riche, et tu aideras ta mère. »

Il était content de ma réplique, et il est retourné í  ce qu’il était en train de faire, un papillon de toutes les couleurs.

« Et qu’est-ce que je fais de mes textes ? a demandé Athéna.

– Vous savez l’effort que cela vous a coí»té de vous asseoir dans la position correcte, apaiser votre í¢me, clarifier votre intention, respecter chaque lettre de chaque mot. Mais, pour le moment, continuez simplement í  pratiquer.

« Après beaucoup de pratique, nous ne pensons plus í  tous les mouvements nécessaires : ils font désormais partie de notre propre existence. Mais avant de parvenir í  cet état, il faut s’entraí®ner, répéter. Et comme si cela ne suffisait pas, il faut répéter et s’entraí®ner.

« Observez un bon forgeron qui travaille le fer. Pour l’Å“il mal entraí®né, il répète les míªmes coups de marteau.

« Mais celui qui connaí®t l’art de la calligraphie sait que chaque fois qu’il soulève le marteau et le fait redescendre, l’intensité du coup est différente. La main répète le míªme geste, mais í  mesure qu’elle s’approche du fer, elle comprend si elle doit le frapper durement ou le toucher délicatement. Il en est ainsi de la répétition : ce qui paraí®t la míªme chose est toujours différent.

« Le moment viendra oí¹ vous n’aurez plus besoin de penser í  ce que vous íªtes en train de faire. Vous serez la lettre, l’encre, le papier et le mot. »

Ce moment est arrivé presque un an plus tard. í€ ce moment-lí , Athéna était déjí  connue í  Dubaí¯, elle m’envoyait des clients pour dí®ner dans mon échoppe, et j’ai compris par leur intermédiaire que sa carrière marchait très bien : elle vendait des morceaux de désert ! Un soir, précédé de toute sa suite, est apparu l’émir en personne. Je me suis affolé ; je n’étais pas préparé pour le recevoir, mais il m’a tranquillisé et m’a remercié pour ce que je faisais pour son employée.

« C’est une excellente personne, et j’attribue ses qualités í  ce qu’elle apprend de vous. Je pense lui donner une part dans la société. Peut-íªtre serait-il bon que j’envoie mes vendeurs apprendre la calligraphie, surtout maintenant qu’Athéna doit prendre un mois de vacances.

– Cela n’avancerait í  rien, ai-je répondu. La calligraphie est seulement l’un des moyens qu’Allah – que Son Nom soit loué ! – a placés devant nous. Elle enseigne l’objectivité et la patience, le respect et l’élégance, mais nous pouvons apprendre tout cela…

-… dans la danse, a complété Athéna, qui était près de moi.

– Ou en vendant des immeubles », ai-je conclu.

Quand ils sont tous partis, quand le gamin s’est allongé dans un coin de la tente, les yeux se fermant presque de sommeil, j’ai apporté le matériel de calligraphie et je lui ai demandé d’écrire quelque chose. Au milieu du mot, j’ai retiré la plume de sa main. Il était temps de dire ce qui devait íªtre dit. J’ai suggéré que nous marchions un peu dans le désert.

« Vous avez déjí  appris ce dont vous aviez besoin, ai-je déclaré. Votre calligraphie est de plus en plus personnelle, spontanée. Ce n’est plus une simple répétition de la beauté, mais un geste de création personnelle. Vous avez compris ce que les grands peintres comprennent : pour oublier les règles, il faut les connaí®tre et les respecter.

« Vous n’avez plus besoin des instruments qui vous ont permis d’apprendre. Vous n’avez plus besoin du papier, de l’encre, de la plume, parce que le chemin est plus important que ce qui vous a mise en marche. Un jour, vous m’avez raconté que la personne qui vous a appris í  danser imaginait des musiques dans sa tíªte – et pourtant, elle était capable de répéter les rythmes nécessaires et précis.

– Exactement.

– Si les mots étaient tous attachés, ils n’auraient pas de sens, ou cela compliquerait beaucoup votre compréhension ; il est nécessaire qu’il y ait des espaces. »

Elle a acquiescé de la tíªte.

« Et bien que vous maí®trisiez les mots, vous ne maí®trisez pas encore les espaces blancs. Votre main, quand elle est concentrée, est parfaite. Quand elle saute d’un mot í  l’autre, elle se perd.

– Comment le savez-vous ?

– Ai-je raison ?

– Vous avez tout í  fait raison. En quelques fractions de seconde, avant de me concentrer sur le mot suivant, je me perds. Des choses auxquelles je ne veux pas penser me dominent avec insistance.

– Et vous savez exactement ce que c’est. »

Athéna savait, mais elle n’a rien dit, jusqu’í  ce que nous soyons revenus í  la tente et qu’elle ait pu prendre son fils endormi dans ses bras. Ses yeux semblaient pleins de larmes, míªme si elle faisait son possible pour se contrí´ler.

« L’émir a dit que vous alliez prendre des vacances. »

Elle a ouvert la porte de la voiture, elle a mis la clé de contact et enclenché le démarreur. Pour quelques instants, seul le bruit du moteur rompait le silence du désert.

« Je sais de quoi vous parlez, a-t-elle dit finalement. Quand j’écris, quand je danse, je suis guidée par la Main qui a tout créé. Quand je regarde Viorel endormi, je sais qu’il sait qu’il est le fruit de mon amour pour son père, míªme si je ne le vois plus depuis un an. Mais moi… »

Elle est retombée dans le silence. Le silence qui était l’espace blanc entre les mots.

«… Mais moi, je ne connais pas la main qui m’a bercée pour la première fois. La main qui m’a inscrite dans le livre de ce monde. »

J’ai seulement hoché la tíªte en signe d’affirmation.

« Vous pensez que c’est important ?

– Pas toujours. Mais dans votre cas, tant que vous n’aurez pas touché cette main, vous n’améliorerez pas… disons… votre calligraphie.

– Je ne crois pas qu’il soit nécessaire de découvrir quelqu’un qui ne s’est jamais donné la peine de m’aimer. »

Elle a fermé la portière, elle a souri, et elle a fait démarrer la voiture. Malgré les mots qu’elle venait de prononcer, je savais quelle serait sa prochaine étape.

Le prochain chapitre sera en ligne le 04.05.2007

Decimo Capitolo

Peter Sherney, 47 anni, direttore generale di una filiale della Bank of (cassato) di Holland Park, Londra

Assunsi Athena solo perché la sua famiglia era tra i nostri clienti pií¹ importanti – in fin dei conti, il mondo gira intorno a interessi reciproci. Poiché si mostrí² piuttosto “esagitata”, le assegnai un lavoro noioso, ripetitivo, nella dolce speranza che arrivasse a dare le dimissioni: in tal modo, avrei potuto dire a suo padre che avevo tentato di aiutarla, ma senza successo.

La mia esperienza di direttore di banca mi aveva insegnato a conoscere lo stato d’animo delle persone, anche di quelle che non si esprimono direttamente. Lo avevo appreso in un corso per dirigenti: “Se vuoi liberarti di qualcuno, fa’ di tutto perché finisca per mancarti di rispetto, e cosí¬ potrai licenziarlo per giusta causa.”

Mi impegnai al limite per raggiungere questo scopo con Athena. Poiché non dipendeva dallo stipendio per mantenersi, avrebbe finito per realizzare che lo sforzo di svegliarsi presto, lasciare il figlio a casa della madre, lavorare l’intera giornata con una mansione alienante, tornare a prendere il bambino, andare al supermercato, occuparsi della sua creatura, metterla a letto e farla addormentare e poi, l’indomani, passare altre tre ore sui mezzi di trasporto ecc…. era assolutamente superfluo, visto che esistevano altre maniere – pií¹ interessanti – di trascorrere le giornate. A poco a poco, lei divenne sempre pií¹ irritabile, e io mi sentii orgoglioso della mia strategia: ce l’avrei fatta. Comincií² a lamentarsi del luogo dove abitava, raccontando che il proprietario del suo appartamento aveva l’abitudine di suonare una musica a volume altissimo durante la notte, per cui ormai non riusciva a dormire bene.

All’improvviso, qualcosa cambií². Dapprima, solo in Athena. E, subito dopo, in tutta l’agenzia.

Come potrei definire questo cambiamento? Be’, un gruppo di persone che lavora insieme è come un’orchestra: un buon direttore è il maestro e sa qual è lo strumento stonato, quale trasmette pií¹ emozione e quale si limita a seguire il resto del gruppo. Athena sembrava suonare il proprio strumento senza alcun entusiasmo: appariva sempre distante, non condivideva mai con i colleghi le gioie o le tristezze della sua vita privata, lasciando intendere che, all’uscita dal lavoro, occupava il tempo nella cura del figlio – nient’altro. Fino al momento in cui comincií² a mostrarsi pií¹ riposata, pií¹ comunicativa: raccontava a chiunque volesse ascoltarla di aver scoperto un sistema per ringiovanire.

Ovviamente, questa è una parola magica: “ringiovanire”. Provenendo da una persona di appena ventun anni, suonava del tutto fuori luogo. Comunque, i colleghi le credettero, e cominciarono a chiederle il segreto di tale formula.

La sua efficienza aumentí² – le sue mansioni non erano cambiate. E i colleghi, che prima si limitavano al buongiorno e alla buonasera, iniziarono a invitarla a pranzo. Quando tornavano, sembravano tutti particolarmente sereni – e la produttivití  dell’agenzia fece un gigantesco balzo in avanti.

Poiché so che le persone innamorate finiscono per influenzare l’ambiente in cui si muovono, dedussi immediatamente che Athena doveva aver incontrato qualcuno di molto importante per la sua vita.

Glielo domandai. Lei mi rispose affermativamente, aggiungendo che non era mai uscita con un cliente prima di allora ma, in questo caso, era stato impossibile rifiutare l’invito. In una situazione normale, avrei dovuto licenziarla in tronco – le regole della banca erano chiare: ogni contatto personale con i clienti era perentoriamente proibito. Ma, a quell’epoca, mi ero gií  accorto che il suo comportamento aveva contagiato praticamente tutti: alcuni colleghi cominciarono a incontrarsi con lei dopo il lavoro e, per quanto ne so, almeno due o tre andarono a casa sua.

Era una situazione molto pericolosa: la giovane tirocinante, senza alcuna precedente esperienza lavorativa, prima timida e talvolta aggressiva, era divenuta una sorta di leader naturale dei miei impiegati. Se l’avessi licenziata, avrebbero pensato che il mio gesto fosse dettato da gelosia – e io avrei perduto il loro rispetto. Se l’avessi mantenuta in servizio, avrei corso il rischio di perdere in pochi mesi il controllo del gruppo.

Decisi di aspettare qualche tempo. Intanto, l'”energia” – detesto questa parola perché, in realtí , non identifica niente di concreto: al limite, stiamo parlando di elettricití  – … l'”energia” dell’agenzia inizií² ad aumentare. I clienti sembravano pií¹ soddisfatti e presero a consigliarla ad amici. Gli impiegati erano contenti e, malgrado il lavoro fosse raddoppiato, non fui costretto ad assumere altro personale, visto che tutti riuscivano a portare a termine i loro lavori.

Un giorno, ricevetti una lettera dei miei superiori. Mi chiedevano di andare a Barcellona, dove si sarebbe svolta una convention del gruppo, per spiegare il metodo lavorativo che stavo applicando. Secondo loro, ero riuscito ad aumentare i profitti senza incrementare le spese, e questa è l’unica cosa che interessa ai dirigenti – in tutto il mondo, detto fra parentesi.

Quale metodo?

Il mio unico merito avrebbe potuto essere quello di sapere dove tutto aveva avuto inizio, e cosí¬ decisi di convocare Athena nel mio ufficio. Le feci i complimenti per l’eccellente produttivití ; mi ringrazií² con un sorriso.

Mi rivolsi a lei con cautela, giacché non volevo essere male interpretato:

“Come va con il tuo fidanzato? Ho sempre pensato che chi riceve amore finisce per dare ancora pií¹ amore. Che cosa fa?”

“Lavora a Scotland Yard (N.d.R.: dipartimento investigativo della polizia metropolitana di Londra autorizzato a operare in tutta la Gran Bretagna).”

Preferii non addentrarmi nei dettagli. Tuttavia dovevo continuare quella conversazione a ogni costo: non avevo tempo da perdere.

“Ho notato un grande cambiamento in te, e…”

“Si è accorto di un grande cambiamento nell’agenzia?”

Come rispondere a una domanda del genere? Da una parte, forse le stavo concedendo pií¹ potere di quanto sarebbe stato consigliabile; ma, dall’altra, se la mia mossa non avesse funzionato, non avrei mai avuto le informazioni di cui abbisognavo.

“Sí¬, ho notato un enorme cambiamento. E sto pensando di promuoverti.”

“Ho bisogno di viaggiare. Voglio andarmene per qualche tempo da Londra, voglio conoscere nuovi orizzonti.”

Viaggiare? Ora che tutto funzionava a meraviglia nell’ambiente di lavoro, lei voleva andarsene? Ma, a pensarci meglio, non era proprio questa partenza che mi serviva e desideravo?

“Potrei aiutare la banca, se mi desse maggiori responsabilití ,” proseguí¬ lei.

Recepito – e lei mi stava dando un’eccellente opportunití . Com’è che non ci avevo pensato prima? “Viaggiare” significava allontanarla, riprendermi la leadership, senza dover sostenere i costi di un licenziamento o di una ribellione. Comunque, avrei dovuto riflettere su quell’eventualití , perché prima di aiutare la banca, lei doveva soccorrere me. Ora che i miei capi avevano preso coscienza della crescita di produttivití , sapevo che dovevo mantenere quel livello, altrimenti avrei rischiato di perdere il mio prestigio e di ritrovarmi in una posizione peggiore rispetto al passato. A volte, mi sembra di capire perché gran parte dei miei colleghi non si impegnano per migliorare: se mancano quell’obiettivo, vengono tacciati di incompetenza. Se lo raggiungono, sono obbligati a crescere sempre, e finiscono i loro giorni con un bell’infarto.

Sempre cautamente, continuai nella mia strategia: non è consigliabile spaventare l’altro prima che questi riveli il segreto che ci interessa – è meglio fingersi d’accordo con l’interlocutore.

“Tenterí² di far pervenire la tua richiesta ai miei superiori. A proposito, li incontrerí² a Barcellona, ed è proprio per questo che ho deciso di chiamarti. Potrei essere smentito, se dicessi che i nostri profitti sono migliorati da quando… gli altri hanno cominciato ad avere un rapporto migliore con te?”

“Un rapporto migliore con se stessi, direi.”

“Sí¬. Ma determinato da te. O mi sbaglio?”

“Lei sa di non sbagliarsi.”

“Hai forse letto qualche libro di management che non conosco?”

“Non è il mio genere di letture. Comunque, vorrei che mi promettesse che prenderí  seriamente in considerazione la mia richiesta.”

Pensai al fidanzato che lavorava a Scotland Yard: se avessi promesso senza mantenere, sarei stato oggetto di una rappresaglia? Che le avesse insegnato qualche tecnica d’avanguardia, con cui ottenere risultati altrimenti impossibili?

“Posso raccontarle tutto, anche se non manterrí  la promessa. Ma non sono sicura che otterrí  un risultato, se non applicherí  cií² che le sto insegnando.”

“La famosa ‘tecnica di ringiovanimento’?”

“Proprio questo.”

“Ma non sarí  sufficiente conoscerla solo in teoria: leggerla e non praticarla?!”

“Forse. In effetti, è grazie ad alcuni fogli di carta che è arrivata a chi me l’ha insegnata.”

Fui contento che non mi stesse forzando a prendere decisioni al di lí  delle mie possibilití  e dei miei principi. Ma, in fondo, devo confessare che rintracciavo anche un qualche interesse personale in questa storia, giacché sognavo di utilizzare il mio potenziale in modo differente. Dopo che le ebbi promesso di fare tutto il possibile per esaudire la sua richiesta, Athena comincií² a parlare di una danza esoterica alla ricerca di un certo Vertice – o Asse, ora non ricordo bene. A mano a mano che la nostra conversazione proseguiva, io cercavo di valutare in maniera oggettiva le sue riflessioni allucinate. Un’ora non fu sufficiente, sicché le chiesi di tornare l’indomani. Preparammo insieme la relazione da presentare alla direzione della banca. A un certo punto del lavoro, lei mi disse, sorridendo:

“Non abbia timore di scrivere qualcosa che si avvicina sensibilmente a cií² di cui stiamo parlando. Anche la direzione di una banca è costituita da persone come noi – gente in carne e ossa – che saranno interessatissime a una procedura non convenzionale.”

Su questo, Athena era completamente in errore: in Inghilterra, le tradizioni hanno sempre una forza maggiore rispetto alle innovazioni. Ma che costava rischiare un po’, purché cií² non mettesse in pericolo il mio impiego? Poiché la faccenda mi sembrava del tutto assurda, era necessario riassumerla e presentarla in una forma che tutti potessero comprendere. Sí¬, bastava questo.

Prima del mio intervento alla convention di Barcellona, per tutta la mattina mi ripetei: “Il ‘mio’ procedimento sta dando dei risultati, e questa è l’unica cosa che importa.” In precedenza avevo letto alcuni manuali, scoprendo che per presentare un’idea nuova con il massimo impatto possibile bisogna strutturare un discorso che provochi l’uditorio. Ecco perché la prima cosa che dissi ai dirigenti della societí  riuniti in un lussuoso albergo fu una frase di San Paolo: “Dio nascose le cose pií¹ importanti ai saggi, perché essi non riescono a capire cií² che è semplice, e decise di rivelarle ai semplici di cuore” (N.d.R.: è impossibile sapere se si riferisca specificamente a una citazione dell’evangelista Matteo [11, 25] che dice: “Rendo grazie a Te, o Padre, Signore del cielo e della terra, perché hai celato queste cose ai saggi e le hai rivelate ai piccoli”, oppure a una frase di Paolo [Cor. 1, 27]: “Ma Dio scelse le cose folli di questo mondo per confondere quelle sagge; e Dio scelse le cose deboli di questo mondo per confondere quelle forti”).

Quando pronunciai questa frase, tutti i presenti, che avevano passato due giorni ad analizzare grafici e statistiche, ammutolirono. Pensai di aver perso il lavoro, ma decisi di continuare. Primo, perché avevo compiuto alcune ricerche sull’argomento, ero sicuro di quello che dicevo e, di conseguenza, meritavo un certo credito. Secondo, perché, anche se in taluni passi ero costretto a omettere l’enorme influenza di Athena nell’intero processo, non stavo mentendo.

“Ho scoperto che, per motivare i dipendenti, oggigiorno è necessario qualcosa di pií¹ dell’ottimo addestramento impartito nei nostri centri di formazione. Ciascuno di noi possiede una parte sconosciuta che, quando si rivela, è in grado di compiere miracoli.

“Tutti noi lavoriamo per un motivo: nutrire i figli, guadagnare il denaro per mantenersi, giustificare la propria vita, ottenere un certo potere. Tuttavia questo percorso presenta alcune fasi noiose: ecco, il segreto consiste proprio nel trasformare questi periodi in un incontro con se stessi, o con una presenza pií¹ elevata.

“Per esempio, non sempre la ricerca della bellezza è associata alla praticití , eppure noi la perseguiamo come se si trattasse della cosa pií¹ importante del mondo. Gli uccelli imparano a cantare, ma il canto non li aiuterí  a procurarsi il cibo, a evitare i predatori o ad allontanare i parassiti. Gli uccelli cantano perché, secondo Darwin, soltanto in questo modo riescono ad attirare il partner e a perpetuare la specie.”

Fui interrotto da un dirigente di Ginevra, che reclamí² una trattazione pií¹ oggettiva. Ma il direttore generale mi incoraggií² a proseguire, e questo mi entusiasmí².

“Sempre secondo Darwin, autore di un testo che ha cambiato il corso dell’umanití  (N.d.R.: L’origine delle specie, 1871, in cui dimostra che l’uomo è un’evoluzione naturale di un tipo di scimmia), coloro che riescono a risvegliare delle passioni non fanno che ripetere qualcosa che accade fin dai tempi delle caverne, allorché i riti del corteggiamento erano fondamentali perché la specie umana potesse sopravvivere ed evolversi. Ma esiste una qualche differenza tra l’evoluzione dell’uomo e quella di un’agenzia bancaria? Nessuna. Entrambe obbediscono alle medesime leggi: una di esse recita che solo i pií¹ capaci sopravvivono e si sviluppano.”

A quel punto, fui costretto ad accennare al fatto che avevo elaborato queste idee grazie alla collaborazione spontanea di una delle mie impiegate, Sherine Khalil.

“Sherine, che ama farsi chiamare Athena, ha determinato un nuovo tipo di comportamento sul posto di lavoro: la passione. Proprio cosí¬, la passione – qualcosa che non si prende mai in considerazione quando si parla di prestiti o diagrammi di spesa. I miei impiegati hanno cominciato a utilizzare la musica come uno stimolo per servire meglio i clienti.”

Un altro dirigente mi interruppe: disse che si trattava di un’idea vecchia – era la strategia usata dai supermercati, che si servivano di melodie per indurre il cliente ad acquistare.

“Non ho detto che è stata introdotta la musica negli ambienti dell’agenzia. Gli impiegati hanno cominciato a vivere in maniera diversa perché Sherine – o Athena, se preferite – ha insegnato loro a danzare prima di affrontare il lavoro quotidiano. Non so esattamente quale sia il meccanismo che si attivi nelle persone: come direttore, sono responsabile soltanto dei risultati – di certo, non del processo. Io non ho danzato. Tuttavia ho capito che, attraverso quel tipo di pratica, tutti si identificavano maggiormente con le loro mansioni.

“Noi nasciamo, cresciamo e veniamo educati secondo la massima: ‘Il tempo è denaro.’ Sappiamo esattamente che cos’è il denaro, ma qual è il significato della parola ‘tempo’? Il giorno comprende ventiquattro ore – e un’infinití  di momenti. Dobbiamo avere coscienza di ogni minuto, saper approfittare di esso per quello che stiamo facendo oppure per immergerci nella contemplazione della vita. Se rallentiamo, tutto dura pií¹ a lungo – sí¬, anche il lavaggio dei piatti, o la somma degli attivi e dei passivi, o la compilazione dei rapporti di credito, o il conteggio delle cambiali… Ma perché non usarlo per pensare a cose gradevoli, per gioire del fatto di essere vivi?”

L’amministratore delegato mi guardava stupito. Sono sicuro che desiderava che continuassi a spiegare dettagliatamente cií² che avevo appreso, ma alcuni dei presenti cominciavano a mostrarsi insofferenti.

“Capisco perfettamente quello che vuole dire,” commentí² l’amministratore delegato. “I suoi impiegati hanno cominciato a svolgere il lavoro con maggior entusiasmo perché disponevano di alcuni momenti della giornata per entrare in contatto con il proprio intimo. Vorrei complimentarmi con lei per essere stato cosí¬ flessibile da consentire l’applicazione di insegnamenti non ortodossi – che, comunque, stanno dando risultati eccellenti.

“Ma poiché ci troviamo in una convention e stiamo parlando del valore del tempo, voglio ricordarle che ha solo cinque minuti per concludere il suo intervento. íˆ in grado di elaborare una lista dei punti fondamentali che ci consenta di applicare questi principi anche in altre agenzie?”

Una richiesta giustificata. Che si sarebbe potuta rivelare positiva per il lavoro, ma fatale per la mia carriera. Fu cosí¬ che decisi di riassumere quello che avevo scritto con Athena.

“Basandomi su alcune osservazioni personali, ho elaborato alcuni punti insieme a Sherine Khalil: con grande piacere, ne discuterí² con chiunque sia interessato. Ecco quelli principali:

“A] Tutti noi possediamo un talento sconosciuto, che rimarrí  tale per sempre. Comunque, puí² diventare un nostro alleato. Poiché è impossibile misurarlo o attribuirgli un valore economico, quel talento non viene mai preso in considerazione. Ma ora mi sto rivolgendo a persone attente, e sono sicuro che ciascuno di voi comprenderí  il senso delle mie parole – perlomeno in teoria.

“B] Nella mia agenzia, questo talento è stato attivato attraverso una danza basata su un ritmo che – se non m’inganno – proviene dai deserti dell’Asia: comunque, il suo luogo d’origine è irrilevante. L’importanza risiede nel fatto che le persone possono esprimere con il proprio corpo cií² che l’anima intende comunicare. So che la parola ‘anima’ puí² essere male interpretata in questa sede, quindi vi suggerisco di sostituirla con ‘intuizione’. E se anche questo vocabolo risultasse difficilmente accettabile, vi consiglio di usare l’espressione ’emozioni primarie’, che possiede una connotazione pií¹ scientifica, anche se ha un significato riduttivo rispetto ai termini precedenti.

“C] Ho esortato i miei impiegati a danzare almeno un’ora prima di venire al lavoro, magari sostituendo con questa pratica la ginnastica o gli esercizi di aerobica. íˆ qualcosa che stimola il corpo e la mente: in tal modo, tutti iniziano la giornata imponendo a se stessi la creativití ; poi usano le energie accumulate per lo svolgimento delle loro mansioni in agenzia.

“D] I clienti e gli impiegati vivono nel medesimo mondo: la realtí  non è altro che una serie di stimoli elettrici nel nostro cervello. Quello che si pensa di ‘vedere’ è solo una scarica di energia in una zona completamente oscura della testa. Di conseguenza, quando si entra in sintonia con cií² che ci circonda, si puí² tentare di modificare la realtí . In qualche modo per me incomprensibile, la gioia è contagiosa, al pari dell’entusiasmo e dell’amore. O come la tristezza, la depressione e l’odio – sentimenti che possono essere percepiti ‘intuitivamente’ dai clienti e da altri impiegati. Per migliorare il profitto è indispensabile creare dei meccanismi che rendano sempre disponibili questi stimoli positivi.”

“Molto esoterico” fu il commento di una donna, la responsabile dei fondi azionari di un’agenzia canadese.

Persi un po’ della mia compostezza – non ero riuscito a convincere nessuno. Finsi di ignorare il suo commento e, utilizzando la creativití , azzardai una conclusione tecnica:

“La banca dovrebbe destinare una certa somma per la ricerca sulla maniera in cui si propaga quel ‘contagio’, si rivela quel talento: in tal modo, si otterrebbero profitti decisamente superiori.”

Quel finale mi sembrí² abbastanza soddisfacente, e cosí¬ preferii non utilizzare i due minuti che ancora mi restavano. Al termine della convention, dopo una giornata estenuante, l’amministratore delegato mi invití² a cena – lo fece davanti a tutti, come se volesse dimostrare che appoggiava le mie affermazioni. Poiché era la prima volta che avevo una grande opportunití , cercai di approfittarne. Cominciai a parlare di adempimenti, diagrammi, difficoltí  nelle operazioni di Borsa, nuovi mercati. Ma lui m’interruppe: era pií¹ interessato a conoscere cií² che avevo appreso da Athena.

Alla fine, con mia grande sorpresa, spostí² la conversazione su argomenti personali.

“So a che cosa si stava riferendo nel suo intervento, quando ha accennato al tempo. All’inizio di quest’anno, mentre mi stavo godendo le ferie, decisi di sedermi nel giardino di casa mia. Recuperai il giornale dalla cassetta della posta: niente di importante, soltanto le notizie che, secondo i giornalisti, dobbiamo conoscere e seguire, e sulle quali ci è richiesto di prendere posizione.

“Mi balení² l’idea di telefonare a qualcuno del mio staff, ma sarebbe stata un’assurdití : tutti erano con la famiglia. A mezzogiorno, pranzai con mia moglie, i figli e i nipoti. Schiacciai un pisolino; poi, quando mi svegliai, presi alcuni appunti. All’improvviso, mi resi conto che erano soltanto le due del pomeriggio. Avevo davanti altri tre giorni senza lavoro e, per quanto amassi molto stare in famiglia, cominciai a sentirmi inutile.

“Approfittando del tempo libero, l’indomani mi sottoposi a un check-up dell’apparato digerente che, per fortuna, non evidenzií² nulla di grave. Andai dal dentista: nessun problema nemmeno in bocca. Pranzai di nuovo con mia moglie, i figli e i nipoti. Come il giorno precedente, riposai e mi svegliai alle due, prendendo coscienza che non avevo assolutamente niente su cui concentrare la mia attenzione.

“Ne fui spaventato: non avrei dovuto fare qualcosa? Se si vuole trovare un modo per occupare il tempo, non servono molti sforzi – ci sono sempre progetti da sviluppare, lampadine da sostituire, foglie secche da spazzare, libri da riordinare, file del computer da sistemare ecc. Ma come affrontare il vuoto totale? Fu in quel momento che mi ricordai di qualcosa che reputai estremamente importante: dovevo andare alla buca delle lettere – che si trova a un chilometro dalla mia casa di campagna – per imbucare alcuni biglietti di auguri che avevo dimenticato sul tavolo.

“Rimasi sorpreso: perché devo spedire questi biglietti oggi? íˆ forse impossibile rimanere senza far niente?

“Una serie di pensieri mi affollí² la mente: amici che si preoccupano per cose non ancora accadute, conoscenti che sanno riempire ogni minuto della propria vita con incombenze che mi sembrano assurde, conversazioni senza senso, telefonate che non comunicano niente di rilevante. Ho visto i miei direttori inventarsi del lavoro per giustificare le proprie cariche; impiegati assaliti dalla paura perché quel giorno non hanno niente di importante da fare, e questo potrebbe significare che non sono pií¹ utili all’azienda. Mia moglie si rode perché mio figlio ha divorziato; mio figlio si tortura perché mio nipote ha preso dei voti bassi a scuola; mio nipote si angoscia perché rattrista i genitori – anche se sappiamo tutti che i voti scarsi non sono particolarmente gravi.

“Intrapresi una lunga e ardua lotta con me stesso per non alzarmi dal posto in cui mi trovavo. A poco a poco, l’ansia cedette il passo alla contemplazione, e mi parve di udire la mia anima – o ‘intuizione’, o ’emozioni primarie’, a seconda di quello in cui si crede. In qualsiasi caso, questa parte di me aveva una voglia tremenda di conversare, ma io ero sempre occupato.

“In questo frangente non fu la danza, bensí¬ la completa assenza di rumore e di movimento – il silenzio – che mi permise di entrare in contatto con me stesso. E, mi creda, ho appreso moltissime cose sui problemi che mi assillavano – anche se, mentre me ne stavo seduto lí¬, quei crucci si erano allontanati. Non vidi Dio, no, ma realizzai pií¹ chiaramente le decisioni da prendere.”

Prima di pagare il conto, mi suggerí¬ di mandare quell’impiegata a Dubai: la banca stava aprendo una nuova filiale laggií¹, e si dovevano affrontare grandi sfide. Da grande dirigente, sapeva che avevo gií  imparato tutto cií² che serviva, e ora si trattava soltanto di garantire una certa continuití  – l’impiegata sarebbe potuta essere pií¹ utile altrove. Senza saperlo, mi stava aiutando a mantenere la promessa che avevo fatto.

Quando tornai a Londra, comunicai immediatamente ad Athena la possibilití  del trasferimento. Accettí² all’istante: disse che parlava arabo piuttosto bene (lo sapevo, per via delle origini di suo padre). Comunque, noi non intendevamo concludere affari con gli arabi, bensí¬ con gli stranieri. La ringraziai per l’aiuto che mi aveva dato nella preparazione dell’intervento, ma lei non dimostrí² alcuna curiosití  riguardo alla convention: si limití² a domandami quando doveva preparare le valigie.

Ancora oggi non so se la storia del fidanzato di Scotland Yard fosse soltanto una fantasia. Penso che, se avesse avuto un fondamento di verití , l’assassino di Athena sarebbe gií  in galera – perché non credo a una parola di quello che i giornali raccontarono a proposito del delitto. Insomma, posso intendermene di ingegneria finanziaria, posso persino concedermi il lusso di dire che la danza aiuta gli impiegati di banca a lavorare meglio, ma non riuscirí² mai a comprendere perché la migliore polizia del mondo arresta alcuni assassini e ne lascia in libertí  altri.

Questo, comunque, ormai non fa pií¹ differenza.

Il prossimo capitolo sarí  on-line: 02.05.07

“Cari lettori, poiché non parlo la vostra lingua, ho chiesto alla casa editrice di tradurre i vostri commenti. Le vostre considerazioni sul mio nuovo romanzo sono molto importanti per me.”

Con affetto, Paulo Coelho

Comme si c’était la première fois

Je veux croire que je vais regarder chaque jour comme si c’était la première fois. Voir les personnes qui m’entourent surpris et émerveillé, joyeux de découvrir qu’elles sont í  mes cí´tés pour partager quelque chose que l’on appelle amour, dont on parle beaucoup et que l’on comprend mal.

Je monterai dans le premier autobus qui passera, sans demander dans quelle direction il va, et je sauterai dès que j’apercevrai quelque chose qui attire mon attention. Je passerai près d’un mendiant qui me demandera une petite pièce. Je la lui donnerai peut-íªtre, peut-íªtre penserai-je qu’il va la dépenser en boisson, et je poursuivrai mon chemin – écoutant ses insultes, et comprenant que c’est sa manière de communiquer avec moi. Je passerai près d’un individu qui essaie de détruire une cabine téléphonique. Je tenterai peut-íªtre de l’en empíªcher, mais je comprendrai peut-íªtre qu’il fait cela parce qu’il n’a personne í  qui parler í  l’autre bout de la ligne, et cherche ainsi í  chasser sa solitude.

Je regarderai tout comme si c’était la première fois – surtout les petites objets auxquels je suis habitué, oubliant la magie qui m’entoure. Les touches de mon ordinateur, par exemple, qui bougent avec une énergie que je ne comprends pas. Le papier qui apparaí®t sur l’écran, et qui depuis longtemps ne se présente plus de manière physique, míªme si je crois écrire sur une feuille blanche, sur laquelle il est facile de corriger en appuyant simplement sur une touche. í€ cí´té de l’écran de l’ordinateur s’accumulent des papiers que je n’ai pas la patience de mettre en ordre, mais si je pense qu’ils cachent des nouveautés, toutes ces lettres, notes, coupures, reí§us, acquerront une vie propre, et ils auront de curieuses histoires – passées et í  venir – í  me raconter. Tellement de choses dans le monde, tellement de chemins parcourus, tellement d’entrées et de sorties dans ma vie.

Je vais mettre une chemise que je porte toujours et, pour la première fois, faire attention í  son étiquette et í  la faí§on dont elle a été cousue, et je vais tí¢cher d’imaginer les mains qui l’ont dessinée et les machines qui ont transformé ce dessin en un objet matériel, visible.

Et míªme les choses auxquelles je suis habitué – l’arc et les flèches, la tasse du petit déjeuner, les bottes qui sont devenues une extension de mes pieds après que je les ai beaucoup portées – seront revíªtues du mystère de la découverte. Tout ce que ma main touche, que mes yeux voient, que ma bouche goí»te, doit íªtre maintenant différent, míªme si rien n’a changé pendant des années. Ainsi, cessant d’íªtre une nature morte, ces choses me transmettront le secret de leur si longue présence auprès de moi, et le miracle des retrouvailles se manifestera par des émotions que la routine avait détruites.

Je veux regarder pour la première fois le soleil, si demain il fait soleil, les nuages, si demain le temps est nuageux. Au-dessus de ma tíªte, il y a un ciel auquel toute l’humanité, durant des milliers d’années d’observation, a déjí  donné une série d’explications raisonnables. Alors, j’oublierai tout ce que j’ai appris au sujet des étoiles, et elles redeviendront des anges, ou des enfants, ou n’importe quoi si j’ai envie d’y croire í  ce moment-lí .

Le temps et la vie ont tout rendu parfaitement compréhensible – et moi, j’ai besoin du mystère, du tonnerre, qui est la voix d’un dieu en colère et pas une simple décharge électrique qui provoque des vibrations dans l’atmosphère. Je veux remplir de nouveau ma vie de fantaisie, parce qu’un dieu en colère, c’est beaucoup plus curieux, terrifiant et intéressant qu’un phénomène physique.

Et enfin, je dois me regarder moi-míªme comme si j’étais pour la première fois en contact avec mon corps et mon í¢me. Je dois regarder cette personne qui marche, qui sent, qui parle comme n’importe quelle autre, m’étonner de ses gestes les plus simples, comme parler avec le facteur, ouvrir le courrier, contempler sa femme endormie í  ses cí´tés, se demandant í  quoi elle est en train de ríªver.

Ainsi, je resterai ce que je suis et ce qu’il me plaí®t d’íªtre, une surprise constante í  mes propres yeux. Ce moi qui n’a été créé ni par mon père ou ma mère, ni par mon école, mais par tout ce que j’ai vécu jusqu’í  ce jour, que j’ai subitement oublié et que je suis en train de redécouvrir.

Edizione nº 145: Come se fosse la prima volta

Voglio credere che guarderí² a ciascuno dei giorni come se fosse la prima volta. Che vedrí² le persone che mi circondano con sorpresa e stupore, felice di scoprire che sono lí­ accanto a me a condividere qualcosa che si chiama amore, di cui si parla molto, ma del quale si capisce ben poco.

Salirí² sul primo autobus che passa senza domandare in quale direzione sta andando, e scenderí² appena vedrí² qualcosa che attiri la mia attenzione. Passerí² accanto a un mendicante che mi chiederí  un’elemosina. Forse gliela darí², o forse penserí² che la spenderí  per bere e tirerí² avanti – udendo i suoi insulti e comprendendo che questo è il suo modo di comunicare con me. Passerí² accanto a qualcuno che sta tentando di distruggere una cabina telefonica. Forse cercherí² di impedirglielo, o forse comprenderí² che lo sta facendo perché non ha nessuno con cui parlare all’altro capo del filo e cerca cosí­ di fugare la solitudine.

Guarderí² tutto e tutti come se fosse la prima volta – soprattutto le piccole cose, alle quali mi sono ormai abituato, dimenticando la magia che mi circonda. I tasti del mio computer, per esempio, che si muovono con una energia che io non comprendo. Quella pagina che compare sullo schermo e che da tempo non si manifesta in maniera fisica, benché io sia convinto che sto scrivendo su un foglio bianco, dove è facile correggere solo premendo un tasto. Accanto allo schermo del computer si accumulano dei fogli che non ho la pazienza di riordinare, ma se penserí² che essi nascondono delle novití , tutte queste carte, questi appunti, questi ritagli, queste ricevute acquisteranno una vita propria e avranno tante storie curiose – del passato e del futuro – da raccontarmi. Tante cose nel mondo, tanti cammini percorsi, tante entrate e uscite dalla mia vita.

Indosserí² una camicia che sono solito usare sempre, ma per la prima volta presterí² attenzione alla sua etichetta, a come è stata cucita, e cercherí² di immaginare le mani che l’hanno disegnata e le macchine che hanno trasformato quel disegno in qualcosa di materiale, di visibile.

E persino le cose alle quali sono abituato – come l’arco e le frecce, la tazzina del caffè, gli stivali che si sono trasformati in un’estensione dei miei piedi dopo tanto uso – si rivestiranno del mistero della scoperta. Che tutto cií² che la mia mano toccherí , che i miei occhi vedranno, che la mia bocca proverí  sia diverso ora, anche se per molti anni è stato uguale. Cosí­, tutto cií² cesserí  di essere una natura morta e comincerí  a trasmettermi il segreto di aver trascorso con me tanto tempo e manifesterí  il miracolo di un nuovo incontro con certe emozioni che si erano ormai logorate con la routine.

Voglio guardare per la prima volta il sole, se domani ci sarí  il sole; il cielo nuvoloso, se domani sarí  nuvoloso. Al di sopra del mio capo esiste un cielo per il quale l’umanití  intera, nel corso di migliaia di anni di osservazione, ha gií  dato una serie di spiegazioni ragionevoli. Dimenticherí², dunque, tutte le cose che ho appreso sulle stelle, ed esse si trasformeranno di nuovo in angeli, o in bambini, o in qualsiasi altra cosa in cui io abbia il desiderio di credere in quel momento.

A poco a poco, il tempo e la vita hanno reso tutto perfettamente comprensibile – ma io ho bisogno del mistero, del tuono che è la voce di un dio arrabbiato, e non una semplice scarica elettrica che provoca vibrazioni nell’atmosfera. Io voglio di nuovo colmare la mia vita con la fantasia, perché un dio irato è molto piú intrigante, terrificante e interessante di un fenomeno fisico.

E, infine, che io guardi a me stesso come se per la prima volta mi trovassi in contatto con il mio corpo e la mia anima. Che io guardi questa persona che cammina, che sente, che parla come qualsiasi altra, che io sia affascinato dai suoi gesti piú semplici, come conversare con il postino, contemplare la moglie che gli dorme accanto, domandandosi che cosa mai starí  sognando.

E cosí­ rimarrí² quello che sono e che amo essere, una sorpresa continua per me stesso. Questo io che non è stato educato né da mio padre né da mia madre né dalla mia scuola, ma da tutto cií² che ho vissuto fino a oggi, che tutt’a un tratto ho dimenticato e che di nuovo sto scoprendo oggi.

As if it were the first time

I would like to believe that I am going to look on this new year as if it were the first time that 365 days have unfolded before my eyes. To see the people around me with surprise and amazement, happy to discover that they are by my side and sharing something so often mentioned and so seldom understood, called love.

I shall climb on the first bus that comes along without asking where it is going to and I shall get off as soon as I see something that catches my attention. I shall pass by a beggar who asks me for some spare change. Maybe I’ll give him something, maybe I’ll think that he will spend it on drink and just walk past – hearing his insults and understanding that that is the way he has to communicate with me. I shall pass by someone who is trying to wreck a telephone booth. Maybe I’ll try to stop them, maybe I’ll understand that they are doing that because there is nobody to talk to on the other side of the line and that is their way of chasing off loneliness.

On each of these 365 days I shall look at everything and everybody as if it were the first time – especially the small things that I am not used to and whose magic I have forgotten. The keys of my computer, for example, that move with an energy that I fail to understand. The paper that appears on the screen and for a long time has not been revealed in a physical manner, although I believe that I am writing on a white sheet where it is easy to make corrections by pressing a key. At the side of the computer monitor are some papers that I do not have the patience to put in order, but if I feel that they are hiding something new, than all these letters, memoranda, newspaper cuttings and receipts will gain a life of their own and will have odd stories of the past and the future to tell me. So many things in the world, so many paths trodden, so many entrances and exits in my life.

I am going to put on a shirt that I wear a lot and for the first time I shall pay attention to the label and the way it was sewn, and I am going to imagine the hands that designed it and the machines that changed this design into something material and visible.

And even the things that I am used to – such as my bow and arrows, the breakfast coffee mug, the boots that have become an extension of my feet after wearing them so much – will be coated in the mystery of discovery. Let everything that my hand touches, my eyes see and my mouth taste be different now, although they been the same for many a year. In that way they will no longer be still-lifes and start to convey the secret of having been with me for such a long time, and they will show me the miracle of coming into touch again with emotions already worn down by routine.

I want to look at the sun for the first time, if the sun comes out tomorrow, or at cloudy weather, if tomorrow is overcast. Above my head there is a sky for which all of humanity – over thousands of years of observation – has given a series of reasonable explanations. Well, I shall forget everything I have ever learned about the stars, and they will once more turn into angels, or children, or anything else that I feel like believing in at the moment.
Time and life have changed everything into something perfectly understandable – and I need mystery, the thunder that is the voice of an angry god rather than just a simple electric discharge that sets off vibrations in the atmosphere. I want to fill my life again with fantasy, because an angry god is far more curious, frightening and interesting than a phenomenon of physics.

And finally, let me look at myself on each of these 365 days as if it were the first time that I was in contact with my body and my soul. Let me look at this person who walks, feels and talks like any other, let me feel surprised at his most simple gestures, like chatting to the mailman, opening his correspondence, contemplating his wife sleeping at his side, wondering what she is dreaming about.

And so I shall remain what I am and what I like to be, a constant surprise to myself. This I who was not created by my father or by my mother, nor by my school, but by all that I have lived so far – suddenly I forgot and am discovering it all over again.

Edición nº 145: Como si fuera la primera vez

Quiero creer que voy a mirar este nuevo año como si fuese la primera vez que desfilan 365 dí­as ante mis ojos. Ver a las personas que me rodean con sorpresa y asombro, alegre por descubrir que están a mi lado compartiendo una cosa llamada amor, de lo que se habla mucho y se entiende poco.

Subiré al primer autobús que pase, sin preguntar a dónde va, y me bajaré en cuanto vea algo que me llame la atención. Pasaré por delante de un mendigo que me pedirá una limosna. Tal vez le dé, o tal vez piense que se lo gastará en bebida, y siga adelante, oyendo sus insultos, y entendiendo que esa es su forma de comunicarse conmigo. Pasaré por delante de alguien que está intentando destrozar una cabina telefónica. Tal vez intente impedí­rselo, o tal vez entienda que hace eso porque no tiene con quién hablar al otro lado de la lí­nea, y de esa forma intenta espantar su soledad.

En cada uno de estos 365 dí­as miraré todo y a todos como si fuese la primera vez, sobre todo las cosas pequeñas, a las que ya estoy tan acostumbrado que he olvidado la magia que las envuelve. Las teclas de mi ordenador, por ejemplo, que se mueven con una energí­a que no comprendo. La página que aparece en la pantalla, y que hace mucho que no se manifiesta de manera fí­sica, aunque yo crea que estoy escribiendo en una hoja blanca, donde es fácil corregir con sólo pulsar una tecla. Al lado de la pantalla del ordenador se acumulan algunos papeles que no tengo paciencia de poner en orden, pero si descubriera que esconden novedades, todas estas cartas, impresos, recortes, recibos, ganarí­an vida propia, y tendrí­an historias curiosas que contarme, sobre el pasado y el futuro. Tantas cosas en el mundo, tantos caminos recorridos, tantas entradas y salidas en mi vida.

Voy a ponerme una camisa que acostumbro a llevar, y por primera vez voy a fijarme en su etiqueta, en la forma en que fue fabricada, y voy a intentar imaginar las manos que la diseñaron, así­ como las máquinas que transformaron ese diseño en algo material, visible.

Incluso las cosas a las que estoy habituado, como el arco y las flechas, la taza de café de la mañana, las botas que después de mucho uso se transformaron en una extensión de mis pies, se revestirán del misterio del descubrimiento. Que todo lo que toque mi mano, vean mis ojos, pruebe mi boca, sea ahora diferente, aunque haya sido igual durante muchos años. Así­, dejarán de ser naturaleza muerta, y pasarán a transmitirme el secreto para estar conmigo tanto tiempo, y manifestarán el milagro del reencuentro con emociones que la rutina ya habí­a desgastado.

Quiero mirar por primera vez al sol, si mañana hace sol; a las nubes, si mañana está nublado. Por encima de mi cabeza existe un cielo al que la humanidad entera, a lo largo de miles de años de observación, dio una serie de explicaciones razonables. Después olvidaré todas las cosas que aprendí­ respecto a las estrellas, y estas se transformarán de nuevo en ángeles, o en niños, o en cualquier cosa que me apetezca creer en el momento.
El tiempo y la vida han ido transformando todo en algo perfectamente comprensible, y yo necesito del misterio, del trueno que es la voz de un dios encolerizado, y no una simple descarga eléctrica que provoca vibraciones en la atmósfera. Quiero de nuevo llenar de fantasí­a mi vida, porque un dios encolerizado es mucho más curioso, interesante y aterrador que un fenómeno fí­sico.

Y por último, quiero verme a mí­ mismo, cada uno de estos 365 dí­as, como si fuese la primera vez que estuviese en contacto con mi cuerpo y mi alma. Quiero ver a esta persona que camina, que siente, que habla como cualquier otra, quiero admirar sus gestos más simples, como conversar con el cartero, abrir la correspondencia, contemplar a su mujer durmiendo a su lado, preguntándose con qué estará soñando.

Y así­, seguiré siendo lo que soy y lo que me gusta ser, una constante sorpresa para mí­ mismo. Este yo que no fui criado por mi padre ni por mi madre, ni por mi escuela, sino por todo aquello que viví­ hasta hoy, olvidé de repente, y estoy descubriendo de nuevo.

Edií§í£o nº 145: Como se fosse a primeira vez

Eu quero acreditar que vou olhar cada dia como se fosse a primeira vez. Ver as pessoas que me cercam com surpresa e espanto, alegre por descobrir que estí£o ao meu lado dividindo algo chamado amor, muito falado, pouco entendido.

Entrarei no primeiro í´nibus que passar, sem perguntar em que direí§í£o está indo, e saltarei assim que olhar algo que me chame atení§í£o. Passarei por um mendigo que me pedirá uma esmola. Talvez eu díª, talvez eu ache que irá gastar em bebida, e siga adiante – escutando seus insultos, e entendendo que esta é sua forma de comunicar-se comigo. Passarei por alguém que está tentando destruir uma cabine telefí´nica. Talvez eu tente impedi-lo, talvez eu entenda que faz isso porque ní£o tem ninguém com quem conversar do outro lado da linha, e desta maneira procura espantar sua solidí£o.

Eu olharei tudo e todos como se fosse a primeira vez – principalmente as pequenas coisas, com as quais já estou habituado, e esqueci-me da magia que me cerca. As teclas do meu computador, por exemplo, que se movem com uma energia que eu ní£o compreendo. O papel que aparece na tela, e que há muito tempo ní£o se manifesta de maneira fí­sica, embora eu acredite que esteja escrevendo em uma folha branca, onde é fácil corrigir apertando apenas uma tecla. Ao lado da tela do computador acumulam-se alguns papéis que ní£o tenho paciíªncia de colocar em ordem, mas se eu achar que escondem novidades, todas estas cartas, lembretes, recortes, recibos, ganharí£o vida própria, e terí£o histórias curiosas – do passado e do futuro – para me contar. Tantas coisas no mundo, tantos caminhos percorridos, tantas entradas e saí­das na minha vida.

Vou colocar uma camisa que costumo usar sempre, e pela primeira vez vou prestar atení§í£o í  sua etiqueta, a maneira como foi costurada, e vou procurar imaginar as mí£os que a desenharam, e as máquinas que transformaram este desenho em algo material, visí­vel.

E mesmo as coisas com as quais estou habituado – como o arco e as flechas, a xí­cara de café da manhí£, as botas que se transformaram em uma extensí£o de meus pés depois de muito uso – serí£o revestidas do mistério da descoberta. Que tudo que minha mí£o tocar, meus olhos virem, minha boca provar, seja diferente agora, embora tenha sido igual por muitos anos. Assim, elas deixarí£o de ser natureza morta, e passarí£o a me transmitir o segredo de estarem comigo por tanto tempo, e manifestarí£o o milagre do reencontro com emoí§íµes que já tinham sido desgastadas pela rotina.

Quero olhar pela primeira vez o sol, se amanhí£ fizer sol; o tempo nublado, se amanhí£ estiver nublado. Acima de minha cabeí§a existe um céu que a humanidade inteira, em milhares de anos de observaí§í£o, já deu uma série de explicaí§íµes razoáveis. Pois eu esquecerei todas as coisas que aprendi a respeito das estrelas, e elas se transformarí£o de novo em anjos, ou em crianí§as, ou em qualquer coisa que eu sentir vontade de acreditar no momento.

O tempo e a vida foram transformando tudo em algo perfeitamente compreensí­vel – e eu preciso do mistério, do troví£o que é a voz de um deus enraivecido, e ní£o uma simples descarga elétrica que provoca vibraí§íµes na atmosfera. Eu quero encher de novo minha vida de fantasia, porque um deus enraivecido é muito mais curioso, aterrador, e interessante, que um fení´meno fí­sico.

E, finalmente, que eu olhe a mim mesmo como se fosse a primeira vez que estivesse em contato com meu corpo e minha alma. Que eu olhe esta pessoa que caminha, que sente, que fala como qualquer outra, que eu fique admirado com seus gestos mais simples, como conversar com o carteiro, abrir a correspondíªncia, contemplar sua mulher dormindo ao lado, perguntando a si mesmo com o que ela estará sonhando.

E assim, permanecerei o que sou e o que gosto de ser, uma constante surpresa para mim mesmo. Este eu que ní£o foi criado nem por meu pai, nem por minha mí£e, nem pela minha escola, mas por tudo aquilo que vivi até hoje, que esqueci de repente, e estou descobrindo de novo.

Dixième Chapitre

Peter Sherney, 47 ans, directeur général d’une succursale de la banque (supprimé) í  Holland Park, Londres

J’ai embauché Athéna uniquement parce que sa famille était l’un de nos gros clients – après tout, ce sont les intéríªts mutuels qui font tourner le monde. Comme elle était trop agitée, je l’ai affectée í  un service de bureau, dans le doux espoir qu’elle finirait par présenter sa démission ; ainsi, j’aurais pu dire í  son père que j’avais essayé de l’aider, sans succès.

Mon expérience en tant que directeur m’avait appris í  connaí®tre l’état d’esprit des gens, míªme s’ils ne disent rien. On m’avait enseigné ceci dans un cours de gestion : si vous voulez vous débarrasser de quelqu’un, faites tout pour qu’il finisse par vous manquer de respect, ainsi vous aurez un motif valable pour le licencier.

J’ai fait tout mon possible pour atteindre mon objectif avec Athéna ; comme elle n’avait pas impérativement besoin de son salaire pour survivre, elle allait découvrir que se lever tí´t, laisser son fils chez sa mère, assurer toute la journée un travail répétitif, retourner chercher son fils, aller au supermarché, s’occuper de l’enfant, le coucher, gaspiller encore trois heures le lendemain dans les transports en commun, tout cela représentait un effort absolument inutile, puisqu’il y avait d’autres manières plus intéressantes de passer ses journées. Très rapidement, elle s’est montrée de plus en plus irritable, et j’étais fier de ma stratégie : j’allais réussir. Elle a commencé í  se plaindre de l’endroit oí¹ elle vivait, disant que le propriétaire de son appartement mettait tout le temps la musique très fort la nuit, et qu’elle n’arrivait míªme plus í  dormir.

Et brusquement, quelque chose a changé. D’abord seulement chez Athéna. Et bientí´t dans toute l’agence.

Comment ai-je pu noter ce changement ? Bien, un groupe de gens qui travaille est toujours une espèce d’orchestre ; un bon administrateur est un maestro, et il sait quel instrument est désaccordé, celui qui transmet le plus d’émotion, et celui qui se contente de suivre le reste du groupe. Athéna semblait jouer sa partition sans le moindre enthousiasme, toujours distante, ne partageant jamais avec ses camarades les joies ou les tristesses de sa vie personnelle, laissant entendre que, quand elle sortait du travail, le reste du temps se résumait í  s’occuper de son fils, et rien d’autre. Et puis elle a commencé í  paraí®tre plus reposée, plus communicative, racontant í  qui voulait l’entendre qu’elle avait découvert une méthode de rajeunissement.

Bien sí»r, rajeunissement est un mot magique. Venant de quelqu’un qui n’a que vingt et un ans, il semble absolument hors contexte – et pourtant, les gens l’ont crue et ils se sont mis í  réclamer le secret de cette formule.

Elle est devenue plus efficace, bien que son activité restí¢t la míªme. Ses collègues de travail, qui avant s’en tenaient au « bonjour, bonsoir », se sont mis í  l’inviter í  déjeuner. Quand ils revenaient, ils avaient l’air satisfaits, et la productivité du service a fait un bond gigantesque.

Je sais que les gens amoureux finissent par transmettre leur passion au milieu dans lequel ils vivent, j’en ai déduit immédiatement qu’Athéna avait dí» rencontrer quelqu’un qui comptait beaucoup pour elle.

Je lui ai posé la question, et elle l’a reconnu, ajoutant qu’elle n’était jamais sortie avec un client, mais que, dans ce cas, il lui avait été impossible de refuser l’invitation. Dans une situation normale, elle aurait été immédiatement licenciée – les règles de la banque étaient claires, les contacts personnels avec la clientèle étaient définitivement interdits. Mais, í  ce stade, j’avais constaté que son comportement avait influencé pratiquement tout le monde ; certains de ses collègues avaient commencé í  la retrouver après le travail et, í  ce que j’en savais, au moins deux ou trois d’entre eux étaient allés chez elle.

J’étais confronté í  une situation très périlleuse ; la jeune stagiaire, sans aucune expérience de travail antérieure, jusque-lí  timide et parfois agressive, était devenue une sorte de leader naturel de mes agents. Si je la licenciais, ils penseraient que c’était par jalousie – et ils cesseraient de me respecter. Si je la gardais, je courais le risque de perdre en quelques mois le contrí´le du groupe.

J’ai décidé d’attendre un peu ; pendant ce temps, une meilleure « énergie » (je déteste ce mot, car en réalité il ne veut rien dire de concret, í  moins que l’on ne parle d’électricité) a commencé í  circuler dans l’agence. Les clients semblaient plus satisfaits et ils la recommandaient í  d’autres. Les agents étaient de bonne humeur et, bien que l’activité eí»t doublé, je n’ai pas été obligé d’embaucher de personnel supplémentaire, puisque tous remplissaient leurs fonctions.

Un jour, j’ai reí§u une lettre de mes supérieurs. Ils voulaient que je me rende í  Barcelone, oí¹ devait se tenir une convention du groupe, afin que j’y explique ma méthode d’administration. D’après eux, j’avais réussi í  accroí®tre les profits sans augmenter les dépenses, et c’est tout ce qui intéresse les dirigeants – dans le monde entier, cela dit en passant.

Quelle méthode ?

Mon seul mérite était de savoir oí¹ tout avait commencé, et j’ai décidé de convoquer Athéna í  mon bureau. Je lui ai fait des compliments pour son excellente productivité, elle m’a remercié d’un sourire.

J’ai fait un pas prudent, ne voulant pas íªtre mal interprété :

« Comment va votre petit ami ? J’ai toujours pensé que quelqu’un qui reí§oit de l’amour finit par donner plus d’amour encore. Que fait-il ?

Il travaille í  Scotland Yard

J’ai préféré ne pas entrer dans les détails. Mais je devais poursuivre la conversation í  tout prix, et je n’avais pas beaucoup de temps í  perdre.

« J’ai noté un grand changement chez vous, et…

– Avez-vous noté un grand changement í  l’agence ? »

Comment répondre í  une question comme celle-lí  ? D’un cí´té, je lui aurais donné plus de pouvoir qu’il n’était conseillé, d’un autre cí´té, si je n’étais pas allé droit au but, je n’aurais jamais obtenu les réponses dont j’avais besoin.

« Oui, j’ai noté un grand changement. Et je pense vous accorder une promotion.

– J’ai besoin de partir í  l’étranger. Je veux quitter un peu Londres, connaí®tre de nouveaux horizons. »

Partir í  l’étranger ? í€ présent que tout marchait bien dans mon milieu de travail, elle voulait s’en aller ? Mais, í  y réfléchir, n’était-ce pas exactement cette issue dont j’avais besoin et que je désirais ?

« Je peux íªtre utile í  la banque si vous me donnez davantage de responsabilités », a-t-elle poursuivi.

Compris – et elle me donnait une excellente occasion. Comment n’y avais-je pas pensé plus tí´t ? « Partir í  l’étranger », cela signifiait l’éloigner, reprendre mon pouvoir, sans avoir í  supporter les frais d’une démission ou d’une rébellion. Mais il me fallait réfléchir í  la question car, avant d’íªtre utile la banque, elle devait m’aider. Maintenant que mes supérieurs avaient constaté l’accroissement de notre productivité, je savais que je devrais la soutenir, sinon je risquais de perdre mon prestige et de me retrouver dans une situation plus mauvaise qu’avant. Parfois je comprends pourquoi une grande partie de mes confrères ne cherchent pas í  faire grand-chose pour améliorer les choses : s’ils n’y parviennent pas, on les traite d’incompétents ; s’ils réussissent, ils sont obligés d’atteindre toujours de meilleurs résultats et ils finissent leurs jours avec un infarctus du myocarde.

J’ai fait prudemment le pas suivant. Il n’est pas conseillé d’effrayer la personne qui détient un secret que nous avons besoin de connaí®tre avant qu’elle ne le révèle ; mieux vaut faire semblant d’accepter ce qu’elle demande.

« Je tenterai de faire parvenir votre requíªte í  mes supérieurs. D’ailleurs, je vais les rencontrer í  Barcelone et c’est justement pour cette raison que j’ai décidé de vous appeler. Serais-je dans le vrai si je disais que notre activité s’est améliorée depuis que, disons, les gens ont une meilleure relation avec vous ?

– Disons… une meilleure relation avec eux-míªmes.

– Oui. Mais vous l’avez provoqué – ou je me trompe ?

– Vous savez que vous ne vous trompez pas.

– Avez-vous lu un livre de gestion que je ne connais pas ?

– Je ne lis pas ce genre de chose. Mais j’aimerais que vous me promettiez que vous allez vraiment prendre ma demande en considération. »

J’ai pensé í  son petit ami de Scotland Yard ; si je faisais une promesse et que je ne la tienne pas, serais-je victime de représailles ? Lui avait-il enseigné une technologie de pointe, grí¢ce í  laquelle on obtient des résultats impossibles ?

« Je peux absolument tout vous dire, míªme si vous ne tenez pas votre promesse. Mais je ne sais pas si vous obtiendrez un résultat si vous ne faites pas ce que je vous enseigne.

– Cette fameuse “technique de rajeunissement” ?

– Cela míªme.

– Ne suffit-il pas de la connaí®tre seulement en théorie ?

– Peut-íªtre. C’est par l’intermédiaire de quelques feuilles de papier qu’elle est parvenue í  celui qui me l’a enseignée. »

J’étais content qu’elle ne me forí§í¢t pas í  prendre des décisions hors de ma portée et contraires í  mes principes. Mais, au fond, je dois avouer que j’avais aussi un intéríªt personnel dans cette histoire, car je ríªvais également d’un recyclage de mon potentiel. J’ai promis í  Athéna que je ferais mon possible, et elle a commencé í  me décrire une danse longue et ésotérique en quíªte d’un certain Vertex (ou Axe, je ne me souviens plus très bien). í€ mesure que nous parlions, je m’efforí§ais de replacer d’une manière objective ses réflexions hallucinées. Une heure n’a pas suffi, je lui ai donc demandé de revenir le lendemain, et nous avons préparé ensemble le rapport qui devait íªtre présenté í  la direction de la banque. í€ un certain moment de notre conversation, elle m’a dit en souriant :

« N’ayez pas peur d’écrire quelque chose qui se rapproche beaucoup de ce dont nous parlons. Je pense que míªme la direction d’une banque est faite de gens comme nous, en chair et en os, et doit s’intéresser de très près í  des procédés non conventionnels. »

Athéna se trompait totalement : en Angleterre, les traditions parlent toujours plus haut que les innovations. Mais qu’est-ce que cela coí»tait de prendre quelques risques, dès lors que je ne mettais pas mon emploi en péril ? Puisque la chose me paraissait totalement absurde, il me fallait la résumer et lui donner une forme que tout le monde pí»t comprendre. Cela suffisait.

Avant de commencer ma conférence í  Barcelone, je me suis répété toute la matinée : « mon » procédé réussit, et c’est tout ce qui compte. J’ai lu quelques manuels et découvert que pour présenter une idée neuve avec le maximum d’impact, il fallait aussi créer une structure de débat qui provoque le public, de sorte que la première chose que j’ai dite aux cadres supérieurs réunis dans un hí´tel de luxe a été une phrase de saint Paul : « Dieu a caché les choses importantes aux sages, parce qu’ils ne peuvent pas comprendre ce qui est simple, et il a décidé de les révéler aux simples de cÅ“ur » (N.R. : impossible de savoir ici s’il se réfère í  une citation de l’évangéliste Matthieu (11, 25) oí¹ il dit « Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits ». Ou í  une phrase de Paul (Cor 1, 27) ; « Mais ce qui est folie dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre les sages ; ce qui est faible dans le monde, Dieu l’a choisi pour confondre ce qui est fort. »)

Quand j’ai dit cela, tout l’auditoire, qui avait passé deux jours í  analyser des graphiques et des statistiques, est resté silencieux. J’ai pensé que j’avais perdu mon emploi, mais j’ai décidé de continuer. Premièrement, parce que j’avais étudié le sujet, j’étais sí»r de ce que je disais, et je méritais la confiance. Deuxièmement, parce que, míªme si í  certains moments j’avais dí» omettre l’énorme influence d’Athéna sur tout le processus, je ne mentais pas non plus :

« J’ai découvert que de nos jours pour motiver les employés, il fallait plus qu’une bonne formation dans nos centres extríªmement qualifiés. Nous avons tous en nous une part d’inconnu qui, quand elle affleure, peut produire des miracles.

« Nous travaillons tous en vue d’une fin : nourrir nos enfants, gagner de l’argent pour subvenir í  nos besoins, donner une justification í  notre vie, acquérir une parcelle de pouvoir. Mais il y a des étapes détestables dans ce parcours, et le secret consiste í  transformer ces étapes en une rencontre avec soi-míªme, ou avec quelque chose de plus élevé.

Par exemple : la quíªte de la beauté n’est pas toujours associée í  un objet concret, et pourtant nous la cherchons comme si c’était la chose la plus importante au monde. Les oiseaux apprennent í  chanter, ce qui ne signifie pas que cela les aide í  trouver de la nourriture, éviter les prédateurs, ou éloigner les parasites. Les oiseaux chantent, selon Darwin, parce que c’est leur seul moyen pour attirer leur partenaire et perpétuer l’espèce. »

J’ai été interrompu par un cadre supérieur genevois, qui réclamait avec insistance une présentation plus objective. Mais le directeur général m’a encouragé í  poursuivre, ce qui m’a enthousiasmé.

« Toujours selon Darwin, qui a écrit un livre qui a su changer le cours de l’humanité (N.R. : L’Origine des espèces, 1859, dans lequel il montre que l’homme est une évolution naturelle d’un type de singe), tous ceux qui parviennent í  éveiller des passions répètent quelque chose qui se passe depuis l’í¢ge des cavernes, oí¹ les rites de séduction étaient fondamentaux pour la survie et l’évolution de l’espèce. Alors, quelle différence y a-t-il entre l’évolution de l’espèce humaine et l’évolution d’une agence bancaire ? Aucune. Les deux obéissent aux míªmes lois – seuls les plus capables survivent et se développent.

í€ ce moment-lí , j’ai été obligé de signaler que j’avais développé cette idée grí¢ce í  la collaboration spontanée de l’une de mes agents, Sherine Khalil.

« Sherine, qui aime qu’on l’appelle Athéna, a apporté sur son lieu de travail un nouveau type de comportement, c’est-í -dire la passion. Exactement, la passion, quelque chose que nous ne prenons jamais en considération quand nous traitons de príªts ou de relevés de dépenses. Mes agents se sont mis í  utiliser la musique comme stimulant pour mieux satisfaire leurs clients. »

Un autre cadre m’a interrompu, pour dire que c’était lí  une vieille idée : les supermarchés faisaient la míªme chose, avec des mélodies qui incitaient le client í  acheter.

« Je ne dis pas que nous mettons de la musique sur le lieu de travail. Les gens se sont mis í  vivre différemment, parce que Sherine, ou Athéna si vous préférez, leur a appris í  danser avant d’affronter leur labeur quotidien. Je ne sais pas exactement quel mécanisme cela peut éveiller chez eux ; en tant qu’administrateur, je suis seulement responsable des résultats, pas de la méthode. Je n’ai pas dansé, mais j’ai compris qu’í  travers ce genre de danse, ils se sentaient tous mieux reliés í  ce qu’ils faisaient.

« Nous sommes nés, nous avons grandi et nous avons été élevés avec cette maxime : le temps, c’est de l’argent. Nous savons exactement ce qu’est l’argent, mais quelle est la signification du mot temps ? La journée comprend vingt-quatre heures et une infinité de moments. Nous devons íªtre conscients de chaque minute, savoir la mettre í  profit dans nos activités ou simplement dans la contemplation de la vie. Si nous ralentissons, tout dure beaucoup plus longtemps. Évidemment, la vaisselle, ou le calcul des soldes, ou la compilation des crédits, ou encore le comptage des titres de créance peuvent durer davantage, mais pourquoi ne pas en profiter pour penser í  des choses agréables, nous réjouir d’íªtre en vie ? »

Le plus haut directeur de la banque me regardait surpris. Je suis certain qu’il désirait que je continue í  expliquer en détail tout ce que j’avais appris, mais certains dans la salle commení§aient í  se sentir inquiets.

« Je comprends parfaitement ce que vous voulez dire, a-t-il déclaré. Je sais que vos agents ont mis plus d’enthousiasme dans leur travail parce qu’ils avaient au moins un moment de la journée oí¹ ils entraient en contact avec eux-míªmes. J’aimerais vous féliciter d’avoir été suffisamment souple pour permettre l’intégration d’enseignements non orthodoxes, qui donnent d’excellents résultats.

« Mais puisque nous sommes dans une convention et que nous parlons du temps, vous n’avez que cinq minutes pour conclure votre présentation. Vous serait-il possible d’essayer d’élaborer une liste des principaux points nous permettant d’appliquer ces principes dans d’autres agences ? »

Il avait raison. Tout cela pouvait íªtre bon pour l’emploi, mais cela risquait aussi d’íªtre fatal í  ma carrière, j’ai donc décidé de résumer ce que nous avions écrit ensemble.

« Me fondant sur des observations personnelles, j’ai développé avec Sherine Khalil quelques points que j’aurai le plus grand plaisir í  discuter avec ceux que cela intéresse. En voici les principaux :

« A] Nous avons tous une capacité inconnue, qui restera inconnue í  tout jamais, mais qui peut íªtre notre alliée. Comme il est impossible de mesurer cette capacité ou de lui donner une valeur économique, elle n’est jamais prise en considération, mais je parle ici í  des íªtres humains, et je suis certain qu’ils comprennent ce que je dis, du moins en théorie.

« B] Dans mon agence, cette capacité a été provoquée par l’intermédiaire d’une danse basée sur un rythme qui, si je ne m’abuse, vient des déserts d’Asie. Mais peu importe son lieu de naissance, du moment que les gens peuvent exprimer avec leur corps ce que leur í¢me veut dire. Je sais que le mot “í¢me” peut íªtre mal compris ici, je conseille donc que nous le remplacions par “intuition”. Et si cet autre mot n’est pas bien assimilé, nous recourrons alors í  “émotions primaires”, qui semble avoir une connotation plus scientifique, bien qu’il ait moins de sens que les mots précédents.

« C] Avant qu’ils se rendent au travail, au lieu de faire de la gymnastique ou des exercices d’aérobic, j’ai encouragé mes agents í  danser au moins une heure. Cela stimule le corps et l’esprit, ils commencent la journée en exigeant d’eux-míªmes de la créativité, et ils utilisent ensuite cette énergie accumulée dans leurs tí¢ches í  l’agence.

« D] Les clients et les employés vivent dans le míªme monde : la réalité n’est rien d’autre que des stimulus électriques dans notre cerveau. Ce que nous croyons “voir”, c’est une impulsion d’énergie dans une zone complètement obscure de notre tíªte. Nous pouvons donc essayer de modifier cette réalité, si nous entrons dans une harmonie commune. D’une manière qui m’échappe, la joie est contagieuse, comme l’enthousiasme et l’amour. Ou comme la tristesse, la dépression, la haine – qui peuvent íªtre perí§ues “intuitivement” par les clients et par les autres agents. Pour améliorer l’activité, il faut créer des mécanismes qui retiennent ces stimulus positifs.

– Très ésotérique », a déclaré une femme qui dirigeait les fonds en actions d’une agence au Canada.

J’ai perdu un peu ma retenue – je n’avais réussi í  convaincre personne. Feignant d’ignorer son commentaire et faisant appel í  toute ma créativité, j’ai cherché un dénouement technique :

« La banque devrait consacrer un certain budget pour rechercher comment se fait cette contagion, et ainsi nous ferions beaucoup plus de profits. »

Ce final me paraissait raisonnablement satisfaisant, si bien que j’ai préféré ne pas utiliser les deux minutes qui me restaient encore. Quand le séminaire s’est terminé, í  la fin d’une journée épuisante, le directeur général m’a appelé pour que nous allions dí®ner – devant tous les autres collègues, comme s’il voulait montrer qu’il m’appuyait dans tout ce que j’avais dit. Je n’avais encore jamais eu cette occasion, et j’ai voulu en profiter au mieux ; j’ai commencé í  parler d’activités, de tableaux de chiffres, de difficultés dans les Bourses, de nouveaux marchés. Mais il m’a interrompu : ce qui l’intéressait, c’était surtout de savoir tout ce que j’avais appris d’Athéna.

Finalement, í  ma surprise, il a détourné la conversation vers des sujets personnels.

« Je sais de quoi vous parliez í  la conférence, quand vous avez fait allusion au temps. Au début de cette année, j’ai pris mes vacances pour les fíªtes et, le premier jour, j’ai décidé de m’asseoir un peu dans mon jardin. J’ai trouvé le journal dans la boí®te aux lettres, rien d’important – sauf les choses dont les journalistes ont décidé que nous devions les connaí®tre, les suivre, et prendre position í  leur sujet.

« J’ai pensé téléphoner í  quelqu’un de mon équipe, mais c’était absurde, vu qu’ils étaient tous en famille. J’ai déjeuné avec ma femme, mes enfants et petits-enfants, j’ai fait un somme, í  mon réveil j’ai rédigé une série de notes, et soudain j’ai constaté qu’il n’était que deux heures de l’après-midi, il me restait trois jours sans travail et, j’ai beau adorer la compagnie de ma famille, j’ai commencé í  me sentir inutile.

« Le lendemain, profitant de mon temps libre, je suis allé me faire faire un check-up de l’estomac, et heureusement je n’avais rien de grave. Je suis allé chez le dentiste, qui m’a dit qu’il n’y avait aucun problème. J’ai de nouveau déjeuné avec femme, enfants et petits-enfants, je suis encore allé dormir, je me suis réveillé de nouveau í  deux heures de l’après-midi, et je me suis rendu compte que je n’avais absolument rien sur quoi concentrer mon attention.

« J’étais effrayé : n’aurais-je pas dí» íªtre en train de faire quelque chose ? Si je voulais m’inventer du travail, ce n’était pas très difficile – nous avons toujours des projets í  développer, des lampes í  changer, des feuilles sèches í  balayer, des livres í  ranger, les archives de l’ordinateur í  mettre en ordre, et cetera. Mais pourquoi ne pas envisager le vide total ? Et c’est í  ce moment que j’ai pensé í  quelque chose qui m’a paru extríªmement important : je devais aller jusqu’í  la poste, qui se trouve í  un kilomètre de ma maison de campagne, déposer une carte de vÅ“ux que j’avais oubliée sur ma table.

« J’étais surpris : pourquoi ai-je besoin d’envoyer cette carte aujourd’hui ? Me serait-il impossible de rester comme je suis maintenant, sans rien faire ?

« Une série de pensées m’a traversé l’esprit : des amis qui s’inquiètent pour des choses qui ne sont pas encore arrivées, des connaissances qui savent remplir chaque minute de leur vie avec des tí¢ches qui me paraissent absurdes, des conversations qui n’ont pas de sens, de longs coups de téléphone pour ne rien dire d’important. J’ai vu mes directeurs s’inventer du travail pour justifier leur fonction, ou des employés qui ont peur parce qu’on ne leur a rien donné d’important í  faire ce jour-lí  et que cela peut signifier qu’ils ne sont plus utiles. Ma femme qui se torture parce que mon fils a divorcé, mon fils qui se torture parce que mon petit-fils a eu de mauvaises notes í  l’école, mon petit-fils qui est mort de peur í  l’idée d’attrister ses parents – míªme si nous savons tous que ces notes n’ont pas grande importance.

« J’ai mené un combat long et difficile contre moi-míªme pour ne pas me lever. Peu í  peu, l’anxiété a fait place í  la contemplation et j’ai commencé í  écouter mon í¢me – ou mon intuition, ou mes émotions primitives, selon ce que vous croyez. Quelle que soit cette partie de moi, elle avait une envie folle de converser, mais je suis tout le temps occupé.

« Dans ce cas, ce n’est pas la danse, mais l’absence totale de bruit et de mouvement, le silence, qui m’a permis d’entrer en contact avec moi-míªme. Et, croyez-le si vous voulez, j’ai beaucoup appris sur les problèmes qui me préoccupaient – míªme si tous ces problèmes s’étaient complètement éloignés pendant que j’étais assis lí . Je n’ai pas vu Dieu, mais j’ai compris plus clairement les décisions que je devais prendre. »

Avant de régler l’addition, il m’a suggéré d’envoyer l’employée en question í  Dubaí¯, oí¹ la banque ouvrait une nouvelle agence, dans une situation í  risques. En excellent directeur, il savait que j’avais déjí  appris tout ce dont j’avais besoin, et que la question était maintenant simplement de donner suite – l’employée pouvait íªtre plus utile ailleurs. Sans le savoir, il m’aidait í  tenir la promesse que j’avais faite.

De retour í  Londres, j’ai immédiatement communiqué la proposition í  Athéna. Elle a accepté sur-le-champ ; elle m’a dit qu’elle parlait arabe couramment (je le savais, í  cause des origines de son père). Nous n’avions pourtant pas l’intention de faire des affaires avec les Arabes, mais avec les étrangers. Je l’ai remerciée pour son aide, elle n’a pas manifesté la moindre curiosité au sujet de mon discours í  la convention – elle a seulement demandé quand elle devait préparer ses valises.

Je ne sais toujours pas si cette histoire de petit ami í  Scotland Yard était imaginaire. Je pense que, si c’était vrai, l’assassin d’Athéna serait déjí  en prison – car je ne crois pas du tout ce que les journaux ont raconté au sujet du crime. Enfin, je m’y entends beaucoup mieux en ingénierie financière, je peux míªme m’offrir le luxe d’affirmer que la danse aide les employés de banque í  mieux travailler, mais je ne comprendrai jamais pourquoi la meilleure police du monde parvient í  arríªter certains assassins, et í  en laisser d’autres en liberté.

Mais cela ne fait plus de différence.

Le prochain chapitre sera en ligne le 30.04.2007

Nono Capitolo

Pavel Podbielski, 57 anni, proprietario dell’appartamento

Athena e io avevamo una cosa in comune: il fatto che tutt’e due fossimo profughi di guerra arrivati in Inghilterra ancora bambini, sebbene la mia fuga dalla Polonia fosse avvenuta pií¹ di cinquant’anni prima. Entrambi sapevamo che, malgrado vi sia sempre un cambiamento fisico, anche nell’esilio le tradizioni permangono, le comunití  tornano a riunirsi: la lingua e la religione sono mantenute vive, le persone tendono a proteggersi reciprocamente in un ambiente che sarí  sempre straniero.

Allo stesso modo in cui le tradizioni persistono, a poco a poco svanisce il desiderio di tornare. Comunque, esso deve rimanere vivo nei nostri cuori, alla stregua di una speranza con la quale amiamo ingannarci – una soluzione che, in nessun caso, diverrí  realtí : io non tornerei mai a vivere a Cz¸estochowa, lei e la sua famiglia non sarebbero mai tornati a Beirut.

Fu per una certa solidarietí  che le affittai il terzo piano della mia casa in Basset Road – altrimenti avrei preferito degli inquilini che non avessero bambini. Avevo gií  commesso un simile errore in precedenza, ed erano sempre successe due cose: io mi lamentavo del chiasso che loro facevano durante il giorno, e loro si lagnavano del rumore che io facevo durante la notte. Sia il pianto che la musica affondano le loro radici in alcuni elementi sacri ma, poiché appartengono a due mondi completamente diversi, è difficile che uno tolleri l’altra.

Io le parlai francamente, ma lei non diede importanza ai miei avvertimenti. Mi disse che, per quanto riguardava il figlio, potevo stare tranquillo: passava l’intera giornata a casa della nonna. Inoltre, quell’appartamento aveva il vantaggio di essere vicino al suo lavoro, una banca nei dintorni.

Nonostante le mie parole, nonostante che all’inizio avesse eroicamente resistito, otto giorni dopo squillí² il campanello della mia porta. Era lei, con il bambino in braccio.

“Mio figlio non riesce a dormire. íˆ possibile abbassare la musica, solo per oggi…”

Tutti in sala la guardarono.

“Che cosa c’è?”

Il bambino che le si stringeva al collo smise immediatamente di piangere, quasi fosse altrettanto sorpreso della madre nel vedere quel gruppo di persone che, improvvisamente, aveva interrotto la danza.

Premetti il pulsante di pausa sul mangianastri, le rivolsi un cenno con la mano affinché entrasse e, subito dopo, rimisi in funzione il registratore, in modo da non turbare il rituale. Athena si sedette in un angolo della sala, cullando fra le braccia il bambino, che si addormentí² tranquillamente nonostante il rumore del tamburo e dei cimbali. Assistette a tutta la cerimonia e se ne andí² insieme agli altri invitati; come mi era facile immaginare, risuoní² il mio campanello l’indomani mattina, prima di andare al lavoro.

“Non c’è alcun bisogno di spiegami cií² che ho visto: gente che danza con gli occhi chiusi. So perfettamente cosa significa, perché spesso lo faccio anch’io: sono gli unici momenti di pace e di serenití  della mia vita. Prima della maternití , frequentavo alcuni locali con mio marito e i miei amici: lí¬ c’erano persone che danzavano con gli occhi chiusi, alcune per impressionare gli astanti, altre come se fossero pervase da una forza pií¹ grande, pií¹ potente. E, da quando sono conscia del mio essere, ho trovato nella danza un modo per entrare in contatto con qualcosa di pií¹ forte, di pií¹ potente di me. Comunque, vorrei sapere che musica è questa.”

“Che fai domenica prossima?”

“Niente di particolare. Andrí² con Viorel a Regent’s Park, a respirare un po’ d’aria pura. Pií¹ avanti, avrí² molto tempo per occuparmi di me stessa: in questo momento della vita, devo seguire i ritmi di mio figlio.”

“Allora verrí² con te.”

Nei due giorni precedenti alla nostra passeggiata, Athena venne ad assistere al rituale. Il bambino si addormentava dopo qualche minuto, e lei si limitava a osservare in silenzio il movimento nella sala. Benché rimanesse immobile sul divano, ero sicuro che la sua anima danzasse.

La domenica pomeriggio, mentre passeggiavamo nel parco, le chiesi di prestare attenzione a tutto cií² che vedeva e udiva: le foglie che stormivano nel vento, le onde che increspavano l’acqua del laghetto, gli uccelli che cantavano, i cani che abbaiavano, i bambini che gridavano e correvano ora di qui ora di lí , come se obbedissero a una strana logica, incomprensibile per gli adulti.

“Tutto si muove. E lo fa con un ritmo. E tutto cií² che si muove con un ritmo provoca un suono: è qualcosa che accade qui e in ogni altro luogo del mondo in questo preciso momento. Anche i nostri antenati notarono cií², quando cercavano di sfuggire al freddo nelle caverne: le cose si muovevano e facevano rumore.

“Di fronte a questo, i primi esseri umani forse provarono sgomento, che subito dopo si trasformí² in devozione: avevano capito che quello era il modo con il quale un’Entití  Superiore comunicava con loro. Cominciarono a imitare i rumori e i movimenti nella speranza di entrare in contratto con l’Entití : nacquero cosí¬ la danza e la musica. Pochi giorni fa mi hai detto che, danzando, riesci a comunicare con qualcosa di pií¹ potente di te.”

“Quando danzo, sono una donna libera. O, per meglio dire, uno spirito libero, in grado di viaggiare nell’universo, guardare il presente, divinare il futuro e trasformarsi in pura energia. E questo mi procura un piacere immenso, una gioia che è ben superiore a quella delle cose che ho gií  sperimentato e che – sono sicura – non mi troverí² a vivere nel corso della mia esistenza.

“In un certo periodo della mia vita, ero determinata a diventare una santa, lodando Dio attraverso la musica e i movimenti del corpo. Ma la reputo una strada definitivamente chiusa per me.”

“Quale strada?”

Athena sistemí² il bambino nel passeggino. Capii che non voleva rispondere alla domanda, ma insistetti: le bocche si chiudono quando si sta per dire qualcosa di importante.

Senza mostrare alcuna emozione, come se dovesse sopportare sempre in silenzio cií² che la vita le imponeva, mi raccontí² l’episodio della chiesa, allorché il prete – forse il suo unico amico – le aveva rifiutato l’Eucaristia. Mi disse della maledizione che aveva lanciato in quel momento, abbandonando per sempre la Chiesa Cattolica.

“Santo è colui che onora la propria vita,” spiegai. “íˆ sufficiente capire che tutti noi ci troviamo qui per una ragione precisa, e dobbiamo impegnarci per essa. In tal modo, potremo ridere delle nostre grandi o piccole sofferenze e affrontare il cammino senza paura, consapevoli che ogni passo ha un suo senso. Potremo lasciarci guidare dalla luce che promana dal Vertice.”

“Che cos’è il Vertice? In matematica è il punto superiore di un triangolo.”

“Pure nella vita è il punto culminante, la meta di coloro che – come ogni essere umano – commettono degli errori, ma che non perdono di vista la luce che si diffonde dal proprio cuore anche nei momenti pií¹ difficili. íˆ cií² che cerchiamo di fare nel nostro gruppo. Il Vertice è nascosto nell’intimo, e noi possiamo raggiungerlo se siamo disposti ad accettarlo e riconosciamo la sua luce.”

Le spiegai che la danza cui aveva assistito nei giorni precedenti, eseguita da individui di ogni etí  (allora eravamo un gruppo di dieci persone, tra i diciannove e i sessantacinque anni), era stata da me battezzata “La ricerca del Vertice”. Athena mi domandí² dove l’avessi scoperta.

Le raccontai cosí¬ che, subito dopo la fine della Seconda Guerra Mondiale, una parte della mia famiglia era riuscita a sfuggire al regime comunista che si stava instaurando in Polonia e aveva scelto di trasferirsi in Inghilterra. Qualcuno aveva sentito dire che, tra le cose che si dovevano portar via, c’erano oggetti d’arte e libri antichi, molto apprezzati in quel lembo di mondo.

Infatti, quadri e sculture vennero venduti quasi subito, mentre i libri rimasero in un angolo, a coprirsi di polvere. Poiché mia madre voleva che leggessi e parlassi il polacco, servirono per la mia istruzione. Un giorno, in un’edizione di Thomas Malthus del XIX secolo, scoprii due fogli con alcuni appunti di mio nonno, morto in un campo di concentramento. Iniziai a leggere, convinto che si trattasse di indicazioni sull’eredití , o di appassionate lettere a qualche amante segreta, giacché si raccontava che si era innamorato di una donna in Russia.

In effetti, esisteva un qualche rapporto tra cií² che si diceva e la realtí . Nel resoconto di un viaggio in Siberia durante la rivoluzione comunista, affermava di essersi innamorato di un’attrice nel remoto villaggio di Diedov (N.d.R.: è stato impossibile localizzare il villaggio sulla carta geografica: o il nome è stato intenzionalmente cambiato, oppure il luogo è scomparso dopo le migrazioni forzate imposte da Stalin). Secondo il nonno, la donna apparteneva a una sorta di setta, che riteneva di trovare in un certo tipo di danza il rimedio a ogni male, poiché attraverso di essa si entra in contatto con la luce del Vertice.

Laggií¹, tutti avevano il timore che quella tradizione potesse scomparire: infatti, gli abitanti avrebbero dovuto trasferirsi altrove, e quel luogo sarebbe stato utilizzato per test nucleari. Sia l’attrice sia i suoi amici pregarono mio nonno di trascrivere tutto cií² che avevano appreso. Lo fece – ma senza dare alla faccenda una particolare importanza, poiché dimenticí² gli appunti in un libro, dove rimasero fino al giorno in cui li trovai.

Athena mi interruppe:

“Ma non si puí² scrivere sulla danza. Bisogna solo danzare.”

“Esatto. In sostanza, gli appunti dicevano solo questo: danzare fino all’esaurimento, come se fossimo degli alpinisti che salgono su questa collina, su questa sacra montagna. Danzare fino a quando, attraverso il respiro ansimante, il nostro organismo riceva ossigeno in maniera inusuale – e questo finisce per farci perdere la nostra identití , il nostro rapporto con lo spazio e con il tempo. Danzare soltanto al suono di strumenti a percussione, ripetere l’esercizio ogni giorno, aver coscienza che, a un dato momento, gli occhi si chiudono naturalmente – e noi cominciamo a scorgere una luce proveniente dall’intimo, che risponde alle nostre domande, che sviluppa i nostri poteri nascosti.”

“Hai sviluppato qualche potere, tu?”

Anziché rispondere, le suggerii di unirsi al gruppo, visto che il bambino mostrava sempre di essere a proprio agio, anche quando il suono dei cimbali e dei tamburi era molto forte. L’indomani, poco prima dell’inizio della seduta, Athena era lí¬. La presentai ai compagni, spiegando soltanto che si trattava della vicina dell’appartamento di sopra: nessuno disse alcunché riguardo alla propria vita, né domandí² a lei che cosa faceva. All’ora stabilita, feci partire la musica e cominciammo a danzare.

Athena mosse i primi passi con il bambino in braccio. Il piccolo si addormentí² quasi subito, e lei lo sistemí² sul divano. Prima di chiudere gli occhi e scivolare nella trance, mi accorsi che aveva compreso il cammino del Vertice.

Tutti i giorni tranne la domenica, Athena era lí¬ con il bambino. Scambiavamo solo qualche parola di saluto: io facevo partire la musica che un amico mi aveva portato dalle steppe russe, e tutti danzavamo fino a essere esausti. Dopo un mese, mi chiese una copia della cassetta.

“Vorrei danzare anche al mattino, prima di lasciare Viorel da mia madre e andare al lavoro.”

Io ero riluttante.

“Innanzitutto, penso che un gruppo, unito dalla medesima energia, arrivi a creare una sorta di aura, facilitando la trance di ciascun componente. Inoltre, danzare prima di andare al lavoro significa predisporsi al licenziamento, perché saresti stanca per l’intera giornata.”

Athena ci pensí² sopra, ma poi replicí²:

“Hai ragione quando parli di energia collettiva. Ho notato che nel tuo gruppo ci sono quattro coppie e la tua donna. Tutti – assolutamente tutti – hanno trovato l’amore. Percií² possono condividere una vibrazione positiva.

“Ma io sono sola. O meglio, ho mio figlio, ma il suo amore non puí² ancora manifestarsi in modo da venir inteso da tutti. E allora preferisco accettare la mia solitudine: se cercassi di fuggirla, non incontrerei mai pií¹ un compagno. Se anziché lottare contro di essa l’accetterí², forse le cose cambieranno. Ho capito che la solitudine si rivela pií¹ forte quando si tenta di contrastarla – ma s’indebolisce quando viene ignorata.”

“Ti sei unita al nostro gruppo in cerca dell’amore?”

“Anche se penso che sarebbe un buon motivo, la risposta è ‘no’. Sono entrata in cerca di un senso per la mia vita, la cui unica ragione è mio figlio. A un certo punto, ho temuto di poter distruggere Viorel, magari con una protezione esagerata, o con la proiezione dei sogni che non sono riuscita a realizzare su di lui. Qualche giorno fa, mentre danzavo, mi sono sentita guarita. Se avessi avuto un problema fisico, potrebbe essere definito un miracolo. Ma si trattava di qualcosa di spirituale, che mi disturbava… Di certo, all’improvviso è svanito.”

Sapevo perfettamente di cosa stava parlando.

“Nessuno mi ha insegnato a danzare al suono di questa musica,” proseguí¬ Athena. “Tuttavia penso di sapere quello che sto facendo.”

“Non è necessario imparare. Ricordati della nostra passeggiata nel parco e di cií² che abbiamo visto: è la natura che crea il ritmo e si adatta a ciascun momento.”

“Nessuno mi ha insegnato ad amare. Eppure io ho amato mio marito, e da sempre amo Dio, mio figlio e la mia famiglia. Tuttavia mi manca qualcosa. Anche se, mentre danzo, la stanchezza cala su di me, ho l’impressione di trovarmi in uno stato di grazia, in un’estasi profonda. Io voglio che questo incanto si prolunghi durante il giorno. E che mi aiuti a trovare cií² che manca: l’amore di un uomo.

“Durante la danza, vedo il cuore di quest’uomo, anche se non riesco a scorgerne il viso. Sento che è vicino, e percií² devo essere vigile. Devo danzare al mattino, cosí¬ da poter passare il resto della giornata prestando attenzione a tutto cií² che accade intorno a me.”

“Sai che cosa vuol dire la parola ‘estasi’? Viene dal greco e significa ‘uscire da se stessi’. Passare l’intera giornata fuori da se stessi è chiedere troppo al corpo e all’anima.”

“Io tenterí².”

Quando mi resi conto che era inutile discutere, le feci una copia del nastro. A partire da allora, tutti i giorni io mi svegliavo con quel suono al piano superiore: udivo i suoi passi e mi domandavo come riuscisse ad affrontare il lavoro in una banca dopo quasi un’ora di trance. In uno dei nostri incontri casuali sulle scale, la invitai a prendere un caffè. Athena mi raccontí² che aveva fatto alcune copie del nastro e che, adesso, anche molti dei suoi colleghi erano alla ricerca del Vertice.

“Ho sbagliato? Era un segreto?”

Certamente no: anzi, mi stava aiutando a preservare una tradizione quasi perduta. Negli appunti di mio nonno, una donna raccontava che un monaco in visita nella regione aveva affermato che, in noi, sono presenti tutti i nostri antenati e tutte le generazioni future. Danzando e liberandoci, facevamo la stessa cosa con l’umanití .

“Dunque, le donne e gli uomini di quel villaggio della Siberia sono tutti presenti – e felici. Grazie a tuo nonno, la loro ‘opera’ sta rinascendo in questo mondo. Ma vorrei una spiegazione: perché hai deciso di danzare dopo aver letto quel testo? Se ti fosse capitato tra le mani qualcosa sullo sport, avresti deciso di fare il calciatore?”

Era una domanda che non mi rivolgeva nessuno.

“Perché all’epoca ero malato. Soffrivo di una rara forma di artrite, e i medici dicevano che dovevo prepararmi a restare immobilizzato su una sedia a rotelle a trentacinque anni. Mi resi conto allora che avevo poco tempo a disposizione, e cosí¬ decisi di dedicarmi a tutto cií² che non avrei potuto fare in seguito. Su quei piccoli fogli di carta, mio nonno aveva scritto che gli abitanti di Diedov credevano nei poteri curativi della trance.”

“A quanto pare, avevano ragione.”

Io non replicai, ma non era proprio cosí¬. Forse i medici si erano sbagliati. Forse il fatto di essere un immigrato che non si poteva concedere il lusso di ammalarsi, avrí  agito sul mio inconscio con una forza tale da provocare una reazione naturale dell’organismo. O forse sarí  stato davvero un miracolo, la qual cosa contrasterebbe decisamente con gli insegnamenti della mia fede cattolica: le danze non guariscono.

Ricordo che, durante l’adolescenza, poiché non disponevo di una musica che ritenevo adatta, ero solito infilarmi sulla testa un cappuccio nero e immaginare che la realtí  intorno a me cessasse di esistere: il mio spirito volava a Diedov, raggiungeva quelle donne e quegli uomini, mio nonno e l’attrice che aveva tanto amato. Nel silenzio della stanza li pregavo affinché mi insegnassero a danzare, a spingermi oltre i miei limiti, perché ben presto sarei stato paralizzato per sempre. Quanto pií¹ il mio corpo si muoveva, tanto pií¹ la luce del mio cuore si rivelava, e io apprendevo – forse attraverso me stesso, forse attraverso i fantasmi del passato. Giunsi al punto di immaginare la musica che ascoltavano durante i rituali e, quando un amico si recí² in Siberia, molti anni dopo, gli chiesi di portarmi alcuni dischi: con mia grande sorpresa, uno conteneva una musica assai simile a quella che, secondo me, accompagnava la danza di Diedov.

Comunque, meglio non dire niente ad Athena: si trattava di una persona facilmente influenzabile, con un temperamento abbastanza instabile – cosí¬ mi sembrava.

“Forse stai facendo la cosa giusta” fu il mio unico commento.

Ne riparlammo ancora una volta, poco prima del suo viaggio in Medio Oriente. Mi sembrí² contenta, come se avesse trovato cií² che desiderava: l’amore.

“I miei colleghi hanno creato un gruppo: ‘I pellegrini del Vertice.’ E tutto, grazie a tuo nonno.”

“Grazie a te, che hai sentito il bisogno di condividere quest’esperienza con gli altri. So che stai per partire e voglio ringraziarti per aver dato una nuova dimensione a cií² che io ho fatto per anni, impegnandomi per diffondere questa luce tra le poche persone che lasciavano trasparire un interesse, ma sempre in modo timido, sempre pensando che gli altri avrebbero trovato ridicola questa storia.”

“Sai che cosa ho scoperto? Che, malgrado l’estasi rappresenti la capacití  di estraniarsi da se stessi, la danza è una maniera di muoversi nello spazio, di innalzarsi. Di scoprire nuove dimensioni, pur continuando a essere in contatto con il proprio corpo. Con la danza, il mondo spirituale e il mondo reale coesistono senza conflitti. Penso che i ballerini classici danzino sulla punta dei piedi perché sfiorano la terra e, contemporaneamente, raggiungono i cieli.”

Che io ricordi, furono queste le sue ultime parole. In qualsiasi danza alla quale ci dedichiamo con gioia, la mente perde ogni potere di controllo: è il cuore ad assumere il comando del corpo. Solo in quel momento compare il Vertice.

Purché vi crediamo, è chiaro.

Il prossimo capitolo sarí  on-line: 23.04.07

“Cari lettori, poiché non parlo la vostra lingua, ho chiesto alla casa editrice di tradurre i vostri commenti. Le vostre considerazioni sul mio nuovo romanzo sono molto importanti per me.”

Con affetto, Paulo Coelho

Neuvième Chapitre

Pavel Podbielski, 57 ans, propriétaire de l’appartement

Athéna et moi avions une chose en commun : nous étions tous les deux exilés de guerre, arrivés en Angleterre encore enfants, míªme si j’avais fui la Pologne cinquante ans plus tí´t. Nous savions l’un et l’autre que, míªme s’il y a toujours un déplacement physique, les traditions demeurent dans l’exil – les communautés se reconstituent, la langue et la religion restent vivantes, les gens ont tendance í  se protéger mutuellement dans un milieu qui leur sera í  tout jamais étranger.

De míªme que les traditions demeurent, le désir du retour disparaí®t peu í  peu. Il doit rester vivant dans nos cÅ“urs, comme un espoir avec lequel il nous plaí®t de nous mentir, mais qui ne sera jamais réalisé ; je ne retournerai jamais vivre í  Czestochowa, elle et sa famille ne seraient jamais repartis í  Beyrouth.

C’est ce genre de solidarité qui m’a fait louer le troisième étage de ma maison dans Basset Road – sinon, j’aurais préféré des locataires sans enfant. J’avais déjí  commis cette erreur auparavant, et cela avait soulevé deux problèmes : je me plaignais du bruit qu’ils faisaient dans la journée, et ils se plaignaient du bruit que je faisais la nuit. Ces deux problèmes prenaient tous les deux leur source dans des éléments sacrés – les pleurs et la musique -, mais comme ils appartenaient í  deux mondes totalement différents, il était difficile que l’un tolérí¢t l’autre.

Je l’ai prévenue, mais elle n’a pas relevé. Elle m’a dit de ne pas m’en faire au sujet de son fils : il passait toute la journée chez sa grand-mère. Et l’appartement avait l’avantage de se trouver près de son travail, une banque des environs.

Malgré mes avertissements, bien qu’elle ait résisté bravement au début, au bout de huit jours, la sonnette a retenti í  ma porte. C’était elle, son enfant dans les bras :

« Mon fils ne peut pas dormir. Est-ce qu’aujourd’hui seulement vous ne pourriez pas baisser la musique… »

Tout le monde dans le salon l’a regardée.

« Qu’est-ce que c’est ? »

L’enfant dans ses bras a cessé de pleurer immédiatement, comme s’il était aussi surpris que sa mère en voyant ce groupe de gens qui subitement s’étaient arríªtés de danser.

J’ai appuyé sur le bouton qui mettait en pause la cassette, d’une main je lui ai fait signe d’entrer, et j’ai aussití´t remis l’appareil en marche, pour ne pas perturber le rituel. Athéna s’est assise dans un coin du salon, berí§ant le bébé dans ses bras, constatant qu’il s’endormait facilement malgré le bruit du tambour et des cuivres. Elle a assisté í  toute la cérémonie, elle est partie quand les autres invités partaient aussi et, comme je pouvais l’imaginer, elle a sonné de nouveau í  ma porte le lendemain matin, avant d’aller travailler.

« Vous n’avez pas besoin de m’expliquer ce que j’ai vu : des gens qui dansent les yeux fermés ; je sais ce que cela signifie, parce que très souvent je fais la míªme chose, ce sont les seuls moments de paix et de sérénité de ma vie. Avant d’íªtre mère, je fréquentais les boí®tes avec mon mari et mes amis ; lí  aussi je voyais sur la piste de danse des gens les yeux fermés, certains uniquement pour impressionner les autres, d’autres comme s’ils étaient mus par une force supérieure, plus puissante qu’eux. Et depuis que j’ai une certaine notion de la vie, j’ai trouvé dans la danse un moyen de me connecter í  quelque chose qui est plus fort, plus puissant que moi. Mais je voudrais savoir quelle est cette musique.

– Qu’allez-vous faire dimanche ?

– Rien de spécial. Me promener avec Viorel í  Regent’s Park, respirer un peu d’air pur. J’aurai tout le temps pour mon emploi du temps personnel – dans cette phase de ma vie, j’ai choisi de suivre celui de mon fils.

– Alors je viendrai avec vous. »

Les deux jours précédant notre promenade, Athéna venait assister au rituel. L’enfant s’endormait au bout de quelques minutes, et elle regardait simplement, sans rien dire, les autres bouger autour d’elle. Bien qu’elle restí¢t immobile sur le sofa, j’avais la certitude que son í¢me dansait.

Le dimanche après-midi, tandis que nous nous promenions dans le parc, je l’ai priée de príªter attention í  tout ce qu’elle voyait et entendait : les feuilles qui se balaní§aient au vent, les vaguelettes sur le lac, les oiseaux qui chantaient, les chiens qui aboyaient, les cris des enfants qui couraient de tous cí´tés, comme s’ils obéissaient í  une étrange logique, incompréhensible aux adultes.

« Tout bouge. Et tout bouge en rythme. Et tout ce qui bouge en rythme provoque un son ; cela se passe ici et partout dans le monde en ce moment. Nos ancíªtres avaient remarqué la míªme chose, quand ils allaient se mettre í  l’abri du froid dans leurs cavernes : les choses bougeaient et faisaient du bruit.

« Les premiers íªtres humains ont peut-íªtre fait ce constat avec étonnement, et aussití´t après avec dévotion : ils avaient compris que c’était le moyen pour une Entité Supérieure de communiquer avec eux. Ils se sont mis í  imiter les bruits et les mouvements qui les entouraient, espérant communiquer eux aussi avec cette Entité : la danse et la musique venaient de naí®tre. Il y a quelques jours, vous m’avez dit que lorsque vous dansiez, vous parveniez í  communiquer avec quelque chose qui est plus puissant que vous.

– Quand je danse, je suis une femme libre. Plus exactement, je suis un esprit libre, qui peut voyager dans l’univers, regarder le présent, deviner l’avenir, se transformer en énergie pure. Et cela me donne un immense plaisir, une joie qui est toujours bien au-delí  de ce que j’ai déjí  éprouvé, et que j’éprouverai sans doute au long de mon existence.

« í€ une époque de ma vie, j’étais déterminée í  faire de moi une sainte – louant Dieu í  travers la musique et les mouvements de mon corps. Mais ce chemin m’est définitivement fermé.

– Quel chemin est fermé ? »

Elle a déposé l’enfant dans sa poussette. J’ai vu qu’elle n’avait pas envie de répondre í  la question, j’ai insisté : quand la bouche se ferme, c’est que l’on allait dire quelque chose d’important.

Sans manifester la moindre émotion, comme si elle avait toujours dí» supporter en silence ce que la vie lui imposait, elle m’a raconté l’épisode de l’église, quand le príªtre – peut-íªtre son seul ami – lui avait refusé la communion. Et la malédiction qu’elle avait proférée í  la minute míªme ; elle avait abandonné pour toujours l’Église catholique.

« Le saint est celui qui donne une certaine dignité í  sa vie, ai-je expliqué. Il nous suffit de comprendre que nous avons tous une raison d’íªtre ici, et de nous engager. Ainsi, nous pouvons rire de nos grandes ou petites souffrances, et avancer sans crainte, conscients que chaque pas a un sens. Nous pouvons nous laisser guider par la lumière qui émane du Vertex.

– Qu’est-ce que le Vertex ? En mathématique, c’est le sommet d’un triangle.

– Dans la vie aussi, c’est le point culminant, le but de tous ceux qui errent mais, ne perdent pas de vue une lumière qui émane de leur cÅ“ur, míªme dans les moments les plus difficiles. C’est ce que nous voulons faire dans notre groupe. Le Vertex est caché en nous, et nous pouvons arriver jusqu’í  lui si nous l’acceptons, et si nous reconnaissons sa lumière. »

J’ai expliqué que la danse qu’elle avait vue les jours précédents, réalisée par des personnes de tous í¢ges (í  ce moment nous étions un groupe de dix personnes, de dix-neuf í  soixante-cinq ans), avait été baptisée « la quíªte du Vertex » par mes soins. Athéna a demandé oí¹ j’avais trouvé cela.

Je lui ai raconté que, juste après la fin de la Seconde Guerre, une partie de ma famille pour fuir le régime communiste qui était en train de s’installer en Pologne, avait décidé de partir pour l’Angleterre. Ils avaient entendu dire que, dans leurs bagages, ils devaient emporter les objets d’art et les livres anciens, qui avaient beaucoup de valeur dans cette partie du monde.

En fait, tableaux et sculptures ont été vendus tout de suite, mais les livres sont restés dans un coin, se couvrant de poussière. Comme ma mère voulait m’obliger í  lire et í  parler le polonais, ils ont servi í  mon éducation. Un beau jour, í  l’intérieur d’une édition du XIXe siècle de Thomas Malthus, j’ai découvert deux feuillets de notes rédigées par mon grand-père, mort dans un camp de concentration. J’ai commencé í  lire, croyant qu’il s’agissait de renseignements concernant l’héritage, ou de lettres passionnées destinées í  quelque amante secrète, puisqu’il courait une légende selon laquelle, un jour, il était tombé amoureux en Russie.

Il y avait bien une certaine relation entre la légende et la réalité. C’était le récit de son voyage en Sibérie pendant la révolution communiste ; lí -bas, dans le lointain village de Diedov (N.R. : il a été impossible de localiser sur la carte ce village ; ou bien le nom a été volontairement changé, ou bien l’endroit a disparu après les migrations forcées de Staline), il avait aimé une actrice. D’après mon grand-père, elle faisait partie d’une sorte de secte, dont les membres pensent trouver dans un type de danse déterminé le remède í  tous les maux, parce qu’elle permet le contact avec la lumière du Vertex.

L’actrice et ses amis craignaient que toute cette tradition ne disparaisse ; les habitants allaient bientí´t íªtre déplacés, et le lieu servirait pour des essais nucléaires. Ils l’ont prié d’écrire tout ce qu’ils avaient appris. Et c’est ce qu’il a fait, mais il n’a sans doute pas accordé beaucoup d’importance í  l’affaire, oubliant ses notes dans un livre qu’il emportait. Jusqu’au jour oí¹ je les ai découvertes.

Athéna m’a interrompu :

« Mais on ne peut pas écrire sur la danse. Il faut danser.

– Exact. Au fond, les notes ne disaient que cela : danser jusqu’í  l’épuisement, comme si nous étions des alpinistes gravissant cette colline, cette montagne sacrée. Danser jusqu’í  ce que notre respiration haletante transmette l’oxygène í  notre organisme d’une manière inhabituelle et que cela nous fasse perdre notre identité, notre rapport í  l’espace et au temps. Danser au son des seules percussions, répéter le processus tous les jours, comprendre que, í  un certain moment, les yeux se ferment naturellement et nous distinguons une lumière qui vient de l’intérieur, qui répond í  nos questions et développe nos pouvoirs cachés.

– Avez-vous déjí  développé un pouvoir ? »

En guise de réponse, je lui ai suggéré de se joindre í  notre groupe, puisque l’enfant semblait toujours í  l’aise míªme quand le son des cymbales et des instruments í  percussion était très fort. Le lendemain, í  l’heure oí¹ nous commencions toujours la séance, elle était lí . Je l’ai présentée í  mes compagnons, expliquant simplement qu’il s’agissait de la voisine du dessus ; personne n’a rien dit de sa vie, ni demandé ce qu’elle faisait. í€ l’heure fixée, j’ai mis le son et nous avons commencé í  danser.

Athéna a fait les premiers pas avec l’enfant dans les bras, mais il s’est tout de suite endormi et elle l’a déposé sur le sofa. Avant de fermer les yeux et d’entrer en transe, j’ai vu qu’elle avait compris exactement le chemin du Vertex.

Tous les jours – sauf le dimanche – elle était lí  avec l’enfant. Nous échangions seulement quelques mots de bienvenue ; je mettais la musique qu’un ami m’avait rapportée des steppes de Russie, et nous commencions tous í  danser jusqu’í  l’épuisement. Au bout d’un mois, elle m’a réclamé une copie de la cassette.

« J’aimerais faire cela le matin, avant de laisser Viorel chez maman et d’aller travailler. »

J’ai résisté avec force.

« Tout d’abord, je pense qu’un groupe qui est connecté í  la míªme énergie finit par créer une sorte d’aura, ce qui facilite la transe de tout le monde. En outre, faire cela avant d’aller au travail, c’est vous préparer í  vous faire licencier, car vous serez fatiguée toute la journée. »

Athéna a réfléchi un peu, mais elle a aussití´t réagi :

« Vous avez raison quand vous parlez de l’énergie collective. Je vois que dans votre groupe il y a quatre couples et votre femme. Tous, absolument tous, ont trouvé l’amour. C’est pourquoi ils peuvent partager avec moi une vibration positive.

« Mais moi, je suis seule. Plus exactement, je suis avec mon fils, mais son amour ne se manifeste pas encore d’une manière compréhensible. Alors je préfère accepter ma solitude : si je cherche í  lui échapper en ce moment, je ne retrouverai jamais un partenaire. Si je l’accepte plutí´t que de lutter contre elle, les choses changeront peut-íªtre. J’ai constaté que la solitude est plus forte quand nous tentons de l’affronter, mais perd de son intensité quand nous l’ignorons tout simplement.

– íŠtes-vous venue vers notre groupe en quíªte d’amour ?

– Je pense que ce serait un bon motif, mais la réponse est non. Je suis venue parce que je cherche un sens í  ma vie ; ma seule raison de vivre est Viorel, et je crains que cela ne finisse par le détruire, soit parce que je le protégerai exagérément, soit parce que je finirai par projeter sur lui les ríªves que je n’ai pas réussi í  réaliser. Un de ces derniers jours, pendant que je dansais, je me suis sentie guérie. Si j’avais eu une maladie physique, je sais que nous pourrions appeler cela un miracle ; mais j’étais atteinte d’un mal spirituel, qui s’est brusquement éloigné. »

Je savais de quoi elle parlait.

« Personne ne m’a appris í  danser au son de cette musique, a poursuivi Athéna. Mais je pressens que je sais ce que je fais.

– Il n’est pas nécessaire d’apprendre. Rappelez-vous notre promenade dans le parc, et ce que nous avons vu : la nature créant le rythme et s’adaptant í  chaque instant.

– Personne ne m’a appris í  aimer. Mais j’ai déjí  aimé Dieu, j’ai aimé mon mari, j’aime mon fils et ma famille. Et pourtant, quelque chose me manque. J’ai beau íªtre fatiguée pendant que je danse, quand je m’arríªte, il me semble que je suis en état de grí¢ce, dans une extase profonde. Je veux que cette extase se prolonge toute la journée. Et qu’elle m’aide í  trouver ce qui me manque : l’amour d’un homme.

« Je peux voir le cÅ“ur de cet homme, míªme si je ne parviens pas í  voir son visage. Je sens qu’il est tout près, alors je dois íªtre attentive. Je dois danser le matin, pour pouvoir, le restant de la journée, príªter attention í  ce qui se passe autour de moi.

– Savez-vous ce que veut dire le mot “extase” ? Il vient du grec, et il signifie : sortir de soi-míªme. Passer la journée entière hors de soi-míªme, c’est trop demander í  son corps et í  son í¢me.

– J’essaierai. »

J’ai vu qu’il n’avaní§ait í  rien de discuter, et j’ai fait une copie de la cassette. Dès lors, je me réveillais tous les jours avec cette musique í  l’étage au-dessus, je pouvais entendre ses pas, et je me demandais comment elle pouvait envisager son travail dans une banque après une heure ou presque de transe. Un jour oí¹ nous nous sommes rencontrés par hasard dans le couloir, je lui ai proposé de venir prendre un café. Athéna m’a raconté qu’elle avait fait d’autres copies de la cassette et que maintenant beaucoup de ses collègues cherchaient le Vertex.

« J’ai eu tort ? C’était secret ? »

Non, bien sí»r ; au contraire, cela m’aidait í  préserver une tradition quasi perdue. Dans les notes de mon grand-père, une femme disait qu’un moine qui visitait la région avait affirmé que tous nos ancíªtres et toutes les générations futures étaient présents en nous. Quand nous nous libérions, nous en faisions autant pour l’humanité.

« Alors les hommes et les femmes de cette petite ville de Sibérie doivent íªtre présents, et contents. Leur travail renaí®t en ce monde, grí¢ce í  votre grand-père. Mais je serais curieuse de savoir pourquoi vous avez décidé de danser après avoir lu ce texte. Si vous aviez lu quelque chose sur le sport, auriez-vous décidé de devenir footballeur ? »

C’était la question que personne ne me posait.

« J’étais malade, í  l’époque. J’avais une espèce rare d’arthrite, et les médecins disaient que je devais me préparer í  íªtre dans une chaise roulante í  trente-cinq ans. Voyant que j’avais peu de temps devant moi, j’ai décidé de me consacrer í  tout ce que je ne pourrais plus faire par la suite. Mon grand-père avait écrit, sur ce petit morceau de papier, que les habitants de Diedov croyaient aux pouvoirs curatifs de la transe.

– Apparemment, ils avaient raison. »

Je n’ai rien répondu, mais je n’en étais pas si sí»r. Les médecins s’étaient peut-íªtre trompés. Le fait que je sois un immigrant avec ma famille, ne pouvant m’offrir le luxe d’íªtre malade, a peut-íªtre agi sur mon inconscient avec une force telle que cela a provoqué une réaction naturelle de mon organisme. Ou peut-íªtre était-ce vraiment un miracle, ce qui irait absolument í  l’encontre de ce que príªche ma foi catholique : les danses ne guérissent pas.

Je me souviens que, dans mon adolescence, comme je n’avais pas la musique que je jugeais adéquate, il m’arrivait de me mettre un capuchon noir sur la tíªte et d’imaginer que la réalité qui m’entourait cessait d’exister : mon esprit voyageait vers Diedov, avec ces hommes et ces femmes, avec mon grand-père et son actrice tant aimée. Dans le silence de la chambre, je leur demandais de m’apprendre í  danser, í  dépasser mes limites, car bientí´t je serais paralysé í  tout jamais. Plus mon corps bougeait, plus la lumière de mon cÅ“ur apparaissait, et plus j’apprenais – peut-íªtre tout seul, peut-íªtre avec les fantí´mes du passé. J’en suis venu í  imaginer la musique qu’ils écoutaient dans leurs rituels, et quand un ami s’est rendu en Sibérie bien des années plus tard, je lui ai demandé de me rapporter quelques disques ; í  ma surprise, l’un d’eux ressemblait beaucoup í  ce que je pensais íªtre la danse de Diedov.

Mieux valait n’en rien dire í  Athéna – c’était une personne facilement influení§able, et son tempérament me semblait instable.

« Peut-íªtre agissez-vous correctement », ai-je seulement remarqué.

Nous avons conversé encore une fois, peu avant son voyage au Moyen-Orient. Elle paraissait contente, comme si elle avait trouvé tout ce qu’elle désirait : l’amour.

« Mes collègues de travail ont formé un groupe, et ils s’appellent eux-míªmes “les pèlerins du Vertex”. Tout cela grí¢ce í  votre grand-père.

– Grí¢ce í  vous, qui avez senti la nécessité de partager cela avec les autres. Je sais que vous allez partir, et je veux vous remercier d’avoir donné une autre dimension í  ce que j’ai fait pendant des années, essayant de propager cette lumière avec quelques intéressés, mais toujours timidement, pensant toujours que l’on allait trouver ridicule toute cette histoire.

– Savez-vous ce que j’ai découvert ? Que si l’extase est la capacité de sortir de soi-míªme, la danse est une manière de s’élever dans l’espace. Découvrir de nouvelles dimensions, et cependant rester en contact avec son corps. Avec la danse, le monde spirituel et le monde réel parviennent í  cohabiter sans conflits. Je pense que les danseurs classiques restent sur la pointe des pieds parce qu’ils touchent la terre et en míªme temps atteignent les cieux. »

Autant que je me souvienne, ce furent ses derniers mots. Pendant n’importe quelle danse í  laquelle nous nous abandonnons joyeusement, le cerveau perd son pouvoir de contrí´le, et le cÅ“ur dirige le corps. Alors seulement le Vertex apparaí®t.

Dès lors que nous y croyons, bien sí»r.

Le prochain chapitre sera en ligne le 23.04.2007

Readers’ Corner for The Witch of Portobello

This space is for the readers who have read the book. All critics, positive or negative, will be put here, and we will only exclude those that are offensive and aggressive. To criticize and to comment is something natural, we will be very strict leaving this space only for those who read “The Witch of Portobello”. For those who still haven’t read the first chapters you can click on the column at the right side of the screen. Meanwhile the comments there will be closed.”


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Best Regards,

Paula Braconnot

Ottavo Capitolo

Padre Giancarlo Fontana

La vidi quando entrí² per la messa domenicale, tenendo il bambino fra le braccia. Ero al corrente delle difficoltí  che stavano affrontando ma, fino a quella settimana, si trattava soltanto di un comune dissapore tra coniugi: speravo che venisse risolto, prima o poi, giacché entrambi erano persone che irradiavano il Bene intorno a sé.

Da un anno, non veniva a suonare la chitarra e a cantare lodi alla Vergine alla mattina: si dedicava a Viorel, che ho avuto l’onore di battezzare – per quanto ricordo, non esiste alcun santo con questo nome. Comunque, lei veniva a messa ogni domenica e, alla fine, quando ormai se n’erano andati tutti, ci trattenevamo a chiacchierare. Diceva che ero il suo unico amico: insieme partecipavamo alle adorazioni del Santissimo, ma ora aveva bisogno di spartire con me le difficoltí  terrene.

Amava Lukás pií¹ di qualsiasi altro uomo che avesse mai incontrato: era il padre di suo figlio, la persona che aveva scelto per condividere la propria vita, qualcuno che si era mostrato pronto a rinunciare a tutto e aveva avuto il coraggio di creare una famiglia. Quando cominciarono le crisi, lei tentí² di fargli capire che si trattava di un periodo passeggero, che ora doveva dedicarsi al figlio, anche se non aveva alcuna intenzione di trasformarlo in un bambino viziato: presto avrebbe lasciato che affrontasse da solo certe sfide della vita. A questo punto, sarebbe tornata a essere la moglie e la donna che lui aveva conosciuto nei primi incontri, fors’anche con maggior intensití , giacché adesso era pií¹ cosciente dei doveri e delle responsabilití  insite nella scelta che aveva fatto. Lukás, comunque, si sentiva respinto: Athena cercava disperatamente di dividersi fra marito e figlio, ma era sempre costretta a scegliere – e in quei momenti, senza alcun’ombra di dubbio, la scelta si appuntava su Viorel.

Con le mie scarse conoscenze psicologiche, le dissi che non era la prima volta che udivo una simile storia, e che gli uomini generalmente si sentono rifiutati in una situazione come quella: comunque, è qualcosa che passa in fretta – mi era gií  capitato di affrontare questo tipo di problema, conversando con alcuni dei miei parrocchiani. In una delle nostre chiacchierate, Athena riconobbe di essere stata forse precipitosa: il suo romanticismo di giovane madre le aveva impedito di vedere con chiarezza le sfide che si presentano dopo la nascita di un bambino. Ma era troppo tardi per i pentimenti.

Mi domandí² se potevo parlare con Lukás – che in chiesa non si faceva vedere mai, sia perché non credeva in Dio, sia perché preferiva impiegare le mattinate della domenica per stare vicino al figlio. Io mi resi disponibile, purché fosse lui a venire spontaneamente. Quando Athena stava per chiedergli questo favore, sopraggiunse la grande crisi – e il marito se ne andí² da casa.

Le consigliai di avere pazienza, ma mi sembrí² profondamente ferita. Poiché era gií  stata abbandonata una volta nell’infanzia, tutto l’odio che provava per la madre naturale fu riversato automaticamente su Lukás – anche se in seguito, a quanto ho saputo, tornarono a essere buoni amici. Per Athena, spezzare i legami famigliari era forse il peccato pií¹ grave che si possa commettere.

Continuí² a frequentare la chiesa tutte le domeniche – ma tornava subito a casa, giacché non aveva pií¹ nessuno a cui lasciare il figlio e, durante la funzione, il bambino piangeva molto, disturbando il raccoglimento degli altri fedeli. In una delle rare conversazioni, mi disse che lavorava in una banca, che aveva affittato un appartamento e che non dovevo preoccuparmi: il “padre” – non pronunciava pií¹ il nome del marito – stava rispettando i suoi obblighi finanziari.

Poi arriví² quella domenica fatidica.

Io sapevo cos’era successo durante la settimana – me l’aveva raccontato uno dei parrocchiani. Passai varie nottate pregando affinché un angelo mi ispirasse e mi chiarisse quale impegno dovevo mantenere: quello verso la Chiesa, o quello verso gli uomini. Poiché l’angelo non apparve, contattai il mio superiore: questi mi disse che la Chiesa è riuscita a sopravvivere solo perché ha sempre mostrato un’assoluta inflessibilití  riguardo ai dogmi – se avesse cominciato a fare delle eccezioni, sarebbe stata perduta sin dal Medio Evo. Io sapevo esattamente cií² che sarebbe accaduto, e cosí¬ pensai di telefonare ad Athena, ma non mi aveva lasciato il suo nuovo numero.

Quella mattina, le mie mani tremarono quando alzai l’ostia, consacrando il pane. Pronunciai le parole della formula che la tradizione millenaria mi aveva trasmesso, usando il potere che, di generazione in generazione, era disceso dagli apostoli. Ma subito il mio pensiero si volse a quella giovane con il figlio in braccio: una sorta di Vergine Maria – il miracolo della maternití  e dell’amore resi ancora pií¹ evidenti nell’abbandono e nella solitudine – che era appena entrata nella fila come faceva sempre e che, passo dopo passo, si avvicinava per prendere la comunione.

Penso che gran parte dei fedeli presenti sapesse cosa stava accadendo: tutti mi guardavano, aspettando la mia reazione. Mi vidi circondato da giusti, peccatori, farisei, sacerdoti del Sinedrio, discepoli, uomini di buona e cattiva volontí .

Athena si fermí² davanti a me e ripeté il gesto di sempre: chiuse gli occhi e aprí¬ le labbra per ricevere il Corpo di Cristo.

Ma il Corpo di Cristo rimase fra le mie mani.

Lei spalancí² gli occhi, senza capire cosa stava accadendo.

“Ne parliamo dopo,” le sussurrai.

Athena rimase immobile.

“C’è gente in fila dietro di te. Ne parliamo dopo.”

“Che sta succedendo?” Coloro che erano vicini poterono udire la sua domanda.

“Ne parliamo dopo.”

“Perché non mi dí  la comunione? Mi sta umiliando davanti a tutti. Non è sufficiente quello che ho gií  passato?”

“Athena, la Chiesa proibisce ai divorziati l’accesso al sacramento. Tu hai firmato i documenti questa settimana. Ne parliamo dopo,” ripetei, ancora una volta.

Poiché non si muoveva, con un cenno invitai la persona che la seguiva ad affiancarla. Continuai a distribuire la comunione finché l’ultimo parrocchiano non l’ebbe ricevuta. Fu allora che, prima di tornare all’altare, udii quella voce.

Non era pií¹ la voce della giovane che cantava le lodi alla Vergine, che parlava dei suoi progetti, che si commuoveva raccontando cií² che aveva appreso sulla vita dei santi, che quasi piangeva quando si sforzava di condividere le sue difficoltí  matrimoniali: era la voce di un animale ferito, umiliato, con il cuore gonfio di odio.

“Sia maledetto questo luogo, allora!” esclamí² la voce. “E maledetti siano coloro che non hanno inteso le parole di Gesí¹ e hanno trasformato il suo Messaggio in una costruzione di pietra. Cristo disse: ‘Che gli afflitti vengano a me, e io allevierí² le loro pene.’ Ebbene, io sono afflitta, ferita, ma non mi lasciano avvicinare a Lui. Oggi, ho appreso che la Chiesa ha modificato le Sue parole: ‘Che vengano a me coloro che seguono le mie regole, e si allontanino gli afflitti!'”

Una delle donne in prima fila le intimí² di tacere. Ma io volevo ascoltare – avevo bisogno di ascoltare. Mi voltai e rimasi immobile di fronte a lei, con il capo chino: era l’unica cosa che potevo fare.

“Giuro che non rimetterí² mai pií¹ piede in una chiesa. Ancora una volta, sono abbandonata da una famiglia – e in questo frangente non si tratta di difficoltí  finanziarie o dell’immaturití  di chi si sposa troppo presto. Maledetti siano tutti coloro che chiudono la porta in faccia a una madre e un figlio! Siete uguali a quelli che non accolsero la Sacra Famiglia, identici a chi negí² Cristo quando aveva maggiormente bisogno di un amico!”

Si voltí² di scatto e, piangendo, uscí¬ con il figlio tra le braccia. Io terminai la funzione, impartii la benedizione e mi diressi subito in sacrestia – non ci sarebbe stato alcun colloquio con i fedeli, né delle conversazioni inutili. Quella domenica, mi trovavo davanti a un dilemma filosofico: avevo scelto di obbedire all’istituzione, e non alle parole sulle quali essa si fonda.

Ormai sono vecchio, Dio puí² prendermi in qualsiasi momento. Ho sempre osservato ogni dettame della religione e penso che, nonostante tutti gli errori, la Chiesa stia sinceramente sforzandosi per correggersi. Ci vorranno decenni, forse secoli, ma un giorno terrí  conto solo dell’amore e della frase di Cristo: “Che gli afflitti vengano a me, e io allevierí² le loro pene.” Ho dedicato l’intera vita al sacerdozio, e non mi pento nemmeno per un secondo di questa scelta. Tuttavia, in certi momenti – in quella domenica, per esempio -, benché non avessi alcun dubbio sulla fede, ho dubitato degli uomini.

Ora so quello che è successo ad Athena e mi domando: tutto ha avuto inizio in quel momento, oppure era gií  presente nella sua anima? Penso ai molti Lukás e Athena che divorziano nel mondo e che non possono pií¹ ricevere il sacramento dell’Eucaristia: a loro non resta che contemplare il Cristo sofferente e crocifisso e ascoltare le Sue parole – che non sempre concordano con le leggi vaticane. In qualche raro caso, queste persone si allontanano dalla congregazione, ma la maggior parte continua a frequentare la messa domenicale, pur consapevole che il miracolo della transustanziazione del pane e del vino nella carne e nel sangue di Cristo le è proibito.

Penso che, uscendo dalla chiesa, Athena possa aver incontrato Gesí¹. E, piangendo, si sia gettata fra le Sue braccia, confusa, chiedendoGli di spiegarle il motivo per cui doveva restare fuori a causa di una firma apposta su un foglio di carta: una cosa priva di importanza sul piano spirituale, che riguardava solo notai e tasse.

E Gesí¹, fissandola, potrebbe aver risposto:

“Osserva bene, figliola, anch’io sono fuori. Da molto tempo, non mi fanno pií¹ entrare.”

Il prossimo capitolo sarí  on-line: 20.04.07

“Cari lettori, poiché non parlo la vostra lingua, ho chiesto alla casa editrice di tradurre i vostri commenti. Le vostre considerazioni sul mio nuovo romanzo sono molto importanti per me.”

Con affetto, Paulo Coelho

Eleventh Chapter

Nabil Alaihi, age unknown, Bedouin

It made me very happy to know that Athena had kept a photo of me in a place of honour in her apartment, but I don’t really think what I taught her had any real use. She came here to the desert, leading a three-year-old boy by the hand. She opened her bag, took out a radio-cassette and sat down outside my tent. I know that people from the city usually give my name to foreigners who want to experience some local cooking, and so I told her at once that it was too early for supper.

‘I came for another reason,’ she said. ‘Your nephew Hamid is a client at the bank where I work and he told me that you’re a wise man.’

‘Hamid is a rather foolish youth who may well say that I’m a wise man, but who never follows my advice. Mohammed, the Prophet, may the blessings of God be upon him, he was a wise man.’

I pointed to her car.

‘You shouldn’t drive alone in a place you don’t know, and you shouldn’t come here without a guide.’

Instead of replying, she turned on the radio-cassette. Then, all I could see was this young woman dancing on the dunes and her son watching her in joyous amazement; and the sound seemed to fill the whole desert. When she finished, she asked if I had enjoyed it.

I said that I had. There is a sect in our religion which uses dance as a way of getting closer to Allah – blessed be His Name. (Editor’s note: The sect in question is Sufism.)

‘Well,’ said the woman, who introduced herself as Athena, ‘ever since I was a child, I’ve felt that I should grow closer to God, but life always took me further away from Him. Music is one way I’ve discovered of getting close, but it isn’t enough. Whenever I dance, I see a light, and that light is now asking me to go further. But I can’t continue learning on my own; I need someone to teach me.’
‘Anything will do,’ I told her, ‘because Allah, the merciful, is always near. Lead a decent life, and that will be enough.’

But the woman appeared unconvinced. I said that I was busy, that I needed to prepare supper for the few tourists who might appear. She told me that she’d wait for as long as was necessary.

‘And the child?’

‘Don’t worry about him.’

While I was making my usual preparations, I observed the woman and her son. They could have been the same age; they ran about the desert, laughed, threw sand at each other, and rolled down the dunes. The guide arrived with three German tourists, who ate and asked for beer, and I had to explain that my religion forbade me to drink or to serve alcoholic drinks. I invited the woman and her son to join us for supper, and in that unexpected female presence, one of the Germans became quite animated. He said that he was thinking of buying some land, that he had a large fortune saved up and believed in the future of the region.

‘Great,’ she replied. ‘I believe in the region too.’

‘It would be good to have supper somewhere, so that we could talk about the possibility of-‘

‘No,’ she said, holding a card out to him, ‘but if you like, you can get in touch with my bank.’

When the tourists left, we sat down outside the tent. The child soon fell asleep on her lap. I fetched blankets for us all, and we sat looking up at the starry sky. Finally, she broke the silence.

‘Why did Hamid say that you were a wise man?’

‘Perhaps so that I’ll be more patient with him. There was a time when I tried to teach him my art, but Hamid seemed more interested in earning money. He’s probably convinced by now that he’s wiser than I am: he has an apartment and a boat, while here I am in the middle of the desert, making meals for the occasional tourist. He doesn’t understand that I’m satisfied with what I do.’

‘He understands perfectly, and he always speaks of you with great respect. And what do you mean by your “art”?’

‘I watched you dancing today, well, I do the same thing, except that it’s the letters not my body that dance.’

She looked surprised.

‘My way of approaching Allah – may his name be praised – has been through calligraphy, and the search for the perfect meaning of each word. A single letter requires us to distil in it all the energy it contains, as if we were carving out its meaning. When sacred texts are written, they contain the soul of the man who served as an instrument to spread them throughout the world. And that doesn’t apply only to sacred texts, but to every mark we place on paper. Because the hand that draws each line reflects the soul of the person making that line.’

‘Would you teach me what you know?’

‘Firstly, I don’t think anyone as full of energy as you would have the patience for this. Besides, it’s not part of your world, where everything is printed, without, if you’ll allow me to say so, much thought being given to what is being published.’

‘I’d like to try.’

And so, for more than six months, that woman – whom I’d judged to be too restless and exuberant to be able to sit still for a moment – came to visit me every Friday. Her son would go to one corner of the tent, take up paper and brushes, and he, too, would devote himself to revealing in his paintings whatever the heavens determined.

When I saw the immense effort it took her to keep still and to maintain the correct posture, I said: ‘Don’t you think you’d be better off finding something else to do?’ She replied: ‘No, I need this, I need to calm my soul, and I still haven’t learned everything you can teach me. The light of the Vertex told me that I should continue.’ I never asked her what the Vertex was, nor was I interested.

The first lesson, and perhaps the most difficult, was: ‘Patience!’

Writing wasn’t just the expression of a thought, but a way of reflecting on the meaning of each word. Together we began work on texts written by an Arab poet, because I do not feel that the Koran is suitable for someone brought up in another faith. I dictated each letter, and that way she could concentrate on what she was doing, instead of immediately wanting to know the meaning of each word or phrase or line.

‘Once, someone told me that music had been created by God, and that rapid movement was necessary for people to get in touch with themselves,’ said Athena on one of those afternoons we spent together. ‘For years, I felt that this was true, and now I’m being forced to do the most difficult thing in the world – slow down. Why is patience so important?’

‘Because it makes us pay attention.’

‘But I can dance obeying only my soul, which forces me to concentrate on something greater than myself, and brings me into contact with God – if I can use that word. Dance has already helped me to change many things in my life, including my work. Isn’t the soul more important?’

‘Of course it is, but if your soul could communicate with your brain, you would be able to change even more things.’

We continued our work together. I knew that, at some point, I would have to tell her something that she might not be ready to hear, and so I tried to make use of every minute to prepare her spirit. I explained that before the word comes the thought. And before the thought, there is the divine spark that placed it there. Everything, absolutely everything on this Earth makes sense, and even the smallest things are worthy of our consideration.

‘I’ve educated my body so that it can manifest every sensation in my soul,’ she said.

‘Now you must educate only your fingers, so that they can manifest every sensation in your body. That will concentrate your body’s strength.’

‘Are you a teacher?’

‘What is a teacher? I’ll tell you: it isn’t someone who teaches something, but someone who inspires the student to give of her best in order to discover what she already knows.’

I sensed that, despite her youth, Athena had already experienced this. Writing reveals the personality, and I could see that she was aware of being loved, not just by her son, but by her family and possibly by a man. I saw too that she had mysterious gifts, but I tried never to let her know that I knew this, since these gifts could bring about not only an encounter with God, but also her perdition.

I did not only teach her calligraphy techniques. I also tried to pass on to her the philosophy of the calligraphers.

‘The brush with which you are making these lines is just an instrument. It has no consciousness; it follows the desires of the person holding it. And in that it is very like what we call “life”. Many people in this world are merely playing a role, unaware that there is an Invisible Hand guiding them. At this moment, in your hands, in the brush tracing each letter, lie all the intentions of your soul. Try to understand the importance of this.’

‘I do understand, and I see that it’s important to maintain a certain elegance. You tell me to sit in a particular position, to venerate the materials I’m going to use, and only to begin when I have done so.’

Naturally, if she respected the brush that she used, she would realise that in order to learn to write she must cultivate serenity and elegance. And serenity comes from the heart.

‘Elegance isn’t a superficial thing, it’s the way mankind has found to honour life and work. That’s why, when you feel uncomfortable in that position, you mustn’t think that it’s false or artificial: it’s real and true precisely because it’s difficult. That position means that both the paper and the brush feel proud of the effort you’re making. The paper ceases to be a flat, colourless surface and takes on the depth of the things placed on it. Elegance is the correct posture if the writing is to be perfect. It’s the same with life: when all superfluous things have been discarded, we discover simplicity and concentration. The simpler and more sober the posture, the more beautiful it will be, even though, at first, it may seem uncomfortable.’

Occasionally, she would talk about her work. She said she was enjoying what she was doing and that she had just received a job offer from a powerful emir. He had gone to the bank to see the manager, who was a friend of his (emirs never go to banks to withdraw money, they have staff who can do that for them), and while he was talking to Athena, he mentioned that he was looking for someone to take charge of selling land, and wondered if she would be interested.

Who would want to buy land in the middle of the desert or in a far-flung port? I decided to say nothing and, looking back, I’m glad I stayed silent.

Only once did she mention the man she loved, although whenever she was there when tourists arrived, one of the men would always start flirting with her. Normally Athena simply ignored them, but, one day, a man suggested that he knew her boyfriend. She turned pale and immediately shot a glance at her son, who, fortunately, wasn’t listening to the conversation.

‘How do you know him?’

‘I’m joking,’ said the man. ‘I just wanted to find out if you were unattached.’

She didn’t say anything, but I understood from this exchange that the man in her life was not the father of her son.

One day, she arrived earlier than usual. She said that she’d left her job at the bank and started selling real estate, and would now have more free time. I explained that I couldn’t start her class any earlier because I had various things to do.

‘I can combine two things: movement and stillness; joy and concentration.’

She went over to the car to fetch her radio-cassette and, from then on, Athena would dance in the desert before the start of our class, while the little boy ran round her, laughing. When she sat down to practise calligraphy, her hand was steadier than usual.
‘There are two kinds of letter,’ I explained. ‘The first is precise, but lacks soul. In this case, although the calligrapher may have mastered the technique, he has focused solely on the craft, which is why it hasn’t evolved, but become repetitive; he hasn’t grown at all, and one day he’ll give up the practice of writing, because he feels it is mere routine.

‘The second kind is done with great technique, but with soul as well. For that to happen, the intention of the writer must be in harmony with the word. In this case, the saddest verses cease to be clothed in tragedy and are transformed into simple facts encountered along the way.’

‘What do you do with your drawings?’ asked the boy in perfect Arabic. He might not understand our conversation, but he was eager to share in his mother’s work.

‘I sell them.’

‘Can I sell my drawings?’

‘You should sell your drawings. One day, you’ll become rich that way and be able to help your mother.’

He was pleased by my comment and went back to what he was doing, painting a colourful butterfly.

‘And what shall I do with my texts?’ asked Athena.

‘You know the effort it took to sit in the correct position, to quieten your soul, keep your intentions clear and respect each letter of each word. Meanwhile, keep practising. After a great deal of practice, we no longer think about all the necessary movements we must make; they become part of our existence. Before reaching that stage, however, you must practise and repeat. And if that’s not enough, you must practise and repeat some more.

‘Look at a skilled blacksmith working steel. To the untrained eye, he’s merely repeating the same hammer blows, but anyone trained in the art of calligraphy knows that each time the blacksmith lifts the hammer and brings it down, the intensity of the blow is different. The hand repeats the same gesture, but as it approaches the metal, it understands that it must touch it with more or less force. It’s the same thing with repetition: it may seem the same, but it’s always different. The moment will come when you no longer need to think about what you’re doing. You become the letter, the ink, the paper, the word.’

This moment arrived almost a year later. By then, Athena was already known in Dubai and recommended customers to dine in my tent, and through them I learned that her career was going very well: she was selling pieces of desert! One night, the emir in person arrived, preceded by a great retinue. I was terrified; I wasn’t prepared for that, but he reassured me and thanked me for what I was doing for his employee.

‘She’s an excellent person and attributes her qualities to what she’s learning from you. I’m thinking of giving her a share in the company. It might be a good idea to send my other sales staff to learn calligraphy, especially now that Athena is about to take a month’s holiday.’

‘It wouldn’t help,’ I replied. ‘Calligraphy is just one of the ways which Allah – blessed be His Name – places before us. It teaches objectivity and patience, respect and elegance, but we can learn all that-‘

‘-through dance,’ said Athena, who was standing nearby.

‘Or through selling land,’ I added.

When they had all left, and the little boy had lain down in one corner of the tent, his eyes heavy with sleep, I brought out the calligraphy materials and asked her to write something. In the middle of the word, I took the brush from her hand. It was time to say what had to be said. I suggested that we go for a little walk in the desert.

‘You have learned what you needed to learn,’ I said. ‘Your calligraphy is getting more and more individual and spontaneous. It’s no longer a mere repetition of beauty, but a personal, creative gesture. You have understood what all great painters understand: in order to forget the rules, you must know them and respect them.

‘You no longer need the tools that helped you learn. You no longer need paper, ink or brush, because the path is more important than whatever made you set off along it. Once, you told me that the person who taught you to dance used to imagine the music playing in his head, and even so, he was able to repeat the necessary rhythms.’

‘He was.’

‘If all the words were joined together, they wouldn’t make sense, or, at the very least, they’d be extremely hard to decipher. The spaces are crucial.’

She nodded.

‘And although you have mastered the words, you haven’t yet mastered the blank spaces. When you’re concentrating, your hand is perfect, but when it jumps from one word to the next, it gets lost.’

‘How do you know that?’

‘Am I right?’

‘Absolutely. Before I focus on the next word, for a fraction of a second I lose myself. Things I don’t want to think about take over.’
‘And you know exactly what those things are.’

Athena knew, but she said nothing until we went back to the tent and she could cradle her sleeping son in her arms. Her eyes were full of tears, although she was trying hard to control herself.

‘The emir said that you were going on holiday.’

She opened the car door, put the key in the ignition and started the engine. For a few moments, only the noise of the engine troubled the silence of the desert.

‘I know what you mean,’ she said at last. ‘When I write, when I dance, I’m guided by the Hand that created everything. When I look at Viorel sleeping, I know that he knows he’s the fruit of my love for his father, even though I haven’t seen his father for more than a year. But I …’

She fell silent again. Her silence was the blank space between the words.

‘… but I don’t know the hand that first rocked me in the cradle. The hand that wrote me in the book of the world.’
I merely nodded.

‘Do you think that matters?’

‘Not necessarily. But in your case, until you touch that hand, your, shall we say, calligraphy will not improve.’
‘I don’t see why I should bother to look for someone who never took the trouble to love me.’

She closed the car door, smiled and drove off. Despite her last words, I knew what her next step would be.

Readers’ corner will be on-line on: 19.04.07

Any message about any chapter can be left in the “readers’ corner” post.

Huitième Chapitre

Père Giancarlo Fontana

Je l’ai vue entrer pour la messe du dimanche, portant comme toujours le bébé dans ses bras. Je savais qu’ils traversaient des difficultés, mais jusqu’í  cette semaine-lí , ce n’était rien d’autre qu’une mésentente normale dans un couple, dont j’espérais qu’elle se résoudrait tí´t ou tard, vu qu’ils étaient l’un et l’autre des personnes qui irradiaient le Bien autour d’eux.

Depuis un an, elle ne venait plus le matin jouer de la guitare et louer la Vierge ; elle se consacrait í  Viorel, que j’ai eu l’honneur de baptiser, bien que je ne me souvienne pas qu’un saint porte ce nom. Mais elle continuait í  fréquenter la messe tous les dimanches, et nous bavardions toujours í  la fin, quand tout le monde était parti. Elle disait que j’étais son seul ami ; nous avions participé ensemble aux adorations divines, mais maintenant elle devait partager avec moi les difficultés terrestres.

Elle aimait Lukás plus que tous les hommes qu’elle avait rencontrés ; il était le père de son fils, la personne avec qui elle avait choisi de partager sa vie, quelqu’un qui avait renoncé í  tout et avait eu assez de courage pour constituer une famille. Quand les crises ont commencé, elle essayait de lui faire comprendre que c’était passager ; elle devait se consacrer í  son fils, mais elle n’avait pas la moindre intention d’en faire un enfant dorloté ; elle le laisserait vite affronter tout seul certains défis de la vie. Alors, elle redeviendrait l’épouse et la femme qu’il avait connue lors de leurs premières rencontres, peut-íªtre míªme avec plus d’intensité, car maintenant elle connaissait mieux les devoirs et les responsabilités attachés au choix qu’elle avait fait. Pourtant, Lukás se sentait rejeté ; elle tí¢chait désespérément de se partager entre les deux, mais elle était toujours obligée de choisir – et dans ces moments-lí , sans l’ombre d’un doute, elle choisissait Viorel.

Avec mes modestes connaissances en psychologie, je lui ai dit que ce n’était pas la première fois que j’entendais ce genre d’histoire ; les hommes se sentent en général rejetés dans une situation comme celle-lí , mais cela passe vite ; j’avais déjí  observé ce type de problèmes en causant avec mes paroissiens. Au cours d’une de ces conversations, Athéna a reconnu qu’elle s’était peut-íªtre un peu précipitée, íªtre une jeune mère, c’était romantique, mais elle n’avait pas vu très clairement les vrais défis qui surgissent après la naissance de l’enfant. Mais maintenant il était trop tard pour les regrets.

Je lui ai demandé si je pourrais parler í  Lukás – qui ne venait jamais í  l’église, soit parce qu’il ne croyait pas en Dieu, soit parce qu’il préférait profiter des matinées de dimanche pour se rapprocher de son fils. J’étais príªt í  le faire, í  condition qu’il vienne de sa propre initiative. Et alors qu’Athéna s’appríªtait í  lui demander cette faveur, la grande crise a éclaté, et le mari a quitté la maison.

Je lui ai conseillé d’íªtre patiente, mais elle était profondément blessée. Elle avait déjí  été abandonnée une fois dans l’enfance, et toute la haine qu’elle ressentait pour sa mère biologique s’est reportée automatiquement sur Lukás – míªme si plus tard, d’après ce que j’ai su, ils étaient redevenus de bons amis. Pour Athéna, rompre les liens de famille était peut-íªtre le péché le plus grave que quelqu’un pí»t commettre.

Elle a continué í  fréquenter l’église le dimanche, mais elle rentrait tout de suite chez elle – elle n’avait plus personne í  qui laisser son fils, et le petit pleurait beaucoup durant la cérémonie, gíªnant la concentration des autres fidèles. Dans l’un des rares moments oí¹ nous avons pu converser, elle a dit qu’elle travaillait dans une banque, qu’elle avait loué un appartement, et que je ne devais pas m’inquiéter ; le « père » (elle avait cessé de prononcer le prénom de son mari) s’acquittait de ses obligations financières.

Et puis est arrivé ce dimanche fatidique.

Je savais ce qui s’était passé au cours de la semaine – un paroissien me l’avait raconté. Pendant plusieurs nuits, j’ai prié qu’un ange m’inspirí¢t, m’expliquant si je devais respecter mon engagement envers l’Église ou mon engagement envers les hommes. Comme l’ange n’est pas apparu, je suis entré en contact avec mon supérieur, et il m’a dit que l’Église ne pouvait survivre que parce qu’elle avait toujours été inflexible avec ses dogmes – si elle avait commencé í  faire des exceptions, nous aurions été perdus dès le Moyen í‚ge. Je savais exactement ce qui allait se passer, j’ai pensé téléphoner í  Athéna, mais elle ne m’avait pas laissé son nouveau numéro.

Ce matin-lí , mes mains ont tremblé quand j’ai levé l’hostie pour consacrer le pain. J’ai prononcé les mots que m’avait transmis la tradition millénaire, usant du pouvoir passé par les apí´tres aux générations successives. Mais mes pensées se sont bientí´t tournées vers cette jeune femme portant son fils dans les bras, une sorte de Vierge Marie, miracle de la maternité et de l’amour manifestes dans l’abandon et la solitude, qui venait de se placer dans la file comme elle le faisait toujours et, peu í  peu, s’approchait pour communier.

Je pense qu’une grande partie de l’assemblée présente savait ce qui était en train de se passer. Et tous me regardaient, attendant ma réaction. Je me suis vu entouré par des justes, des pécheurs, des pharisiens, des grands príªtres du Sanhédrin, des apí´tres, des disciples, des gens de bonne et de mauvaise volonté.

Athéna s’est arríªtée devant moi et elle a refait le geste qu’elle faisait toujours : elle a fermé les yeux, et elle a ouvert la bouche pour recevoir le corps du Christ.

Le corps du Christ m’est resté dans les mains.

Elle a ouvert les yeux, ne comprenant pas bien ce qui se passait.

« Nous parlerons après », ai-je murmuré.

Mais elle ne bougeait pas.

« Il y a des gens derrière vous dans la file. Nous parlerons après.

– Qu’est-ce qui se passe ? » Tous ceux qui étaient près de nous ont pu entendre sa question.

« Nous parlerons après.

– Pourquoi ne me donnez-vous pas la communion ? Ne voyez-vous pas que vous m’humiliez devant tout le monde ? Tout ce que j’ai traversé ne suffit-il pas ?

– Athéna, l’Église interdit que les personnes divorcées reí§oivent le sacrement. Vous avez signé les papiers cette semaine. Nous parlerons après », ai-je insisté encore une fois.

Comme elle ne bougeait pas, j’ai fait signe í  la personne qui était derrière elle de passer í  cí´té. J’ai continué í  donner la communion jusqu’í  ce que le dernier paroissien l’ait reí§ue. Et c’est alors, avant de regagner l’autel, que j’ai entendu cette voix.

Ce n’était plus la voix de la jeune fille qui chantait pour adorer la Vierge, qui me parlait de ses projets, émue quand elle racontait ce qu’elle avait appris sur la vie des saints, au bord des larmes quand elle partageait ses difficultés dans son mariage. C’était la voix d’un animal blessé, humilié, au cÅ“ur débordant de haine.

« Que ce lieu soit maudit ! s’est-elle écriée. Que soient maudits ceux qui n’ont jamais entendu les paroles du Christ et qui ont fait de son message une construction de pierre. Car le Christ a dit : “Que viennent í  moi ceux qui souffrent, et je les soulagerai.” Je souffre, je suis blessée, et ils ne me laissent pas aller jusqu’í  Lui. J’ai appris aujourd’hui que l’Église avait fait de ces mots : que viennent í  moi ceux qui suivent nos règles, et qu’ils laissent tomber ceux qui souffrent ! »

J’ai entendu une femme au premier rang lui demander de se taire. Mais je voulais entendre, j’avais besoin d’entendre. Je me suis tourné et je suis resté devant elle, la tíªte basse – c’était la seule chose que je pouvais faire.

« Je jure que je ne remettrai plus jamais les pieds dans une église. Je suis encore une fois abandonnée par une famille, et maintenant il ne s’agit plus de difficultés financières, ou de l’immaturité de gens qui se marient trop tí´t. Maudits soient ceux qui ferment la porte í  une mère et í  un enfant ! Vous íªtes pareils í  ceux qui n’ont pas accueilli la Sainte Famille, pareils í  celui qui a renié le Christ quand Il avait le plus besoin d’un ami ! »

Et, faisant demi-tour, elle est sortie en pleurant, son fils dans les bras. J’ai terminé l’office, j’ai donné la bénédiction finale, et je suis allé directement í  la sacristie – ce dimanche-lí , il n’y aurait pas de fraternisation avec les fidèles, ni de conversations inutiles. Je me trouvais alors face í  un dilemme philosophique : j’avais choisi de respecter l’institution, et non les mots sur lesquels l’institution est fondée.

Je suis vieux, Dieu peut m’emporter í  tout moment. Je suis resté fidèle í  ma religion, et je pense que, malgré toutes ses erreurs, elle s’efforce sincèrement de se corriger. Cela prendra des décennies, peut-íªtre des siècles, mais un jour, on ne prendra plus en compte que l’amour, la phrase du Christ : « Que viennent í  moi ceux qui souffrent, et je les soulagerai. » J’ai consacré toute ma vie au sacerdoce, et je n’ai pas regretté une seconde ma décision. Mais dans des moments comme ce dimanche-lí , míªme si ma foi n’est pas en doute, je me suis mis í  douter des hommes.

Je sais maintenant ce qui est arrivé í  Athéna, et je m’interroge ; serait-ce que tout a commencé lí , ou était-ce déjí  dans son í¢me ? Je pense í  tous les Athéna et Lukás du monde qui ont divorcé, et pour cette raison ne peuvent recevoir le sacrement de l’Eucharistie ; il ne leur reste qu’í  contempler le Christ souffrant et crucifié, et écouter Ses mots – qui ne sont pas toujours en accord avec les lois du Vatican. Ces personnes s’éloignent rarement, la plupart continuent í  venir í  la messe le dimanche, parce qu’elles y sont habituées, míªme si elles sont conscientes que le miracle de la transmutation du pain et du vin en chair et sang du Seigneur leur est interdit.

Il se peut, je pense, qu’en sortant de l’église Athéna ait rencontré Jésus. Et qu’elle se soit jetée en pleurant dans ses bras, perdue, lui demandant de lui expliquer pourquoi elle était obligée de rester dehors í  cause d’un papier signé, une chose sans aucune importance sur le plan spirituel et qui n’intéressait vraiment que les greffes et le service des impí´ts.

Et Jésus, regardant Athéna, aura peut-íªtre répondu :

« Regarde, ma fille, moi aussi je suis dehors. Il y a très longtemps qu’ils ne me laissent plus entrer ici. »

Le prochain chapitre sera en ligne le 20.04.2007

Settimo Capitolo

Lukás Jessen-Petersen, ex marito

Quando nacque Viorel, io avevo appena compiuto ventidue anni. Non ero pií¹ lo studente appena sposato con una ex collega di universití , bensí¬ un uomo responsabile del mantenimento della propria famiglia, con un enorme carico sulle spalle. Ovviamente, i miei genitori, che non erano neppure venuti al matrimonio, subordinarono qualsiasi aiuto finanziario alla separazione e alla custodia del figlio – o meglio, questa è un’affermazione di mio padre, giacché mia madre mi telefonava piangendo, dicendomi che ero matto, ma che avrebbe tanto voluto stringere fra le braccia il nipotino. Io speravo che, a mano a mano che avessero compreso il mio amore per Athena e la mia decisione di vivere accanto a lei, la loro opposizione sarebbe cessata.

Ma non cessava. E ora dovevo provvedere a mia moglie e a mio figlio. Chiusi con la facoltí  di ingegneria. Ricevetti una telefonata di mio padre, con minacce e blandizie: affermí² che, se avessi seguitato in quel comportamento, avrei finito per essere diseredato; invece, se fossi tornato all’universití , avrebbe considerato la possibilití  di “aiutarmi provvisoriamente” – furono queste le sue parole. Rifiutai: il romanticismo della gioventí¹ fa assumere sempre posizioni radicali. Risposi che ero in grado di risolvere da solo i miei problemi.

Fino al giorno in cui nacque Viorel, Athena mi aveva portato gradualmente a capirmi meglio. E questo non era avvenuto grazie alla nostra intimití  sessuale – molto timida, devo confessarlo -, ma attraverso la musica.

La musica è antica quanto gli esseri umani, mi spiegarono in seguito. I nostri antenati, che si muovevano di caverna in caverna, non potevano portare con sé molte cose, ma l’archeologia moderna ha dimostrato che, oltre a quel poco di cui necessitavano per procacciarsi il cibo, nel loro bagaglio c’era sempre uno strumento musicale: di solito, un tamburo. La musica non è soltanto un conforto o una distrazione, ma va ben oltre: è un’ideologia. Si possono riconoscere le persone dal tipo di musica che ascoltano.

Vedendo Athena danzare mentre era incinta, ascoltandola quando suonava la chitarra per tranquillizzare il bimbo e fargli capire di essere amato, io cominciai a lasciare che il suo modo di vedere il mondo contagiasse anche la mia vita. Dopo la nascita di Viorel, la prima cosa che facemmo al ritorno a casa fu quella di fargli ascoltare un adagio di Albinoni. Quando discutevamo, era la forza della musica che ci aiutava a superare i momenti difficili – non riesco ancora a stabilire un nesso logico tra una cosa e l’altra, se non pensando agli hippies.

Ma questo romanticismo non era sufficiente per procurarci il denaro di cui avevamo bisogno. Giacché non suonavo alcuno strumento, e non potevo nemmeno offrirmi per intrattenere i clienti in qualche bar, finii per ottenere soltanto un lavoro come tirocinante in uno studio di architettura, a fare calcoli strutturali. La paga oraria era assai bassa, sicché uscivo di casa presto e tornavo tardi. Quasi non riuscivo a vedere mio figlio – dormiva -, e non potevo neppure conversare o fare l’amore con mia moglie, che era esausta. Ogni sera, mi domandavo: “Ma quando la nostra situazione finanziaria migliorerí , e noi conquisteremo la dignití  che meritiamo?” Benché fossi d’accordo con Athena quando parlava dell’inutilití  di una laurea nella maggior parte delle occupazioni, nel campo dell’ingegneria – o in quello della giurisprudenza oppure della medicina, per esempio – è fondamentale possedere un bagaglio di conoscenze tecniche, altrimenti si mette a repentaglio la vita degli altri. In qualche modo, io ero stato costretto a interrompere il cammino verso una professione che avevo scelto, un sogno che reputavo molto importante.

Cominciarono le liti. Athena si lamentava perché, secondo lei, prestavo poca attenzione al bambino – diceva che aveva bisogno di un padre, che se fosse stato solo per avere un figlio avrebbe potuto farlo da sola, senza crearmi tanti problemi. Pií¹ di una volta, sbattei la porta di casa e me ne andai, urlandole che non mi capiva: del resto, neppure io comprendevo come avevo potuto mostrarmi d’accordo con la “follia” di avere un figlio a poco pií¹ di vent’anni, prima che disponessimo di una minima stabilití  finanziaria. A poco a poco, smettemmo di fare l’amore – o per stanchezza, o perché eravamo sempre irritati l’uno con l’altra.

Scivolai nella depressione: pensavo di essere stato usato e manipolato dalla donna che amavo. Athena notí² il mio stato d’animo sempre pií¹ strano e, anziché aiutarmi, decise di concentrare le proprie energie unicamente su Viorel e sulla musica. Il lavoro divenne la mia fuga. Di tanto in tanto, parlavo con i miei genitori, e sempre udivo quelle parole: “Lei ha voluto un figlio per riuscire a incastrarti.”

Nel frattempo, la sua religiosití  non faceva che aumentare. Ben presto, pretese di battezzare il bambino con un nome scelto da lei – Viorel, di origine rumena. Penso che, tranne pochi immigrati, in Inghilterra nessuno si chiami Viorel – comunque, lo trovai creativo, e capii ancora una volta che lei stava facendo uno strambo collegamento con un passato che non aveva neppure vissuto: i giorni nell’orfanotrofio di Sibiu.

Cercavo di adattarmi a tutto, ma sentivo che stavo perdendo Athena a causa del bambino. Le nostre liti divennero pií¹ frequenti: lei comincií² a minacciare di andarsene da casa, perché riteneva che Viorel ricevesse delle “energie negative” dalle nostre discussioni. Una sera, dopo un’ennesima minaccia, fui io ad andarmene – pensavo di tornare non appena mi fossi calmato un po’.

Mi misi a camminare per Londra senza meta, imprecando contro la vita che avevo scelto, contro il figlio che avevo accettato, contro la donna che non sembrava pií¹ interessata alla mia presenza. Entrai nel primo bar che vidi, nei pressi di una stazione della metropolitana, e bevvi quattro whisky. Quando il locale chiuse, alle 11, raggiunsi un negozio – uno di quelli che restano aperti fino all’alba – comprai dell’altro liquore, mi sedetti sulla panchina di una piazza e continuai a bere. Fui avvicinato da un gruppo di giovani che mi chiesero di condividere il whisky: rifiutai, e loro iniziarono a picchiarmi. Arriví² la polizia: finimmo tutti al commissariato.

Venni rilasciato dopo aver reso la mia deposizione. Ovviamente non accusai nessuno, dichiarando che si era trattato di un litigio casuale: in caso contrario, sarei stato costretto a passare mesi della mia vita in giro per i tribunali, come vittima di un’aggressione. Stavo per uscire, quando il mio stato di ubriachezza mi fece crollare sulla scrivania di un ispettore. Questi si irrití² ma, anziché arrestarmi per oltraggio a pubblico ufficiale, si limití² a cacciarmi.

Fuori, c’era uno dei miei aggressori, che mi ringrazií² per non aver sporto denuncia. Mi fece notare che ero coperto di fango e sangue, e mi suggerí¬ di trovare degli abiti puliti prima di tornare a casa. Invece di andarmene per la mia strada, gli chiesi di ascoltarmi: avevo un enorme bisogno di parlare.

Per un’ora, ascoltí² in silenzio le mie lamentele. In realtí , non stavo parlando con lui, bensí¬ con me stesso: un giovane con un’intera vita davanti, una carriera che sarebbe potuta essere assai brillante, una famiglia che aveva conoscenze sufficienti per spalancare molte porte, ma che adesso sembrava uno dei mendicanti di Hampstead (N.d.R.: quartiere di Londra) ubriaco, stanco, depresso, senza soldi. E tutto a causa di una donna, che non mi prestava neppure attenzione.

Alla fine del mio racconto, gií  riuscivo a distinguere pií¹ nitidamente la situazione in cui mi trovavo: una vita che avevo scelto io, convinto che l’amore possa salvare tutto. Ma non è vero: talvolta finisce per condurci nell’abisso, con l’aggravante che sovente trasciniamo con noi le persone care. In questo caso, stavo proprio per distruggere non solo la mia esistenza, ma anche quelle di Athena e di Viorel.

In quel momento, mi ripetei alcune volte che ero un uomo – e non pií¹ un ragazzo nato in una culla dorata – e che avevo affrontato con dignití  tutte le sfide che mi si erano presentate davanti. Tornai a casa: Athena stava dormendo con il bimbo fra le braccia. Feci un bagno, uscii di nuovo per gettare nella spazzatura gli abiti sporchi e mi coricai, stranamente sobrio.

L’indomani, le dissi che volevo il divorzio. Athena mi domandí² il motivo.

“Perché ti amo. E amo Viorel. E mi sono limitato a incolpare voi due per aver abbandonato il sogno di fare l’ingegnere. Se avessimo aspettato un po’ di tempo, le cose sarebbero state diverse, ma tu hai pensato solo ai tuoi piani, dimenticando di includerci anche me.”

Athena non ebbe alcuna reazione, come se ormai stesse solo aspettando quell’epilogo, o come se inconsapevolmente avesse deciso di provocare questo comportamento.

Avevo il cuore a pezzi, perché speravo che mi chiedesse di rimanere. Ma lei si mostrí² estremamente calma, rassegnata, preoccupata soltanto di fare in modo che il bimbo non fosse disturbato dalla nostra conversazione. Fu in quel momento che ebbi la certezza che non mi aveva mai amato, che ero stato unicamente lo strumento per la realizzazione del suo folle sogno di avere un figlio a diciannove anni.

Le dissi che poteva tenersi la casa e i mobili, ma lei rifiutí²: sarebbe andata a vivere dai genitori per qualche tempo; nel frattempo, si sarebbe cercata un lavoro e avrebbe affittato un appartamento. Mi domandí² se potevo fornirle un aiuto finanziario per Viorel. Fui immediatamente d’accordo.

Mi alzai e le diedi un ultimo, lungo bacio; poi tornai a insistere affinché rimanesse in quella casa, ma lei ribadí¬ che si sarebbe trasferita dai genitori non appena avesse radunato tutte le sue cose. Io presi alloggio in un alberghetto, e tutte le sere rimasi ad aspettare una telefonata nella quale mi chiedeva di tornare, di cominciare una nuova vita – se fosse stato necessario, ero pronto anche a continuare con quella vecchia, giacché l’allontanamento mi aveva fatto rendere conto che nessuno o niente al mondo era pií¹ importante di mia moglie e mio figlio.

Una settimana dopo, ricevetti finalmente la chiamata. Ma lei mi disse soltanto che aveva portato via le sue cose e che non intendeva tornare. Due settimane pií¹ tardi, seppi che aveva affittato una piccola mansarda in Basset Road – tutti i giorni doveva farsi tre piani di scale con un bambino in braccio. Trascorsero due mesi e, alla fine, firmammo i documenti.

La mia vera famiglia si rompeva per sempre, mentre quella in cui ero nato mi riaccoglieva a braccia aperte.

Subito dopo la separazione – e l’enorme sofferenza che ne seguí¬ -, mi domandai se quella non fosse stata una decisione sbagliata, incoerente, tipica di chi nell’adolescenza ha letto molte storie d’amore e vuole replicare a ogni costo la vicenda di Giulietta e Romeo. Quando il dolore si attenuí² – e per questa sofferenza c’è un solo rimedio: il tempo che passa -, compresi che la vita mi aveva permesso di incontrare l’unica donna che avrei mai potuto amare davvero. Ogni secondo passato accanto a lei era valso la pena e, nonostante tutto cií² che era accaduto, avrei ripetuto ogni mio passo.

Ma oltre che guarire le ferite, il tempo mi ha mostrato qualcosa di curioso: nel corso di un’esistenza è possibile amare pií¹ di una persona. Infatti mi sono risposato, sono felice accanto alla mia nuova moglie, e non riesco a immaginare come sarebbe la mia vita senza di lei. Ma questo non mi obbliga a rinunciare a tutto cií² che ho vissuto prima, purché usi l’accortezza di non tentare mai di paragonare le due esperienze: non si puí² misurare l’amore come se fosse una strada o l’altezza di un palazzo. Del mio rapporto con Athena è rimasto qualcosa di molto importante: un figlio – il suo grande sogno, che mi era stato comunicato apertamente prima che decidessimo di sposarci. Con la mia seconda moglie, ho avuto un altro bimbo, e ora sono in grado di affrontare tutti gli alti e bassi della paternití , a differenza di dodici anni fa.

In occasione di un incontro con Athena, mentre andavo a prendere Viorel per passare insieme il fine-settimana -, decisi di affrontare l’argomento: le domandai com’era riuscita a mostrarsi tanto calma quando aveva appreso che intendevo divorziare.

“Perché la vita mi ha insegnato a soffrire in silenzio,” rispose.

Poi mi abbraccií² e pianse tutte le lacrime che avrebbe voluto versare quel giorno.

Il prossimo capitolo sarí  on-line: 16.04.07

“Cari lettori, poiché non parlo la vostra lingua, ho chiesto alla casa editrice di tradurre i vostri commenti. Le vostre considerazioni sul mio nuovo romanzo sono molto importanti per me.”

Con affetto, Paulo Coelho

Tenth Chapter

Peter Sherney, 47, manager of a branch of [name of Bank omitted] in Holland Park, London

I only took on Athena because her family was one of our most important customers; after all, the world revolves around mutual interests. She seemed a very restless person, and so I gave her a dull clerical post, hoping that she would soon resign. That way, I could tell her father that I’d done my best to help her, but without success.

My experience as a manager had taught me to recognise people’s states of mind, even if they said nothing. On a management course I attended, we learned that if you wanted to get rid of someone, you should do everything you can to provoke them into rudeness, so that you would then have a perfectly good reason to dismiss them.

I did everything I could to achieve my objective with Athena. She didn’t depend on her salary to live and would soon learn how pointless it was: having to get up early, drop her son off at her mother’s house, slave away all day at a repetitive job, pick her son up again, go to the supermarket, spend time with her son before putting him to bed, and then, the next day, spend another three hours on public transport, and all for no reason, when there were so many other more interesting ways of filling her days. She grew increasingly irritable, and I felt proud of my strategy. I would get what I wanted. She started complaining about the apartment where she lived, saying that her landlord kept her awake all night, playing really loud music.

Then, suddenly, something changed. At first, it was only Athena, but soon it was the whole branch.

How did I notice this change? Well, a group of workers is like a kind of orchestra; a good manager is the conductor, and he knows who is out of tune, who is playing with real commitment, and who is simply following the crowd. Athena seemed to be playing her instrument without the least enthusiasm; she seemed distant, never sharing the joys and sadnesses of her personal life with her colleagues, letting it be known that, when she left work, her free time was entirely taken up with looking after her son. Then, suddenly, she became more relaxed, more communicative, telling anyone who would listen that she had discovered the secret of rejuvenation.

‘Rejuvenation’, of course, is a magic word. Coming from someone who was barely twenty-one, it sounded pretty ridiculous, and yet other members of staff believed her and started to ask her for the secret formula.

Her efficiency increased, even though her workload remained unchanged. Her colleagues, who, up until then, had never exchanged more than a ‘Good morning’ or a ‘Goodnight’ with her, started asking her out to lunch. When they came back, they seemed very pleased, and the department’s productivity made a giant leap.

I know that people who are in love do have an effect on the environment in which they live, and so I immediately assumed that Athena must have met someone very important in her life.

I asked, and she agreed, adding that she’d never before gone out with a customer, but that, in this case, she’d been unable to refuse. Normally, this would have been grounds for immediate dismissal – the bank’s rules are clear: personal contact with customers is forbidden. But, by then, I was aware that her behaviour had infected almost everyone else. Some of her colleagues started getting together with her after work, and a few of them had, I believe, been to her house.

I had a very dangerous situation on my hands. The young trainee with no previous work experience, who up until then had seemed to veer between shyness and aggression, had become a kind of natural leader amongst my workers. If I fired her, they would think it was out of jealousy, and I’d lose their respect. If I kept her on, I ran the risk, within a matter of months, of losing control of the group.

I decided to wait a little, but meanwhile, there was a definite increase in the ‘energy’ at the bank (I hate that word ‘energy’, because it doesn’t really mean anything, unless you’re talking about electricity). Anyway, our customers seemed much happier and were starting to recommend other people to come to us. The employees seemed happy too, and even though their workload had doubled, I didn’t need to take on any more staff because they were all coping fine.

One day, I received a letter from my superiors. They wanted me to go to Barcelona for a group meeting, so that I could explain my management techniques to them. According to them, I had increased profit without increasing expenditure, and that, of course, is the only thing that interests executives everywhere.

But what techniques?

At least I knew where it had all started, and so I summoned Athena to my office. I complimented her on her excellent productivity levels, and she thanked me with a smile.

I proceeded cautiously, not wishing to be misinterpreted.

‘And how’s your boyfriend? I’ve always found that anyone who is loved has more love to give. What does he do?’

‘He works for Scotland Yard.’ (Editor’s note: Police investigation department linked to London’s Metropolitan Police.)

I preferred not to ask any further questions, but I needed to keep the conversation going and I didn’t have much time.

‘I’ve noticed a great change in you and-‘

‘Have you noticed a change in the bank too?’

How to respond to a question like that? On the one hand, I would be giving her more power than was advisable, and on the other, if I wasn’t straight with her, I would never get the answers I needed.

‘Yes, I’ve noticed a big change, and I’m thinking of promoting you.’

‘I need to travel. I’d like to get out of London and discover new horizons.’

Travel? Just when everything was going so well in my branch, she wanted to leave? Although, when I thought about it, wasn’t that precisely the way out I needed and wanted?

‘I can help the bank if you give me more responsibility,’ she went on.

Yes, she was giving me an excellent opportunity. Why hadn’t I thought of that before? ‘Travel’ meant getting rid of her and resuming my leadership of the group without having to deal with the fall-out from a dismissal or a rebellion. But I needed to ponder the matter, because rather than her helping the bank, I needed her to help me. Now that my superiors had noticed an increase in productivity, I knew that I would have to keep it up or risk losing prestige and end up worse off than before. Sometimes I understand why most of my colleagues don’t do very much in order to improve: if they don’t succeed, they’re called incompetent. If they do succeed, they have to keep improving all the time, a situation guaranteed to bring on an early heart attack.

I took the next step very cautiously: it’s not a good idea to frighten the person in possession of a secret before she’s revealed that secret to you; it’s best to pretend to grant her request.

‘I’ll bring your request to the attention of my superiors. In fact, I’m having a meeting with them in Barcelona, which is why I called you in. Would it be true to say that our performance has improved since, shall we say, the other employees began getting on better with you?’

‘Or shall we say, began getting on better with themselves?’

‘Yes, but encouraged by you – or am I wrong?’

‘You know perfectly well that you’re not.’

‘Have you been reading some book on management I don’t know about?’

‘I don’t read that kind of book, but I would like a promise from you that you really will consider my request.’

I thought of her boyfriend at Scotland Yard. If I made a promise and failed to keep it, would I be the object of some reprisal? Could he have taught her some cutting-edge technology that enables one to achieve impossible results?

‘I’ll tell you everything, even if you don’t keep your promise, but I can’t guarantee that you’ll get the same results if you don’t practise what I teach.’

‘You mean the “rejuvenation technique”?’

‘Exactly.’

‘Wouldn’t it be enough just to know the theory?’

‘Possibly. The person who taught me learned about it from a few sheets of paper.’

I was glad she wasn’t forcing me to make decisions that went beyond my capabilities or my principles. But I must confess that I had a personal interest in that whole story, because I, too, dreamed of finding some way of ‘recycling’ my potential. I promised that I’d do what I could, and Athena began to describe the long, esoteric dance she performed in search of the so-called Vertex (or was it Axis, I can’t quite remember now). As we talked, I tried to set down her mad thoughts in objective terms. An hour proved not to be enough, and so I asked her to come back the following day, and together we would prepare the report to be presented to the bank’s board of directors. At one point in our conversation, she said with a smile:

‘Don’t worry about describing the technique in the same terms we’ve been using here. I reckon even a bank’s board of directors are people like us, made of flesh and blood, and interested in unconventional methods.’

Athena was completely wrong. In England, tradition always speaks louder than innovation. But why not take a risk, as long as it didn’t endanger my job? The whole thing seemed absurd to me, but I had to summarise it and put it in a way that everyone could understand. That was all.

Before I presented my ‘paper’ in Barcelona, I spent the whole morning repeating to myself: ‘My’ process is producing results, and that’s all that matters. I read a few books on the subject and learned that in order to present a new idea with the maximum impact, you should structure your talk in an equally provocative way, and so the first thing I said to the executives gathered in that luxury hotel were these words of St Paul: ‘God hid the most important things from the wise because they cannot understand what is simple.’ (Editor’s note: It is impossible to know here whether he is referring to a verse from Matthew 11: 25: ‘I thank thee, O Father, thou hast hid these things from the wise and prudent, and hast revealed them unto babes’, or from St Paul (1 Corinthians 1: 27): ‘But God hath chosen the foolish things of the world to confound the wise, and God hath chosen the weak things of the world to confound the things which are mighty.’)

When I said this, the whole audience, who had spent the last two days analysing graphs and statistics, fell silent. It occurred to me that I had almost certainly lost my job, but I carried on. Firstly, because I had researched the subject and was sure of what I was saying and deserved credit for this. Secondly, because although, at certain points, I was obliged to omit any mention of Athena’s enormous influence on the whole process, I was, nevertheless, not lying.

‘I have learned that, in order to motivate employees nowadays, you need more than just the training provided by our own excellent training centres. Each of us contains something within us which is unknown, but which, when it surfaces, is capable of producing miracles.

‘We all work for some reason: to feed our children, to earn money to support ourselves, to justify our life, to get a little bit of power. However, there are always tedious stages in that process, and the secret lies in transforming those stages into an encounter with ourselves or with something higher.

‘For example, the search for beauty isn’t always associated with anything practical and yet we still search for it as if it were the most important thing in the world. Birds learn to sing, but not because it will help them find food, avoid predators or drive away parasites. Birds sing, according to Darwin, because that is the only way they have of attracting a partner and perpetuating the species.’

I was interrupted by an executive from Geneva, who called for a more objective presentation. However, to my delight, the Director-General asked me to go on.

‘Again according to Darwin, who wrote a book that changed the course of all humanity (Editor’s note: The Origin of Species, 1859, in which he first posited that human beings evolved from a type of ape), those who manage to arouse passions are repeating something that has been going on since the days we lived in caves, where rituals for courting a partner were fundamental for the survival and evolution of the human species. Now, what difference is there between the evolution of the human race and that of the branch of a bank? None. Both obey the same laws – only the fittest survive and evolve.’

At this point, I was obliged to admit that I’d developed this idea thanks to the spontaneous collaboration of one of my employees, Sherine Khalil.

‘Sherine, who likes to be known as Athena, brought into the workplace a new kind of emotion – passion. Yes, passion, something we never normally consider when discussing loans or spreadsheets. My employees started using music as a stimulus for dealing more efficiently with their clients.’

Another executive interrupted, saying that this was an old idea: supermarkets did the same thing, using piped music to encourage their customers to buy more.

‘I’m not saying that we used music in the workplace. People simply started living differently because Sherine, or Athena if you prefer, taught them to dance before facing their daily tasks. I don’t know precisely what mechanism this awakens in people; as a manager, I’m only responsible for the results, not for the process. I myself didn’t participate in the dancing, but I understand that, through dance, they all felt more connected with what they were doing.

‘We were born and brought up with the maxim: Time is money. We know exactly what money is, but what does the word “time” mean? The day is made up of twenty-four hours and an infinite number of moments. We need to be aware of each of those moments and to make the most of them regardless of whether we’re busy doing something or merely contemplating life. If we slow down, everything lasts much longer. Of course, that means that washing the dishes might last longer, as might totting up the debits and credits on a balance sheet or checking promissory notes, but why not use that time to think about pleasant things and to feel glad simply to be alive?’

The Director-General was looking at me in surprise. I was sure he wanted me to explain in detail what I’d learned, but some of those present were beginning to grow restless.

‘I understand exactly what you mean,’ he said. ‘I understand, too, that your employees worked with more enthusiasm because they were able to enjoy one moment in the day when they came into full contact with themselves. And I’d like to compliment you on being flexible enough to allow such unorthodox practices, which are, it must be said, producing excellent results. However, speaking of time, this is a conference, and you have only five minutes to conclude your presentation. Could you possibly try to list the main points which would allow us to apply these principles in other branches?’
He was right. This was fine for the employees, but it could prove fatal to my career, and so I decided to summarise the points Sherine and I had written together.

‘Basing ourselves on personal observations, Sherine Khalil and I developed certain points which I would be delighted to discuss with anyone who’s interested. Here are the main ones:

‘(a) We all have an unknown ability, which will probably remain unknown forever. And yet that ability can become our ally. Since it’s impossible to measure that ability or give it an economic value, it’s never taken seriously, but I’m speaking here to other human beings and I’m sure you understand what I mean, at least in theory.

‘(b) At my branch, employees have learned how to tap into that ability through a dance based on a rhythm which comes, I believe, from the desert regions of Asia. However, its place of origin is irrelevant, as long as people can express through their bodies what their souls are trying to say. I realise that the word “soul” might be misunderstood, so I suggest we use the word “intuition” instead. And if that word is equally hard to swallow, then let’s use the term “primary emotions”, which sounds more scientific, although, in fact, it has rather less meaning than the other two words.

‘(c) Before going to work, instead of encouraging my employees to do keep-fit or aerobics, I get them to dance for at least an hour. This stimulates the body and the mind; they start the day demanding a certain degree of creativity from themselves and channel that accumulated energy into their work at the bank.

‘(d) Customers and employees live in the same world: reality is nothing but a series of electrical stimuli to the brain. What we think we “see” is a pulse of energy to a completely dark part of the brain. However, if we get on the same wavelength with other people, we can try to change that reality. In some way which I don’t understand, joy is infectious, as is enthusiasm and love. Or indeed sadness, depression or hatred – things which can be picked up “intuitively” by customers and other employees. In order to improve performance, we have to create mechanisms that keep these positive stimuli alive.’

‘How very esoteric,’ commented a woman who managed investment funds at a branch in Canada.
I slightly lost confidence. I had failed to convince anyone. Nevertheless, I pretended to ignore her remark and, using all my creativity, sought to give my paper a practical conclusion:

‘The bank should earmark a fund to do research into how this infectious state of mind works, and thus noticeably increase our profits.’

This seemed a reasonably satisfactory ending, and so I preferred not to use the two minutes remaining to me. When I finished the seminar, at the end of an exhausting day, the Director-General asked me to have supper with him, and he did so is front of all our other colleagues, as if he were trying to show that he supported everything I’d said. I had never before had an opportunity to dine with the Director-General, and so I tried to make the most of it. I started talking about performance, about spreadsheets, difficulties on the stock exchange and possible new markets. He interrupted me; he was more interested in knowing more of what I’d learned from Athena.

In the end, to my surprise, he turned the conversation to more personal matters.

‘I understood what you meant when, during your paper, you talked about time. At New Year, when I was still enjoying the holiday season, I decided to go and sit in the garden for a while. I picked up the newspaper from the mailbox, but it contained nothing of any importance, only the things that journalists had decided we should know, feel involved in and have an opinion about.

‘I thought of phoning someone at work, but that would be ridiculous, since they would all be with their families. I had lunch with my wife, children and grandchildren, took a nap, and when I woke up, I made a few notes, then realised that it was still only two o’clock in the afternoon. I had another three days of not working, and, however much I love being with my family, I started to feel useless.

‘The following day, taking advantage of this free time, I went to have my stomach checked out, and, fortunately, the tests revealed nothing seriously wrong. I went to the dentist, who said there was nothing wrong with my teeth either. I again had lunch with my wife, children and grandchildren, took another nap, again woke up at two in the afternoon, and realised that I had absolutely nothing on which to focus my attention.

‘I felt uneasy: shouldn’t I be doing something? Well, if I wanted to invent work, that wouldn’t take much effort. We all have projects to develop, light bulbs to change, leaves to sweep, books to put away, computer files to organise, etc. But how about just facing up to the void? It was then that I remembered something that seemed to me of great importance: I needed to walk to the letterbox – which is less than a mile from my house in the country – and post one of the Christmas cards lying forgotten on my desk.

‘And I was surprised: why did I need to send that card today. Was it really so hard just to stay where I was, doing nothing?

‘A series of thoughts crossed my mind: friends who worry about things that haven’t yet happened; acquaintances who manage to fill every minute of their lives with tasks that seem to me absurd; senseless conversations; long telephone calls in which nothing of any importance is ever said. I’ve seen my directors inventing work in order to justify their jobs; employees who feel afraid because they’ve been given nothing important to do that day, which might mean that they’re no longer useful. My wife who torments herself because our son has got divorced, my son who torments himself because our grandson, his son, got bad marks at school, our grandson who is terrified because he’s making his parents sad – even though we all know that marks aren’t that important.
‘I had a long, hard struggle with myself not to get up from my chair. Gradually, though, the anxiety gave way to contemplation, and I started listening to my soul – or intuition or primary emotions, or whatever you choose to believe in. Whatever you call it, that part of me had been longing to speak to me, but I had always been too busy.

‘In that case, it wasn’t a dance, but the complete absence of noise and movement, the silence, that brought me into contact with myself. And, believe it or not, I learned a great deal about the problems bothering me, even though all those problems had dissolved completely while I was sitting there. I didn’t see God, but I had a clearer understanding of what decisions to take.’

Before paying the bill, he suggested that I send the employee in question to Dubai, where the bank was opening a new branch, and where the risks were considerable. As a good manager, he knew that I had learned all I needed to learn, and now it was merely a question of providing continuity. My employee could make a useful contribution somewhere else. He didn’t know this, but he was helping me to keep the promise I’d made.

When I returned to London, I immediately told Athena about this invitation, and she accepted at once. She told me that she spoke fluent Arabic (I knew this already because of her father), although, since we would mainly be doing deals with foreigners, not Arabs, this would not be essential. I thanked her for her help, but she showed no curiosity about my talk at the conference, and merely asked when she should pack her bags.

I still don’t know whether the story of the boyfriend in Scotland Yard was a fantasy or not. If it were true, I think Athena’s murderer would already have been arrested, because I don’t believe anything the newspapers wrote about the crime. I can understand financial engineering, I can even allow myself the luxury of saying that dancing helps my employees to work better, but I will never comprehend how it is that the best police force in the world catches some murderers, but not others. Not that it makes much difference now.

Next chapter will be on-line on: 17.04.07

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Septième Chapitre

Lukás Jessen-Petersen, ex-mari

Quand Viorel est né, je venais d’avoir vingt-deux ans. Je n’étais plus l’étudiant tout juste marié avec une ex-camarade de faculté, mais un homme responsable du soutien de sa famille, portant un poids énorme sur les épaules. Mes parents, qui n’étaient míªme pas venus au mariage, avaient bien sí»r soumis toute aide financière í  deux conditions : la séparation et la certitude que j’aurais la garde de l’enfant (plus exactement, c’est ce qu’avait déclaré mon père, parce que ma mère téléphonait souvent en pleurant, disant que j’étais fou, mais qu’elle aimerait beaucoup prendre son petit-fils dans ses bras). J’espérais que cette résistance passerait í  mesure qu’ils comprendraient mon amour pour Athéna et ma décision de rester avec elle.

Mais elle ne passait pas. Et maintenant je devais prendre soin de ma femme et de mon fils. J’ai résilié mon inscription í  la faculté d’ingénierie. J’ai reí§u un coup de téléphone de mon père, hésitant entre menaces et marques d’affection, me disant que si je continuais ainsi, je serais déshérité, mais que si je retournais í  l’université, il envisagerait de m’aider « provisoirement », selon ses termes. J’ai refusé ; le romantisme de la jeunesse nous pousse í  prendre toujours des positions radicales. J’ai affirmé que je pouvais résoudre mes problèmes tout seul.

Jusqu’í  la naissance de Viorel, grí¢ce í  Athéna, je commení§ais í  me comprendre mieux. Et cela ne venait pas de notre relation sexuelle – très timide, je dois l’avouer – mais de la musique.

La musique est aussi vieille que les íªtres humains, m’a-t-on expliqué plus tard. Nos ancíªtres, qui voyageaient de caverne en caverne, ne pouvaient pas porter beaucoup de choses, mais l’archéologie moderne montre que dans leur bagage, en plus du peu dont ils avaient besoin pour se nourrir, il y avait toujours un instrument de musique, en général un tambour. La musique n’est pas seulement un réconfort ou une distraction, elle va bien au-delí  – c’est une idéologie. Vous connaissez les gens par le genre de musique qu’ils écoutent.

Voyant Athéna danser quand elle était enceinte, l’écoutant jouer de la guitare pour que le bébé puisse se calmer et comprendre qu’il était aimé, j’ai laissé peu í  peu sa manière de voir le monde envahir aussi ma vie. Quand Viorel est né, dès qu’il est arrivé í  la maison, nous lui avons fait écouter un adagio d’Albinoni. Quand nous discutions, c’était avec beaucoup de musique – míªme si je ne peux établir aucune relation logique entre une chose et l’autre, sauf si je pense aux hippies – qui nous aidait í  affronter les moments difficiles.

Mais tout ce romantisme ne suffisait pas pour gagner de l’argent. Vu que je ne jouais d’aucun instrument et ne pouvais míªme pas me produire dans un bar pour distraire les clients, j’ai fini par trouver simplement un emploi de stagiaire dans un cabinet d’architectes, oí¹ je faisais des calculs structurels. On me payait très peu í  l’heure, de sorte que je sortais tí´t et rentrais tard í  la maison. Je voyais í  peine mon fils – qui dormait – et je ne pouvais quasiment pas parler ou faire l’amour avec ma femme, qui était épuisée. Toute la nuit je me demandais : quand allons-nous améliorer notre situation financière, et avoir la dignité que nous méritons ? J’avais beau íªtre d’accord avec Athéna quand elle parlait de l’inutilité du diplí´me dans la plupart des cas, dans certains domaines comme l’ingénierie (ou bien le droit et la médecine) une série de connaissances techniques est fondamentale pour ne pas mettre en danger la vie d’autrui. Et moi, j’avais été obligé d’interrompre la recherche d’une profession que j’avais choisie, un ríªve qui comptait beaucoup pour moi.

Les disputes ont commencé. Athéna se plaignait que j’accorde trop peu d’attention í  l’enfant, qui avait besoin d’un père ; s’il ne s’était agi que d’avoir un enfant, elle aurait pu faire cela toute seule, sans avoir besoin de me créer autant de problèmes. Plus d’une fois, j’ai claqué la porte de la maison et je suis allé me promener, hurlant qu’elle ne me comprenait pas, que moi non plus je ne comprenais pas comment j’avais finalement accepté cette « folie » d’avoir un enfant í  vingt ans, avant que nous ne soyons capables d’avoir un minimum de ressources financières. Peu í  peu, nous avons cessé de faire l’amour, soit par fatigue, soit parce que nous étions sans cesse en colère l’un contre l’autre.

J’ai sombré dans la dépression, pensant que j’avais été utilisé et manipulé par la femme que j’aimais. Athéna a remarqué que mon humeur devenait bizarre et, plutí´t que de m’aider, elle a décidé de concentrer toute son énergie sur Viorel et sur la musique. Je me suis mis í  fuir dans le travail. De temps í  autre, je parlais avec mes parents, et j’entendais toujours la míªme histoire : « Elle a eu un enfant pour te retenir. »

D’autre part, elle était de plus en plus attachée í  la religion. Elle a exigé tout de suite le baptíªme, avec un prénom qu’elle avait décidé elle-míªme – Viorel, d’origine roumaine. Je pense que, sauf quelques immigrés, personne en Angleterre ne s’appelle Viorel, mais j’ai trouvé cela créatif, et une fois encore j’ai compris qu’elle faisait une étrange connexion avec un passé qu’elle n’avait míªme pas vécu – les jours í  l’orphelinat de Sibiu.

J’essayais de m’adapter í  tout cela, mais j’ai senti que je perdais Athéna í  cause de l’enfant. Nos disputes sont devenues plus fréquentes, elle a commencé í  me menacer de quitter la maison, parce que Viorel recevait les « énergies négatives » de nos discussions. Un soir, après une nouvelle menace, c’est moi qui suis parti, pensant que je reviendrais dès que je me serais un peu calmé.

J’ai commencé í  marcher dans Londres sans but, pestant contre la vie que j’avais choisie, l’enfant que j’avais accepté, la femme qui apparemment ne s’intéressait plus du tout í  ma présence. Je suis entré dans le premier bar, près d’une station de métro, et j’ai bu quatre doses de whisky. Quand le bar a fermé í  onze heures du soir, je suis allé dans un magasin, de ceux qui restent ouverts jusqu’au petit matin, j’ai acheté encore du whisky, je me suis assis sur un banc, et j’ai continué í  boire. Une bande de jeunes s’est approchée, l’un d’eux m’a demandé de partager la bouteille, j’ai refusé, et j’ai été roué de coups. La police est arrivée aussití´t et nous avons tous fini au commissariat.

J’ai fait une déposition et j’ai été tout de suite libéré. Je n’ai évidemment accusé personne, j’ai dit que nous avions eu une vive discussion, sinon j’aurais dí» comparaí®tre devant des tribunaux pendant des mois, en tant que victime d’agression. Alors que j’étais sur le point de sortir, mon état d’ébriété était tel que je me suis écroulé sur la table d’un inspecteur. L’homme s’est fí¢ché, mais plutí´t que de m’arríªter pour insulte í  l’autorité, il m’a poussé dehors.

Et lí  se trouvait l’un de mes agresseurs, qui m’a remercié de ne pas avoir porté l’affaire plus loin. Il a remarqué que j’étais complètement couvert de boue et de sang, et il m’a suggéré de me changer avant de rentrer chez moi. Au lieu de continuer mon chemin, je lui ai demandé de me faire une faveur : qu’il m’écoute, parce que j’avais un immense besoin de parler.

Pendant une heure, il a écouté mes plaintes en silence. En réalité, ce n’est pas í  lui que je parlais, mais í  moi-míªme, un garí§on qui avait toute une vie devant lui, une carrière qui aurait pu íªtre brillante, une famille qui avait assez de contacts pour que toutes les portes lui soient ouvertes, mais qui maintenant ressemblait í  un clochard comme on en voit í  Hampstead (N.R. : quartier de Londres), ivre, fatigué, déprimé, sans argent. Tout cela í  cause d’une femme, qui ne faisait míªme pas attention í  lui.

í€ la fin de mon histoire, j’entrevoyais mieux la situation dans laquelle je me trouvais : une vie que j’avais choisie, convaincu que l’amour peut toujours tout sauver. Et ce n’est pas vrai : il finit parfois par nous mener í  l’abí®me et, ce qui est plus grave, nous entraí®nons généralement avec nous les personnes qui nous sont chères. Dans mon cas, j’étais en train de détruire non seulement mon existence, mais aussi Athéna et Viorel.

í€ ce moment, je me suis répété encore une fois que j’étais un homme, et pas le garí§on qui était né dans un berceau doré, et que j’avais affronté avec dignité tous les défis qui m’étaient imposés. Je suis rentré í  la maison, Athéna dormait déjí  avec le bébé dans ses bras. J’ai pris un bain, je suis ressorti pour jeter mes víªtements sales dans la poubelle de la rue, et je me suis couché, étrangement sobre.

Le lendemain, je lui ai dit que je désirais divorcer. Elle a demandé pourquoi.

« Parce que je t’aime. J’aime Viorel. Et tout ce que j’ai fait, c’est vous accuser tous les deux parce que j’ai abandonné mon ríªve de devenir ingénieur. Si nous avions attendu un peu, les choses seraient différentes, mais tu n’as pensé qu’í  tes projets – tu as oublié de m’inclure dedans. »

Athéna n’a pas réagi, comme si elle s’y attendait, ou comme si inconsciemment elle provoquait cette attitude.

Le cÅ“ur me saignait, car j’espérais qu’elle me supplierait de rester. Mais elle paraissait calme, résignée, se souciant seulement de faire en sorte que le bébé n’entendí®t pas notre conversation. C’est í  ce moment-lí  que j’ai eu la certitude qu’elle ne m’avait jamais aimé, que je n’avais été qu’un instrument pour la réalisation de ce ríªve fou, avoir un enfant í  dix-neuf ans.

Je lui ai dit qu’elle pouvait garder la maison et les meubles, mais elle a refusé : elle irait chez sa mère quelque temps, elle chercherait un emploi, et elle louerait son propre appartement. Elle m’a demandé si je pouvais l’aider financièrement pour Viorel. J’ai accepté immédiatement.

Je me suis levé, je lui ai donné un dernier et long baiser, j’ai de nouveau insisté pour qu’elle reste lí , elle a réaffirmé qu’elle irait chez sa mère dès qu’elle aurait rangé toutes ses affaires. Je suis descendu dans un hí´tel bon marché, et j’ai attendu tous les soirs qu’elle me téléphone pour me demander de revenir, commencer une nouvelle vie – j’étais míªme príªt í  poursuivre l’ancienne vie si nécessaire, car l’éloignement m’avait permis de comprendre que rien ni personne ne comptait plus au monde que ma femme et mon fils.

Au bout d’une semaine, j’ai enfin reí§u son appel. Mais elle me disait seulement qu’elle avait déjí  retiré ses affaires et qu’elle n’avait pas l’intention de revenir. Encore deux semaines plus tard, j’ai su qu’elle avait loué une petite mansarde dans Basset Road, oí¹ elle devait monter tous les jours trois étages avec un petit dans les bras. Deux mois ont passé, et nous avons finalement signé les papiers.

Ma vraie famille se brisait í  tout jamais. Et la famille dans laquelle je suis né me recevait í  bras ouverts.

Aussití´t après notre séparation et l’immense souffrance qui a suivi, je me suis demandé si en réalité nous n’avions pas pris une mauvaise décision, inconséquente, comme des gens qui ont lu trop d’histoires d’amour í  l’adolescence et veulent reproduire í  tout prix le mythe de Roméo et Juliette. Quand la douleur s’est calmée – et il n’existe í  cela qu’un seul remède, le temps qui passe – j’ai compris que la vie m’avait permis de rencontrer la seule femme que je pourrais jamais aimer. Chaque seconde passée í  ses cí´tés valait la peine, et malgré tout ce qui s’est passé, je referais tout ce chemin.

Mais outre que le temps soigne les blessures, il m’a montré une chose curieuse : on peut aimer plus d’une personne au cours de son existence. Je me suis remarié, je suis heureux auprès de ma nouvelle femme, et je ne peux pas imaginer ce que serait la vie sans elle. Mais cela ne m’oblige pas í  renoncer í  tout ce que j’ai vécu, dès lors que je prends soin de ne jamais essayer de comparer les deux expériences ; on ne peut pas mesurer l’amour comme on mesure une route ou la hauteur d’un immeuble.

Beaucoup plus important : ma relation avec Athéna m’a laissé un fils, son grand ríªve, dont elle m’a fait part ouvertement avant que nous décidions de nous marier. J’ai un autre enfant avec ma seconde femme, et je suis maintenant mieux préparé qu’il y a douze ans pour les hauts et les bas de la paternité.

Un jour, lors d’une de nos rencontres, alors que j’allais chercher Viorel pour qu’il passe la fin de semaine avec moi, j’ai décidé d’aborder le sujet : je lui ai demandé pourquoi elle s’était montrée si calme en apprenant que je désirais me séparer d’elle.

« Parce que j’ai appris í  souffrir en silence toute ma vie », a-t-elle répondu.

Et alors seulement, elle m’a serrée dans ses bras et elle a pleuré toutes les larmes qu’elle aurait aimé verser ce jour-lí .

Le prochain chapitre sera en ligne le 16.04.2007